‹ L'Église oriental;Chapitre 38 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE* LIBELLES DU METROPOLITAIN D*EPKBSE COBTTBX UB

DE 1XO&EMOE ET COHTBE L1TSXOM DE L'ÉGLISE. mÉTUTATXOM DE CEI LIBELLES FAR GRÉGOIRE, GRAHD FROTOSTMGUÈLE ET EVSU1TE PATRIARCHE DE L'ÉGLISE DE OOWST ARTXSOPLE , ET JOSEPH ETOQUE DE MOTHOM.

Du vivant encore de l'Empereur Jean Paléologue et peu après la publication de l'acte de réunion, l'amhitieux Marais, Métropolitain d'Ephèse, se croyant outragé de ce que son opinion n'avait pu prévaloir dans le Concile de Florence, commença à susciter quelques disputes , et tâcha de former un parti contre ce Concile. Mais les intrigues de ce Prélat durent se borner à quelques sourdes machinations, jusqu'à Tan 1448, époque de la mort de l'Empereur Jean Paléologue. Le Métropolitain Marcus encouragé par la mort du Souverain, qui avait signé et achevé la réunion, et par le désordre général de l'empire, qui était déjà parvenu à son comble, pensa d'employer la réfutation des actes du Concile de Florence , comme un moyen de se faire un parti et de parvenir à occuper le trône Patriarcal de Constantinople.

Ce Prélat publia donc dès la même année un écrit sur le Concile de Florence (1). Dans cet écrit Marcus, sous prétexte d'exposer l'opinion qu'il avait sur ce Concile, calomniait de prévarication, d'irrégularité , de vénalité, de supercherie et de violence tous ceux qui y avaient pris part. Il commence ce libelle en disant « que V Eglise de Rome mit tant de retard dans la marche du Concile, que les Orientaux avaient perdu plusieurs mois à Ferrare sans rien faire. » 11 accuse ensuite le Clergé Oriental disant que « le Patriarche et tous les Evéques, excepté lui, avaient trahi les dogmes de V Eglise en se laissant acheter par Rome. » Ensuite il attaque la régularité du Concile en avançant, « que les Occidentaux, sans entrer dans la discussion des dogmes avaient seulement fatigué les Orientaux par des tourments et des privations; qu'ils surprirent enfin leur assentiment par des sophismes, et les entraînèrent à accepter précipitamment

(1) Cet écrit est contenu dans la réfutation que Joseph. Evêque de Mothon , en avait fait à la même époque, et la quelle se trouve à la Mite des actes du Concile de Florence. Tom. II pag. 274.

fa réunion, sans mirer dans V examen des dogmes de la Foi. Que lui seul, fidèle à F Eglise Orientale, se débattit vaillamment et confondit les Docteurs Occidentaux. Mais, ajoute-t-il, se voyant seul, il se retira et ne voulut plus prendre part aux discussions , ni donner son opinion , qu'il avait préparée par écrit, ni enfin signer Pacte définitif de la réunion. Qu'à son retour à Constantinople , il se voua à la méditation des Écritures; qu'il resta fennement séparé de ces innovateurs, qui trahirent les dogmes de F Orthodoxie, et conserva constamment son union avec les anciens Pères de V Eglise. » Enfin Marcus termine ce libelle , en conseillant à tous les Chrétiens « de rejeter comme lui Pacte de la réunion faite à Florence, et de ne croire qu'à ses paroles, comme étant le seul qui resta fidèle à la Foi des Pères de V Eglise Orientale. »

Joseph , Evêque de Mothon , qui fut également un des Pères Orientaux qui assistèrent au Concile de Florence, publia à la même époque une réfutation (2) de ce libelle du Métropolitain d'Ephèse. Ce Prélat commence son écrit par l'exposition des véritables motifs, qui portèrent le Métropolitain d'Ephèse à vouloir attaquer les actes du Concile de Florence et à prétendre détacher les Chrétiens d'Orient de l'union de l'Eglise Universelle. Il met ensuite sous les yeux des lecteurs l'écrit séditieux du Métropolitain d'Ephèse et le réfute, paragraphe par paragraphe, avec une logique admirable. L'Evéque de Mothon prouve clairement par des arguments très-forts, par des faits réels et in* contestables, ainsi que par les actes authentiques de toutes les séances de ce Concile, que toute la narration du Métropolitain d'Ephèse n'est qu'un tissu de mensonges vulgaires, d'absurdités grossières, de déraisonnements ridicules et de calomnies odieuses contre le Concile de Florence et les Pères qui y avaient assisté. Enfin il y démontre que le Métropolitain d'Ephèse n'avait pas dès le commencement suivi le Patriarche et l'Empereur au Concile de Florence dans les mêmes intentions que les autres Pères de l'Eglise Orientale: c'est à dire, dans le but sacré de coopérer à la paix et à la réunion de l'Eglise a mais au con- > traire, dit l'Evéque de Mothon, ce Prélat poussé par une va- » nité peu d'accord avec les principes de l'Evangile, crut avoir

(2) idem.

rencontré l'occasion d'acquérir une gloire mondaine; son amour propre naturel et son ambition démesurée lui faisaient croire qu'il pouvait profiter des circonstances d'alors, pour persuader aux Occidentaux de retrancher du symbole le mot filioque, et s'élevant ainsi à la hauteur de restaurateur de l'Eglise, obliger tous les princes d'Occident à former une croisade générale contre les Turcs et les amener tous à Constantinople , comme attachés à son char de triomphe. Mais lorsque le Métropolitain d'Ephèse eut vu, que les Pères Occidentaux aussi bien que les Pères Orientaux , sans faire attention à aucune considération mondaine, ne s'occupèrent que de la recherche de la vérité et de l'union de l'Eglise; que les Occidentaux se défendirent honorablement contre l'accusation que les Orientaux, par ignorance de leurs doctrines, leur faisaient: c'est à dire, d'avoir innové dans le dogme; qu'ils prouvèrent canoniquement qu'en tolérant l'addition explicatoire du mot filioque au symbole , ils ne s'étaient point écartés des dogmes de l'Eglise Universelle, le Métropolitain d'Ephèse, déçu alors de toutes ses illusions chimériques, se livra complètement à la rancune propre aux esprits bornés et envieux, et fit tout son possible pour empêcher la réunion de l'Eglise. Aussi lorsqu'il s'agissait de répondre aux arguments logiques des Docteurs Occidentaux, ce Prélat ne pouvant pas les réfuter même par des sophismes, éludait la question par des divagations tout à fait étrangères au sujet , au quel tout le Concile tâchait vainement de le ramener. Voilà pourquoi toutes les fois que les Occidentaux citaient à l'appui de leurs propositions des passages des saints Pères les plus illustres d'Orient, le Métropolitain d'Ephèse, ne pouvant pas renier d'aussi irrécusables témoignages, accusait les écrits présentés d'être altérés et apocryphes. Lorsque de l'autre côté les Docteurs Occidentaux, Indignés de cette tactique vulgaire et inconvenante, lui demandaient de produire lui-même des écrits authentiques et inaltérés des saints Pères d'Orient, le Métropolitain d'Ephèse, n'ayant pu altérer ses propres livres, qu'il avait présentés au Concile, les accusa également d'être apocryphes (3), et dit, que de

(3) Dans la vingtième séance de ce Concile, les Occidentaux avaient proposé on passage de St-fiasile, pour prouver que le Saint-Esprit procédait .

pareils livres inaltérés ne se trouvaient qu'à Constantinopte. Aussi devint-ii la risée de tout le Concile, à cause de ses propos extravagants et de ses manières vulgaires. Enfin ce Métropolitain voyant qu'il lui était impossible de lutter plus long temps contre la vérité, et croyant que c'était s'avilir que de s'avouer vaincu, abandonna la lice, et ne voulut plus prendre part aux discussions. Il refusa même d'assister dorénavant aux séances du Concile, quoique les Occidentaux réclamassent contre son absence dans toutes les séances tenues ensuite et l'invitassent à s'y présenter pour entendre la réfutation de ses sophisraes. C'est ce que le Métropolitain d'Ephèse appelle sans, rougir dans son libelle « avoir terrassé les Latins et réfuté tous leurs arguments! k l'entendre parler , on dirait que c'était lui seul parmi les Orientaux qui s'était trouvé au Concile de Florence. Il ne prend en aucune considération que tous les Orientaux qui y avaient pris part sont vivants encore pour réfuter ses allégations, et que les actes authentiques de ce

également du Fils. Le Métropolitain d'Ephèse allégua que ce passage de Saint-Basile avait été ajouté ultérieurement dans les traductions Latines , et qu'il ne se trouvait point dans les copies Grecques, et il proposa de le prouver par une certaine copie authentique , qu'il disait avoir apportée de Constant inople. Les Occidentaux consentirent à cette preuve. Le Métropolitain d'Ephèse envoya un de ses diacres pour apporter de chez lui ce livre au Concile. Ce diacre ayant eu à part, à ce qui parait, l'ordre du Métropolitain d'Ephèse de couper la feuille du livre, dans laquelle se trouvait le passage en question, vint précipitamment à la maison, prend le livre et trouve le passage.* Laissant ensuite le livre ouvert à cet endroit devant une fenêtre, va chercher un couteau pour en retrancher la feuille qui le contenait. Le diacre revient un moment après avec un couteau , majs le vent ayant tourné la feuille, présenta à l'instrument destuetff une autre feuille, que le diacre coupa précipitamment et sans y faire attention. 11 prend alors le livre et court le porter au Concile. Le diacre en y arrivant le remet entre les mains du Métropolitain d'Ephèse , en lui faisant signe , qu'il a détroit la feuille qui contenait le passage en question. Ce Prélat tout fier et sûr de son succès présente le livre à l'examen des Occidentaux. Ceux-ci ouvrent le livre et trouvent le passage en question , rapporté dans les mêmes termes dans cet original Grec, qu'il Tétait dans les traductions Latines et le montrent an Métropolitain d'Ephèse. Celui-ci ne sachant plus que dire, Jeta un regard furieux sur son diacre. Mais ce pauvre homme tout confus lui répondit très-naïvemeut « je jure par votre bénédiction, très- vénérable Père, que j'ai coupé du livre cette maudite feuille: mais il parait que le diable l'y a rattachée. » ( Joseph , Evoque de Mothon , dans sa réfutation pag. 304. )

» Concile sont là, pour donner un démenti formel à ses fausses » narrations. »

L'Evêque de Mothon finit son écrit en prouvant au Métropolitain d'Ephèse « que même après son retour à Constantinople, » loin de s'occuper de l'étude des Saints Pères (comme lui-même » s'en vante dans son libelle, pour édifier les plus simples), ce » Prélat ne s'occupa qu'à des machinations sourdes, pour déta- » cher les fidèles de l'Eglise, et les attirer dans son schisme. » Que, malgré toutes ses intrigues, les chrétiens conservent et » conserveront toujours l'union , l'abandonnant seul à son schisme » obstiné. »

Presque à la même époque le Métropolitain d'Ephèse publia un autre libelle sur le même sujet (4). Dans cet écrit il suit un plan de polémique tout différent de celui qu'il avait employé dans l'écrit réfuté par l'Evéque de Mothon. Cet autre écrit est adressé en forme de circulaire à tous les Chrétiens de l'univers. L'auteur fait une ridicule lamentation sur la réunion de l'Eglise, comparant ses moteurs à ceux qui ont soumis les Israélites à la captivité des Babyloniens; il leur donne les sobriquets de Grecs-Ijatins et de Latinistes; il les assimile ensuite aux hippocentaures de la fable, et tâche de prouver que la réunion ne fut faite qu'imaginairement ; il appuie cet argument en faisant figurer dans son écrit les différences des rites comme différences dogmatiques, et prétend établir par là, que malgré cette réunion forcée , les deux Eglises conservèrent une différence évidente dans les dogmes. Car, dit-il, il y a toujours, comme auparavant, deux symboles différents, deux substances différentes dans la Sainte Eucharistie, deux baptêmes différents, deux messes différentes, et en général une différence bien distincte dans les jours et l'espèce d'abstinence, dans les coutumes religieuses et dans toute la discipline et les usages Ecclésiastiques. Enfin il conclut que cette apparente réunion ne fut achevée que par la lâcheté des Evéques Orientaux , qui trahirent tous la Foi des Pères, ayant été séduits par l'appât de Tor qu'ils avaient reçu. Le Métropolitain d'Ephèse finit ce second écrit, en conseillant

(4) Ce libelle est rapporté dans la réfutation que lui en fit Grégoire, grand Protosynçuèle et ensuite Patriarche de Constantinople. Cette réfutation ae trouve à la suite dos Actes du Concile de Florence Tom. II pag. 362.

aux chrétiens de rejeter la réunion , et en souhaitant que Dieu inspire au Clergé Oriental sa vérité, et qu'il le fasse revenir de ses propres erreurs aux opinions dogmatiques de ses Pères.

Ce second écrit du Métropolitain d'Ephèse fut immédiatement réfuté avec beaucoup de sagacité et par des arguments très-forts, tirés de l'Écriture et des saints Pères de l'Eglise, par Grégoire, grand Vicaire de l'Eglise de Constantiuople du temps du Concile de Florence, et élu ensuite Patriarche de ce siège en 1445.

Ce vénérable Prélat suivit dans sa réfutation presque le même plan , que l'Evoque de Mothon employa dans celle de l'autre écrit du Métropoiitaiu d'Ephèse. Il expose «aussi d'abord le texte holographe du libelle et en fait ensuite la réfutation paragraphe par paragraphe.

On ne saurait fixer précisément ni l'époque de la publication des écrits en question du Métropolitain d'Ephèse, ni celle de sa mort. D'après quelques expressions bien claires contenues dans l'écrit de ce Prélat , et d'autres contenues dans celui de l'Evéquede Mothon, on doit présumer positivement, que le Métropolitain d'Ephèse n'a pas publié ses écrits du vivant de l'Empereur Jean Paléologue, et qu'il mourut après lui et avant la publication de la réfutation de son écrit, faite par l'Evéque de Mothon. Car voilà ce que Marcus dit dans son propre écrit • qu? avons-nous besoin de trop de paroles ? Les traîtres de leur salut et de la piété ont tant fait, qu'il sont parvenus à assembler le synode Oriental , où ils ont proclamé ouvertement le latinisme sous la présidence de V Empereur et du Patriarche et en présence du Despote (frère de V Empereur ) (5). » Or, à l'époque où Marcus écrivait, l'Empereur Jean Paléologue devait être déjà mort: car, s'il vivait encore, ce Prélat n'aurait pas sans doute osé appeler traître et. impie un Empereur sur le trône. Cette considération est d'autant plus forte, que l'Evéque de Mothon fait dans son propre écrit à Marcus l'observation , qu'il n'aurait osé

(&) „ Ti $«T rà jroXÀà kïysiv; eux «ffavVavro •nàetxa A/Sov xivovvtiî „ o» ri7Ç iavriv <r«T»çi'aç xal tuafitiaç wpoBorat , ft«Xf i S'**Ç«£* VT0 eu- „ fctyctyovTtç ttjv Zuyo&oy, «x^fou rôr ÀaroiayAoy tiç rd Çavspov, Baci- „ Xêuç t* xaï IlaTgfaçxoi; irçoxaSrjfAÎvvv , xai ro£ AicnroTou ovvtBçtâ- „ (o*™?. „ (Libelle de Marcus, Métropolitain d'Ephèse.)

ÉK 56 )-€* rien dire, ni écrire contre le Patriarche Joseph, si celui-ci eût été encore en vie. Voilà ce qu'il lui dit en propres termes « s'il vivait, tu n'aurais pas tenu un pareil langage, ni agi comme tu fais, ni tu n'aurais pas osé l'appeler corrompu d'avance, si seulement lu voyais son ombre (6). » Si donc Marcus n'eût osé appeler corrompu de son vivant un Patriarche, de peur d'attirer sa colère, comment oserait-il appeler traître et impie un Empereur sur le trône, et surtout un Empereur Byzantin? Il dérive également du contenu de l'écrit de l'Evéque de Mothon, que Marcus ne publia ses libelles contre l'union de l'Eglise, qu'après la mort de l'Empereur Jean Paléologue , c'est à dire après l'an 1448, et qu'il mourut lui-même peu après et avant la publication de la réfutation faite par l'Evéque de Mothon. Puisque cet Evéque dit en propres termes dans sa préface, que lorsque l'écrit de Marcus arriva à sa connaissance, il crut charitable d'en publier la réfutation (7). Le même Evéque de Mothon, en avançant dans son écrit, fait voir que l'Empereur était déjà mort, lorsque celui-ci écrivait: car en parlant de l'assemblée privée des Orientaux, faite chez le Patriarche à Florence, il dit « ce Concile fut convoqué par F Empereur d'alors, de glorieuse mémoire, dans V appartement du Patriarche (8). » L'Evéque donc de Mothon publia sa réfutation contre l'écrit de Marcus après la mort de l'Empereur Jean Paléologue, c'est à dire, après l'an 1448, et aussitôt que le libelle de ce Métropolitain arriva à sa connaissance. Mais comme un écrit pour se communiquer d'uu pays à l'autre de l'Orient, ne pouvait mettre, même à cette époque, plus d'un ou de deux mois , il est évident , que Marcus lui-même publia son propre écrit à la même époque, c'est à dire après l'an 1448, et qu'il mourut peu après. Car l'Evéque de Mothon

(6) „ *Oç, «imç «fi), oùx av ot) toiowt' iAfycç, oun ftij'y tirçarrtç, „ dXX' ouSt roXfA'naat *!%*<; *iV«7y xrço&f ç3oç/x«yov aùrov , a» njv <rxitb „ auTov fxôiov t&Xttrtç. „ ( Joseph , Evoque de Mothon , dans la réfutation qu'il fait de récrit de Marcus. Pag. 353. )

(7) „ 'Effei ou» xai tiç ij/xàç i} toioi/tij uutov xaçouvtatç £fa éX*- „ Xu9«y, afiov icriy uç âXijSwç iÇtrourat, «î*-«ç àX^v ^V"» *** aw f t " „ Çwsl Toîf âyioiç rotaura Xtyuv „ ( idem page 275. )

(S) „ 2u*ri!-8 Si TauTijy ô ooi'8«fxoç B«7iAfùf Utlnç $iç to rov Ha- „ tçio^ou TapiTov „ ( idem page 345. )

raconte aussi dans la réfutation qu'il en fit, les circostances de la mort du Métropolitain d'Ephèse (9).

De toutes ces preuves il dérive bien clairement, que Marcus n'écrivit qu'après la mort de l'Empereur Jean Paléologue , que Thistoire dit être arrivée en 1448. On voit aussi que Marcus mourut lui-même avant la publication de la réfutation de l'£vêque de Motbon , laquelle suivit immédiatement l'écrit de Marcus et laquelle est également prouvée postérieure à l'an 1448.

Quoiqu'il en soit, il résulte évidemment du contenu de ces deux écrits du Métropolitain d'Ephèse, que jusqu'à l'an 1448, on 1449, c'est à dire, quatre ou cinq ans tout au plus avant la prise de Constantinople par les Turcs, les intrigues de ce Prélat

(•) m *Of ( 6 Uarçioiçxriç ) ou 8ioi Çofior riva, otiSi Btd 5ofav, Mi n 8i\|/*y rijy tx«73*y droMoyijy, «jy /«ça'y iyXi^tro fywiy, aXX' on ti&tt „ axçtflqç, o woXXoi urgo atiroû UaTQtaf%at tirtSup'naair îàth xai oôx tltof. „ ETîf yàf ttjv f i gq'yqy rqfç 'ExxAWaç , rct /a«Xij tou ît <twotixoO oW/uarof n qyjj/xi ya, iJyaXAiaVaTO r« fntvfxart xai Jr/yça^f v «uXa|3wç , o/xoXoyi?Vaç „ to wvtu[i* tq ayiov xai ix roO ïiou, «jy xa'Saçcriy r»y ^X^* T0%y ^*^ „ ftiK 'Aggicpta x*ÇaXi?y jrayrwv r«y îfçcwv. Kai out« 3«ç fà yoyara irgo- „ o^jt/faro, xai âgaç raç X"faf 6 ^ otfgayo'y to^aç!<7T7)ag ru 9*«, xai offw wç àW&uxi TTjy ay/a* ohJtoù >J/ox»}'y. 2ù Si , ô âycuîwç roxoÇâtyruy at/ToV „ xai toOç /xtT* atÎTOti, oJ;ç outuç, otXX 1 o/xoù oTJy t« xo'ffçu tou fltys8ç£yof w itîwvwaaç. Moçtuçci 5t rotfro ffâVa 1} TroAiÇ. Ovruç olBtv 1} S«a 67wi w TaXarnihiv ïxavrov xard njy iavrotj jr/ariy, »$ ratait roV nîç [taviaç „ IwiirvfjLoy *Aç« iov r oç xàV« Ta tyxara f*rifA\J/t , cri $« av« ttjv xorgoy „ (page 353), c'est à dire, « Le quel (le Patriarche Joseph) désirait la sainte » réunion de l'Eglise, non par peur de quelque menace, ni pour en acquérir » de la gloire, ou par le désir de retourner le plusfôt possible à Conslan- » tinople, mais pour voir accompli ce qu'avant lui plusieurs Patriarches » avaient souhaité et ne purent voir. Car il vit la paix de l'Eglise; il vit » tes membres du corps du Seigneur réunis; son âme s'en réjouit et signa » pieusement l'union, en avouant la procession du Saint-Esprit du Père et » du Fils, le Purgatoire des âmes et l'Evoque de Rome chef de l'Eglise. » Après quoi, s'étant mis à genoux il fit ses prières, leva ses mains au ciel, » remercia Dieu et rendit ainsi sa sainte âme. Mais toi, qui calomnies im- » podemment et lui et tout le Clergé qui fut avec lui, tu n'as pas eu une » Un pareille. Au contraire, tu mourus en rendant par la bouche les ma* » tières fécales du bas ventre, comme toute la ville peut attester. C'est ainsi » que la divine Providence traite chacun d'après sa propre Toi. Comme elle » punit autre fois Arius qui rendit par le bas les entrailles , et toi les ma- » tières fécales par le haut. »

n'avaient obtenu ancun succès réel. Le Métropolitain d'Ephèse n'avait pas même pu de son vivant former à Constantinople aucun parti contre la réunion. Le contenu des écrits de Joseph , Evéque de Mothon et Grégoire , grand Vicaire du Patriarcat de Constantinople, nous fournit également les mêmes preuves.

Sans doute le genre de mort du Métropolitain d'Ephèse ne fut pas de nature à édifier le peuple de Constantinople sur la piété et l'Orthodoxie de ce Prélat et à recommander par conséquent ses opinions religieuses. Cependant par des faits postérieurs à cette époque , nous devons supposer que les germes de la discorde et de la méfiance, que ce Prélat s'occupa à semer pendant huit ou neuf ans avec tant d'assiduité, n'ont pas péri complètement. S'ils n'ont pu entièrement amener le résultat que le Métropolitain d'Ephèse avait espéré , ils n'ont pas manqué du moins de susciter quelques disputes en Orient , où les moindres circonstances soulevaient toujours des querelles religieuses.

Métrophane et Grégoire, qui occupèrent successivement le siège Patriarcal de Constantinople après le Concile de Florence, fortement appuyés par le Gouvernement, auraient pu sans doute par leurs pieuses solicitudes arrêter ces querelles et éclairer les esprits de quelques fanatiques obscurs , s'il ne se fût agi , que d'ignorance et de fanatisme (10). Mais le sentiment des convictions religieuses était pour peu de chose au fond de toutes ces agitations. Les intérêts personnels, et surtout les circonstances politiques, en étaient le principal ressort.

Les Turcs s'étaient déjà établis dans presque tout l'Orient et avaient conquis, excepté Constantinople, presque toutes le» pro-

(10) Entre autres l'histoire fait mention d'un moine ignorant nommé Génadius, espèce de charlatan, jouant à cette époque à Constantinople, à la tète de quelques religieuses, le rôle d'homme saint et de prophète, et qu'on dit avoir été acheté par les Turcs, pour effrayer les peuples |tar des prédictions. Ce moine ayant été consulté par quelques gens du peuple, si la réunion des Kglises était un acte Orthodoxe, il n'en voulut rien répondre. Mais le lendemain il aflicha à la porte de sa cellule un écrit, par lequel il annonçait « les derniers malheurs à tous ceux qui continueraient à suivre l'union faite avec les Latins au Concile de Florence. • Quelques auteurs ont confondu ce moine Génadius avec l'illustre Georges ScoUriut, à cause que celui-ci avait pris le nom de Génadius après sa promulgation au siège de Constantinople: c'est à dire, après la prise de cette ville par les Turcs.

vioces du malheureux empire Byzantin. Ces conquérants voyant devant leurs yeux les grands efforts que l'Occident et surtout les Papes faisaient contre eux au nom de la religion, voulaient naturellement empêcher les rapports avec Rome de tous les pays chrétiens tombés sous leur domination. De l'autre côté les Evoques de ces pays, soit pour plaire à leurs nouveaux maîtres, soit pour obéir à des ordres impératifs, se conformaient à leur volonté. Ce n'est, en effet, que de cette manière qu'on peut expliquer, et excuser en partie, l'étrange et inqualifiable conduite de plusieurs de ces Evêques soumis à 4a domination Musulmane. L'exemple suivant en donne une preuve bien frappante.

Philothée, Patriarche d'Alexandrie ( pays déjà soumis à la domination Turque) avait écrit une lettre très-respectueuse au Pape Eugène IV , pour le féliciter de l'union de l'Eglise. Cette lettre est datée de l'an 1441. Il en exprime sa grande joie, prodigue au Pape les épithètes même les plus exagérées, et loue avec beaucoup d'ardeur l'acte du Concile de Florence. Il ajoute même « qu'il a aussi écrit à Constantinople à l'Empereur Jean Paléologue et à quelques Evêques , pour leur déclarer , que ceux qui ne reconnaîtraient pas cet acte doivent être tenus pour excommuniés et séparés de la communion de F Eglise (il). »

Cependant deux ans plus tard, c'est à dire, l'an 1443, Arsenius , Evêque de Césarée en Capadoce ( pays également soumis aux Turcs à cette époque ) arriva à Jérusalem sous prétexte de visiter les lieux saints, mais chargé, à ce qu'il parait, de la part des Turcs, d'une mission secrète relative à l'uniou de l'Eglise. En effet aussitôt arrivé il engagea ce même Philothée, Patriarche d'Alexandrie, Dorothée, Patriarche d'Antioche et Joachim, Patriarche de Jérusalem, à se réunir en Concile et à déclarer impie Vacle (V union de Florence. Ces trois Patriarches dccidè-

(II) Le commencement surtout de cette lettre est fort remarquable • Père très-Saint, dit-il au Pape, Père très*religlcux, très-heureux, trèsjuste, ange terrestre et homme céleste, revêtu de la grâce de Dieu, orné de la robe sacrée, très-bon Pasteur du bon troupeau , qui chassez par votre doctrine les loups qui se jettent sur les brebis du bercail universel, pierre de la Foi et Chef de toute les Eglises chrétiennes, qui recevant de Jésus-Christ notre Seigneur la sacrée puissance, êtes le Pape de la grande ville des Romains, et vous êtes rendu le Protecteur des autres Patriarches » etc. etc. Cette lettre se trouve en entier chez Labb. Tom. XJU pag. 117.

rent également, que, Mètrophane s'était emparé anticanoniquement du siège Patriarcal de Constaniinople. Ils exposent ensuite dans leur acte, en question , que ce Patriarche Mètrophane était un intrus; qu'il s'était uni avec les Latins et qu'appuyé par F Empereur y il persécutait le peu (TEvéqucs de F Asie, qui tenaient à r ancienne doctrine de F Eglise Orientale, et qu'il n'élevait aux dignités Ecclésiastiques , que des personnes dévouées aux Latins. Us prononcèrent en môme temps une sentence de déposition contre tous ceux que Mètrophane avait ordonnés et une sentence d'excommunication , si au préjudice de cette défense, ils continuaient à faire les fonctions Ecclésiastiques, et donnèrent plein pouvoir à l'Archevêque de Gésarée d'exécuter leur décision dans toute l'Asie et les diocèses sous leur juridiction ( Diocèses tous soumis aux Turcs. ) Us écrivirent en même temps une lettre à l'Empereur Jean Paléologue, dans laquelle ils le menaçaient d'excommunication, s'il continuait à protéger Mètrophane et à adhérer aux Latins (12).

Cette conduite odieuse du Patriarche Philothée et de plusieurs autres Evoques de cette époque , est une image vivante de la complète démoralisation de ce misérable parti du Clergé Byzantin, ainsi que des intrigues de la politique Turque de cette époque.

Le malheureux Marcus, Métropolitain d'Ephèse, fût aussi justement soupçonné d'avoir prêché et soutenu de son vivant les intrigues et les intérêts des Turcs, soit qu'il en eût été acheté, soit à cause qu'il les trouvait conformes à son dépit contre l'union. Envain le Patriarche Mètrophane et son successeur Grégoire déposèrent ecclésiastiquement quelques Evêques de ces Provinces Turques, qui prenaient le parti de ces traîtres. Ceux-ci continuaient à conserver leurs places sous la protection des Mahométans, qui en faisaient un organe de leur politique. Il parait même que ces scandales allaient toujours croissants, à mesure que l'heure de la catastrophe de l'empire approchait. Car l'histoire nous apprend, que Constantin Paléologue, frère et suc-

Ci 2) La décision des trois Patriarches, ainsi que cette lettre à l'Empereur Jean PaléologueVsont rapportées en entier en langue Grecque et Latine par Léon Allalius, natif de l'Ile de Chios, ce savant et illustre écrivain de l'Eglise Orientale, dans son précieux ouvrage intitulé: «de Ecclésiae Occidentale atque Orientales perpétua consenslonc. » Tom. Ul cap. 4.

cesseur de Jean Paléologue, s'en rapporta au Pape Nicolas V Pan 1452, c'est à dire, un an avant la prise de Constantinople. Le Pape envoya à Constantinople un Légat , lequel , de concert avec l'Empereur et le Clergé, fit cesser les scandales et consolida l'union de l'Eglise (13).

Qu'on se figure donc quelles terribles secousses devaient donner ces perfides agitations au gouvernement de Constantinople aux derniers moments de son agonie !

Enfin l'inévitable catastrophe, que l'impiété, la démoralisation et tant d'autres crimes avaient préparée à l'empire Byzantin dès les premiers temps de sa fondation, arriva l'année suivante et engloutit tout dans son gouffre destructeur!

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