‹ L'Église oriental;Chapitre 39 sur 67 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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FAITE AU OOHCIU! BE 1TORXHCE, ET DAM SES RXLATUMIS AVEC CEUX HE COMTAMTIMOFLE.

L'opinion la plus accréditée est, que c'est sous Ignace, Patriarche de Constantinople, et par les conseils du Pape Nicolas 1er, que furent envoyés en Russie, vers le milieu du IX siècle, les premiers missionnaires de la religion chrétienne. On rencontre dans l'histoire de ce pays des traces très-remarquables de l'heureux succès de ces premiers missionnaires (1). Mais la grande masse de la nation Russe, ainsi que ses Souverains, continuèrent à rester dans l'idolâtrie au delà d'un siècle de cette époque. C'est Olga, Régente pendant la minorité de son fils Swiatoslaf , qui, en 957, embrassa le christianisme à Constantinople. La conversion de cette Princesse prépara celle de toute la nation Russe; accomplie en 988 sous le règne du Tzar Wladimir le grand, petit-fils d'Olga. Ce Prince fit venir de Constantinople les prêtres nécessaires pour enseigner au peuple Russe les principes de la religion chrétienne et y former une Eglise. Mais le Clergé Byzantin abusa autant qu'il put de la confiance, que sa qualité

(13) Couinas. Hist. Univ. Tom. Y page 527.

(I) Plusieurs Russes, qui se distinguèrent dans la Foi chrétienne depuis cette époque jusqu'à l'introduction solennelle du christianisme en ce pays, furent canonisés comme Saints par l'Eglise. (Voyez le calendrier Russe. )

d'instituteur de la nouvelle religion lui donnait sur ce peuple néophyte. En effet il organisa le Clergé de cette nation conformément à son propre système et aux intérêts politiques des Empereurs Byzantins. D'un côté il attribua au Clergé de Russie un pouvoir absolu sur le peuple , à qui il avait prescrit , au nom de l'Evangile, une obéissance aveugle pour ses pasteurs spirituels; de l'autre, il fit dépendre complètement le Clergé Russe du siège de Constantinople , afin de procurer aux Empereurs, au moyen de la religion, une influence politique sur ce pays naissant.

Tous les Métropolitains et Evéques de la Russie, et surtout ceux de Moscou et de Kiew , étaient envoyés de Constantinople, élus par le Clergé de cette ville, sous l'influence politique, dont il subissait presque directement l'action. Même le peu de Russes de nation, qui étaient promus à la dignité Episcopale, devaient aller à Constantinople pour y être sacrés par le Patriarche et recevoir ses instructions.

Ainsi le Clergé et le peuple de Russie, fortement liés avec Constantinople par leurs institutions religieuses, devinrent deux puissants instruments des intérêts politiques des Empereurs de Byzance. Les Tzars ne tardèrent pas à se ressentir de cette usurpation de leur pouvoir: aussi bientôt après ils commencèrent à chercher le moyen de s'en dégager. Mais le Clergé Russe était trop jaloux des prérogatives et de l'immense influence que ce système lui procurait, pour s'en dessaisir facilement. Le peuple de l'autre côté était tellement fanatisé par ses prêtres, que son respect et son obéissance aveugle aux ordres du Clergé, se changea en habitude naturelle.

Les efforts que Rome faisait après la séparation de Cérulaire pour ramener à la réunion l'Eglise Orientale, inspirèrent aux Souverains de la Russie l'idée de s'affranchir de l'influence des Empereurs Byzantins et de modérer en même temps la grande puissance du Clergé Russe sur le peuple, et par conséquent sur l'Etat, par la réunion de la Russie à l'Eglise de Rome. Plusieurs tentatives avaient été mises en avant. Mais le Clergé Russe fut inflexible et repoussa toujours avec opiniâtreté cette idée, comme un moyen par lequel le Gouvernement voulait abattre son pouvoir absolu dans le pays. Les Souverains de la Russie ne se sentant pas de force à lutter contre le Clergé, se résignaient malgré eux à leur gênante position, attendant quelque occasion favorable , qui pût les aider à en sortir.

La convocation du Concile général de Florence parut aux Souverains de la Russie une excellente circonstance pour arriver à leur but. Basile Basilovitz , grand Duc de Moscou , s'empressa fl'y envoyer comme son représentant plénipotentiaire Isidore, Métropolitain de Kiew et de toute la Russie, Prélat plein d'intelligence, très-instruit et Grec de naissance. Le langage et la conduite que ce Métropolitain tint dès le commencement jusqu'à la fin de ce Concile, fait comprendre bien clairement, que les instructions qu'il avait reçues du grand Duc devaient être complètement en faveur de la réunion.

Quand l'acte définitif des deux Eglises eut été proclamé solennellement, le Métropolitain Isidore retourna à Moscou, dogmatiquement convaincu de la vérité religieuse sur l'union de l'Eglise, et content d'avoir si heureusement accompli son mandat. Car le Tzar, comme nous l'avons dit, comptait aussi beaucoup sur les avantages politiques que la réunion des deux Eglises devait procurer aux Souverains de la Russie. Isidore fut reçu avec beaucoup de bienveillance par le grand Duc, à qui il fit un rapport détaillé de tout ce qui s'était passé dans le Concile et lui communiqua l'acte de réunion , en le pressant de le mettre en exécution dans toute la Russie. Mais Basile ne voulut rien faire sans consulter le Clergé et les Boyards Russes. Il n'était pas encore assez sûr dé son autorité pour risquer un acte, qui aurait pu lui faire perdre un trône encore mal affermi. 'Basile était même bien informé, que le Clergé Russe ayant eu déjà connaissance de la réunion des Eglises, avait prédisposé les Boyards et le peuple contre cette union et que tous étaient d'accord pour y opposer une ferme résistance. Effectivement lorsque le grand Doc essaya de consulter le Clergé et le pays sur cet acte, le Métropolitain de Moscou, les Boyards et le peuple le réprouvèrent unanimement (2).

Basile fut donc forcé de céder encore cette fois à l'énorme puissance du Clergé Russe, qu'il lui était impossible de combattre. Il fit même plus: il renvoya de Moscou le Métropolitain Isidore. Ce Prélat retourna à Kiew, qui était l'Eglise Métropolitaine la plus ancienne, la plus éminente et la plus vénérée, et

(2) C'est sur cet événement que le Clergé de Constantinople calqua plus tard la Table de la réprobation de l'acte du Concile de Florence de la part du peuple Byzantin, comme nous le verrons plus loin.

*M 64 )M qui avait la primauté sur tous les autres sièges de la Russie. Là, de concert avec les Evéques de sa dépendance, le Métropolitain Isidore mit en -exécution l'acte de réunion. Ces Provinces étaient celles de Briansk, Smolensk, Peremyschl,Turow, Lusk, Wladimir, Pololsk, Chelm, et flalitsch, qui accepterait volontairement l'acte du Concile de Florence et restèrent réunies avec l'Eglise de Rome.

Le grand Duc voyant, que cette réprobation de l'union, de la part du Clergé et du peuple Russe, faisait échouer ses projets d'affranchissement politique et religieux vis à vis des Empereurs Byzantins et de son propre Clergé, crut trouver dans l'union de l'Eglise de Kiew et des provinces adhérentes une ressource pour sauver ces mêmes projets par une voie contraire. Il affecta alors de considérer le siège de Kiew et les autres neuf provinces, comme séparées de l'Eglise Russe par leur acceptation de l'acte du Concile de Florence: il enleva en conséquence à ce siège la primauté sur toutes les Eglises de Russie et transporta cette dignité au siège de Moscou , sa capitale. Pour la même raison faisant considérer le Patriarche de Constantinople comme schismatique par ce qu'il s'était de même réuni avec l'Eglise de Rome, il rompit tout rapport entre lui et le Clergé de Russie et ût ainsi l'Eglise Russe indépendante de celle de Byzance. Le Clergé Russe trouva toutes ces mesures très-conformes à sa propre ambition. Il donna même plus tard plus d'extension à ces principes d'indépendance de l'Eglise Russe posés par le grand Duc Basile: car ii demanda et obtint peu après la création d'un Patriarche des Russies, qui devrait être considéré comme le chef des Chrétiens du rite Oriental qui sont restés fidèles à l'Orthodoxie.

Voilà donc de quelle manière l'Eglise de Russie se détacha de celle de Constantinople et se constitua indépendante. On attribue ordinairement cet acte à Pierre le grand: mais celui-d, obligé par le système politique qu'il avait adopté vis à vis de l'Orient, tâcha au contraire de resserer les liens religieux entre l'Eglise de Russie et celle de Constantinople, comme nous le verrons plus loin.

En attendant le grand Duc de Moscou, soit pour se ménager des relations avec Rome, avec laquelle les circonstances pouvaient l'obliger d'entrer en négociation, soit pour diminuer la puissance redoutable de son propre Clergé, en lui créant une opposition ecclésiastique dans ses propres Etats, laissa exister

l'union des provinces Russes avec Rome, et favorisa même cette union par une tolérance complète.

Ivan III, son fils et successeur, suivit le système de son père* Favorisé même par la chute de l'empire Byzantin , il donna à ses projets une direction beaucoup plus avantageuse aux intérêts politiques des Souverains de la Russie: car il conçut le projet d'affranchir complètement l'Eglise Russe de toute suprématie et de la soumettre à son propre pouvoir. La circonstance suivante le servit admirablement.

Thomas, frère du dernier Empereur Paléologue, régnait en Morée comme vassal de l'empire Byzantin. Il en fut chassé sept ans après la prise de Constantinople par les Turcs, et se réfugia À Rome l'an 1460 (S). Le Pape Paul II l'avait accueilli avec beaucoup de bienveillance. Après la mort de ce Prince, survenue peu après, le Pape faisait élever ses enfans à Rome, parmi lesquels la princesse Sophie se distinguait par ses talens et ses grands mérites. Ivan III, devenu veuf, fixa son attention sur elle, comme étant un parti très-convenable pour lui. II recommanda donc à ses agents à Rome, d'entamer des négociations secrètes avec le Pape sur ce mariage et de lui faire entrevoir, que cette alliance pouvait faciliter la réunion de toute la Russie avec l'Eglise de Rome. Après qu'Ivan eut été informé, que le Pape ne serait nullement contraire à ce mariage, et qu'il eut obtenu la certitude qu'il serait agréé par la princesse, il envoya l'an 1471 une ambassade, qui en fit la demande formelle.

Le Pape Sixte IV fit accompagner la Princesse jusqu'à Moscou par un Cardinal, qui faisait sur toute la route une entrée solennelle dans toutes les villes qu'il traversait, précédé d'une croix Latine, portée devant lui. Arrivé sur le territoire Russe, la vue de cette croix produisit de l'étonnement, mais n'excita nulle part ni trouble ni résistance : le grand Duc n'avait donné aucun ordre pour défendre cette cérémonie. Mais quand la Princesse s'arrêta à quelques milles de Moscou, pour se préparer à faire le lendemain son entrée solennelle dans la ville, le Métropolitain vint déclarer au grand Duc, que s'il permettait au Légat du Pape d'entrer à Moscou précédé de la croix Latine, Il en sortirait par la porte opposée avec tout son Clergé (4).

(a) Couinas, histoire Univ. Tom. Vil pag. 380. (4) Annales Ecclésiastiques de la Bibliothèque Impériale de Vienne.

Le people se déclara dans le sens fanatique de ses prêtres. Le grand Doc envoya donc des Boyards de sa confiance au Légat do Pape, pour lof expliquer la nécessité que lui imposaient les circonstances. La croix fut enveloppée et mise dans un traîneau de la suite de la Princesse, et le Métropolitain vint alors à sa rencontre à la barrière. Elle fût conduite à la cathédrale, où la cérémonie du mariage eut lieu l'an 1472 (5).

En suivant avec attention la conduite de Basile Basilovitx pendant tout son règne, on se trouve autorisé à admettre comme certain, qu'il inclinait sincèrement, à l'époque du Concile de Florence, à se réunir à l'Eglise de Borne. C'était pour lui le seul moyen de se soustraire à l'influence politique, que les Empereurs de Byzance exerçaient en Bussie, par suite de la primauté du Patriarche de Constantinople sur l'Eglise Busse. La primauté du Pape au contraire, ne pouvait avoir aucun pareil effet: car les Papes n'avaient pas l'appui d'une force temporelle, comme celle des Empereurs de Byzance: par conséquent le grand Doc Toyait dans la dépendance de l'Eglise Busse de celle de Rome, de plus grandes chances de liberté pour l'Eglise de son pays, et surtout pour lui même. Ainsi, on pourrait admettre en même temps, que ce penchant de Basile pour la réunion avec Rome, provenait plutôt d'un calcul politique, que d'un sentiment religieux. Son Fils et successeur Ivant III pensa et agit de même que son père. Mais quand la chute de l'empire Byzantin l'eut affranchi de l'inquiétude de dépendance, que lui inspirait la nature de ses relations religieuses avec cet empire, non seulement 11 ne trouvait plus le même intérêt à se réunir avec Borne, mais en outre un autre intérêt venait de prendre naissance. Le mariage surtout d'Ivan III avec une femme de la maison impériale, qui venait de perdre le trône, le conduisit plus loin. D te fit l'héritier de toute la splendeur impériale qui s'était éteinte à Constantinople; il prit pour lui les armes de cet empire; il mit avec habilité à profit la circonstance que l'Eglise de Constantinople, outre qu'elle s'était réunie avec celle de Borne, venait encore d'être réduite en état d'esclavage, et ne devait plus exercer sur l'Eglise de Bussie cette portion de puissance souveraine, que les Empereurs Byzantins avaient de tout temps exercée sur

ÉM 67 )<e* toute l'Eglise Orientale. Partant de ce principe Iran III se considéra comme le successeur légitime des droits que les Empereurs Byzantins prétendaient avoir sur l'Eglise, à cause de son mariage avec une princesse de leur sang. 11 s'attribua de lui même ces droits et commença dès cette époque à vouloir les exercer en toute circonstance. Ainsi on le vit convoquer des Conciles, à l'exemple des Empereurs Byzantins et les faire présider par des. délégués de son pouvoir. Dans la nouvelle position qu'il se créa, Ivan III n'avait plus, dès ce moment, aucun intérêt à se rapprocher de Borne et à donner au Pape un pouvoir , dont il venait de se saisir pour son propre compte. Au contraire, dès cette époque il devint l'adversaire le plus déclaré de l'Eglise de Borne, et le persécuteur le plus redoutable de celle du rite Oriental-uni, dont, peu de temps auparavant, lui et son père, avaient favorisé, ou du moins facilité, l'établissement en Bussie par une tolérance manifeste (6).

Quelques historiens modernes, éblouis par les actions d'éclat de Pierre le grand, se sont plu à établir l'opinion, que c'est ce Prince qui rendit indépendante l'Eglise Busse de celle de Constantinople, comme on le suppose aussi le fondateur de toutes les réformes de ce nouvel empire. Mais des faits historiques incontestables constatent la fausseté de cette opinion. Le. véritable fondateur de l'indépendance de l'Eglise Busse, ainsi que de toutes les Institutions fondamentales de ce nouvel empire, fût Ivan m.

L'élément constitutif le plus fort de l'empire de Bussie est le principe de l'unité, qui lui fût donné par Ivan ni. Ce Prince créa dans son gouvernement l'unité du pouvoir, en concentrant dans sa personne tous les droits de Souveraineté; il forma l'unité politique, en détruisant toutes les existences politiques de plusieurs provinces et villes privilégiées de son empire, auxquelles des formes différentes donnaient plus ou moins d'indépendance; enfin il fit l'unité religieuse, en détachant l'Eglise Busse de toute suprématie et influence, et en l'asservlssant à son propre pouvoir. Ce principe d'unité, en se manifestant sous ces trois for* mes différentes, auxquelles le temps en a ajouté une quatrième,

(6) Le Comte de Ficquelmont donne des détails, très-précieux pour cette partie de l'histoire de l'Eglise dans son intéressant outrage intitulé «Xord Patmerston, ï Angleterre et le Continent. »

celle de l'armée, pénètre l'Etat Russe tout entier de l'esprit qui est inséparable de son essence, et qui consiste à empêcher le développement de toute force, qui pourrait devenir de nature à lui faire opposition. Enfin ce principe d'unité , fondé par Ivan III, est depuis quatre siècles le foyer, d'où sortent toutes les mesures du gouvernement Russe.

Pierre le grand trouva toutes ces réformes faites et ce principe d'unité déjà établi en Russie par Ivan 111 depuis plus de deux siècles. Mais ce fut Pierre le grand, dont le vaste génie comprit toute la grandeur d'un pareil système. Enfin ce fut lui, qui plus favorisé par les circonstances et l'esprit de son temps que tous ses prédécesseurs, et secouru par les lumières et les connaissances qu'il avait acquises dans ses longs voyages à travers l'Europe civilisée, put les organiser systématiquement et les imposer formellement à son peuple.

Cependant , quoique Pierre le grand suivit tous les principes des réformes d'Ivan III, les circonstances politiques de son époque l'obligèrent à modifier de beaucoup le système de son prédécesseur sur l'indépendance de l'Eglise Russe de celle de Constantinople , ou, comme nous l'avons dit plus haut, l'obligèrent de suivre un système tout à fait contraire. En effet Pierre le grand, ayant adopté le principe d'inquiéter la Turquie par les Chrétiens du rite Oriental, sujets de cet empire, les intérêts politiques du gouvernement Russe exigeaient naturellement de resserrer, autant que possible, les liens religieux entre les Chrétiens de l'Orient et la Russie. Pierre le grand était donc politiquement forcé d'établir en Russie un système religieux, qui d'un coté fit réellement dépendre le Clergé Russe de son prope gouvernement, et qui de l'autre, unit étroitement l'Eglise Russe avec celle de Constantinople. Car ce n'était que de cette manière que le gouvernement Russe pouvait employer l'identité do rite Oriental comme un prétexte de protection et un moyen d'influence sur le Clergé de Constantinople et les Chrétiens de ce rite.

Voilà pourquoi Pierre le grand abolit la dignité de Patriarche de Russie , et fit remplacer l'administration de l'Eglise Russe par un Collège d'Evêques, auquel il donna le titre pompeux, mais au fond insignifiant, de St-Synode dirigeant. D'un côté, il l'institua de manière à ne pouvoir agir que sous l'influence indirecte, mais stricte, du gouvernement: influence, qu'il couvrit

du nom bienséant de protection (7), De l'autre il fit dépendre ce Collège, pour le spirituel, de l'Eglise de Constantinople. La lettre , par laquelle Pierre le grand en demande la confirmation au Patriarche de Constantinople , atteste bien clairement que c'était là le but de ce Prince. En effet le Txar lui dit en propres termes i que la Russie Fa toujours reconnu ehrf suprême de toute FEglise Orthodoxe » et le prie comme tel « d'approuver et de confirmer cette mesure nécessaire a F administration de F Eglise Russe y et de daigner donner toujours ses conseils à ce Collège d'Evéoues, foutra tes fois qu r il aura besoin de son assistance,

La conduite aussi du Patriarche de Constantinople en cette circonstance, prouve la même idée. Tout en confirmant l'institution de ce Collège d'Evoqués, par une lettre particulière adressée au Clergé Russe, il envoie en même temps officiellement , par une lettre synodale adressée à ce même Clergé, le Règlement de l'Eglise Orientale, en lui prescrivant à titre de chef religieux « de ne point s'en, écarter* » Il lui transmet en même temps * sa décision sur les deînandes que le Clergé Russe lui avait faites sur les Protestant » et lui ordonne « s'il reçoit de la pari des Anglais d'autres propositions , de les lui envoyer à Constantinople (8). » Peat-on avoir des preuves plus authentiques et plus éclatantes de ce que Pierre le grand , en faisant remplacer le Patriarcat de Russie par un Collège d'Evcques, qui reconnaissait la suprématie du Patriarche de Constantinople, a, par cet acte, voulu resserrer, autant que possible, les liens religieux entre la Russie et V Eglise de Constantinople, liens qu'Ivant III avait jadis cru convenable à ses intérêts politiques de relâcher?

D'ailleurs comment pourrait-on supposer, qu'un Souverain Chrétien demandât à un Evêque également Chrétien , et à qui il donne le titre de chef suprême de l'Eglise, sa division en deux, et que cet Evêque la lui accordât, tandis que tant l'un que Tautrc sont obligés par leur qualité de Chrétiens, de croire

(7) Mou» croyons supperûu de réfuter ici l'idée vulgaire, qu'en Russie P Empereur prend le titre de chef de l'Eglise, et qu'il y est considéré comme le Tape de l'Orient. L'Empereur de Russie ne prit jamais que le titre de protecteur de l'Eglise, connue la plupart des Souverains Chrétiens anciens et modernes.

(8) Correspondance entre Pierre le grand t le Patriarche de Conslan* Unople Jcreroie et le CJeigé Russe.

et de dire, que l'Eglise du Christ est une et indivisible? Ce serait une des plus inconcevables absurdités qu'on pût attribuer à un homme doué d'autant d'intelligence, de bon sens et d'ambition que Pierre le grand ï Ce serait aussi supposer une abjuration publique et une odieuse impiété de la part du Patriarche de Constantinople, que celui-ci n'aurait pas du moins osé prononcer, si dépravé qu'on le put imaginer!

Si on examine aussi la conduite que la Russie a tenue à cet égard, depuis Pierre le grand jusqu'aujourd'hui, on verra, que ses Empereurs ont toujours suivi le même système: c'est à dire, qu'ils tâchèrent de manifester, tant par les exercices ordinaires du culte, qu'en toute autre circonstance incidente, l'étroite union de la Russie avec l'Eglise de Constantinople, ainsi que l'identité invariable de leur rite avec celui des Chrétiens du rite Oriental. Les Russes témoignent le plus profond respect pour les Eglises de ces Orientaux établies chez eux; et le Clergé de ce pays cède toujours le pas à celui de Constantinople , lorsqu'ils officient ensemble pour la messe et dans toutes les cérémonies et processions. Le Synode même de Petersbourg demande trèssouvent au Patriarche de Constantinople la solution des difficultés religieuses qu'il rencontre, et n'introduit jamais dans l'Eglise Busse aucune espèce d'innovation sons son autorisation et avant que l'Eglise de Constantinople ne l'ait introduite elle-même la première* Enfin , malgré le grand besoin que les Patriarches de Constantinople avaient de sauver les apparences, à cause des animosités politiques entre le gouvernement Eusse et celui de l'empire Ottoman , les relations et la correspondance du Patriarche de Constantinople avec le Synode de S t- Petersbourg n'ont jamais été interrompues.

Plusieurs faits passés de nos jours confirment également - cette tactique de la Russie. La réponse faite à l'Encyclique du Pape Pie IX aux Orientaux fut rédigée, comme on sait, par le père Constantin Oeconomus. C'est ce prêtre qui insinua au Patriarche d'alors, Anthimus deTbessatonique, la nécessité de faire la réfutation de cette Encyclique , et qui se chargea même de la rédaction. Sans doute, si le but de la Russie n'était que de réfuter tout simplement cette Encyclique, indépendamment de toute autre considération , la Russie a chez elle assez de théologiens et de gens de lettres beaucoup plus savants et doués de taleus incomparablement supérieurs à ceux du père Oeconomus et dont

*■( 71 )-€* die pouvait se servir. Mais la Russie voulait profiter encore de cette occasion pour montrer qu'elle marche toujours à la suite de l'Eglise de Constantinople. Voilà pourquoi elle en fit faire ensuite une traduction en langue Russe sur l'original en langue Grecque, soi-disant publié par le Patriarche de Constantinople, qui ne l'a jamais lue peut-être (9).

Dans la fameuse dispute sur la couleur et la forme du bonnet de Maxlmus, Evêque-des Melchites, unis avec l'Eglise de Rome, la Russie n'y prit aussi part qu'avec beaucoup de réserve. C'était le Patriarche de Constantinople qui paraissait discuter cette affaire si importante et protester contre l'usurpation de la couleur et de la forme du bonnet des prêtres Orthodoxes. Mais personne n'ignore que ce n'était pas lui qui aurait pu engager la Porte Ottomane, ainsi que la plus grande partie de la diplomatie Européenne à Constantinople, à s'occuper pendant quatre ans consécutifs d'une pareille frivolité, et qui les força finalement à céder à sa prétention philorthodoxe.

(9) Il est bien connu à Constantinople et dans tout l'Orient, que ce Patriarche était tellement adonné à l'ivrognerie, que rarement il se trouvait en état' de faire usage de sa raison. On en verra dans le fait suivant un triste et presqu'incroyable exemple , s'il n'était pas indubitablement attesté. Au mois de Septembre 1851 le gouvernement Ottoman, convaincu que les Archevêques de Kyzicos et de Nicomédie donnaient à ce Patriarche de mauvais conseils contre les intérêts des Chrétiens de ce rite, sujets de l'empire, résolut de soustraire ces Prélats de leur influence. Un' employé de la Porte Ottomane alla porter au Patriarche Anthimus le firman , ou décret Impérial, qui lui prescrivait « de renvoyer dans trois jours ces deux Evéques intrigants à leurs diocèses respectifs. » L'Envoyé Turc trouva le Patriarche Anthimus appesanti par l'ivresse et étendu sur un divan et lui remit le oV cret écrit en langue Turque. Celui-ci le mit sous un des coussins du divan , et n'y pensa plus. Deux jours après l'Archevêque de Kyzicos vint chez le Patriarche et en remuant les coussins trouva un papier Turc qu'il reconnut par sa forme être un firman; il demanda au Patriarche ce que c'était, mais celoi-d ne se souvenant plus de rien, répondit qu'il ne le savait pas. On appela le secrétaire pour le lire, et à sa lecture l'Archevêque de Kyzicos apprend , qu'il n'y avait pas même à penser aux intrigues et qu'il ne lui restait que quelques heures pour se disposer à ce que les Archevêques là aiment le moins, la résidence au milieu de leur troupeau. Tout confus et fort colère l'Archevêque de Kyzicos sortit de chez le Patriarche, en lui jetant un proverbe Grec, que la bienséance ne nous permet pas de citer ici. (Voyez sur cela presque tous les journaux Grecs de cette époque et surtout celui d'Athènes intitulé « V Espérance, de l'an 1850 et 1851. ) »

Ce qui s'est passé même dans le courant de Pan 18S4, à propos de la note que Je gouvernement Ottoman crut que le Patriarche de Constantinople pouvait donner , pour déclarer que la Russie l'était séparée de son Eglise, et avait introduit dans Je culte des innovations étrangères aux doctrines de l'Eglise Orientale, confirme également ce système de la Russie: c'est à dire, qu'elle continue à être étroitement unie avec l'Eglise de Constantinople et que le Clergé de celle-ci tient beaucoup à la conservation de cette union. Car malgré la force des circonstances de la guerre, le Patriarche actuel, Ànthimus d'Ephèse, ne put se dispenser de déclarer, qu'une telle séparation de fEalise de Itussic de a lit </<> Consfanltnopk n'cxùle point, que f identité parfaite da?is /V.r pli cation des dogmes continue toujours à exi* ster dans ces deux pays, et que quant à lui, il donnerait plutôt sa démission, que d'en proclamer le contraire, En effet il parait que les explications particulières qu'il lit sur ce sujet étaient tellement convaincantes, que tant la Porte Ottomane que les représentants des Puissances Occidentales les crurent suffisantes, et abandonnèrent complètement cette question.

En conclusion , prétendre que Pierre le grand , en faisant remplacer le Patriarcat de Russie par un Collège d'E\éques, avait pour but de séparer l'Eglise Russe de celle de Constaniinoplc, ce serait la môme chose que de vouloir prouver, que Pierre le grand n'est pas l'auteur du système politique, que luimême avait formé vis-à-vis de l'empire Ottoman et qu'il avait fortement recommandé à ses successeurs.

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