CHAPITRE I
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OOMSTAMTOOPIX. ABUS BFFAOTABLE DU VOOVOH OUB LE SUIT Al LUI OOSCÉDA SU* SB
Toutes les vertus chrétiennes et tous les efforts infatigables de Génadius et des quatre autres Patriarches, qui occupèrent immédiatement après lui le siège de Constantinople, étaient naturellement insuffisants à préserver les infortunés chrétiens de l'empire Ottoman des terribles calamités religieuses et sociales, que les ignobles passions d'un Clergé dépravé par système lui avaient de longue main préparées. La décadence et la chute morale de ce Clergé était d'ailleurs une conséquence naturelle de son éloignement de l'Eglise Universelle. Depuis que l'ambition et les autres passions lui avaient inspiré sa séparation de l'Eglise de Rome, et que les vaniteux Empereurs de Byzance secondaient, au lieu de réprimer ses intrigues, les calamités religieuses et sociales, que ce peuple innocent devait en souffrir, devinrent inévitables. Toutes les fois que* ces indignes Pasteurs déchiraient l'Eglise pour satisfaire leurs passions vulgaires, le schisme devenait pour ce malheureux peuple un ange exterminateur ! Envain le bienheureux Pape Eugène IV, le pieux Empereur Jean Paléologue et tous les vénérables Pères du Concile de Florence terrassèrent-ils glorieusement par la hache de la vérité ce monstre, et consolidèrent solennellement l'union de l'Eglise. Nous verrons dans la suite , que la dépravation du Clergé de Constantinople, ne pouvant pas le faire revivre réellement, introduisit en Orient l'ombre hideuse de ce monstre , dont il fit un talisman
£M 82 )M d'impunité de ses crimes et de ses attentats contre la religion et la société.
Dès Tan 1467 un simple moine de Trapezonde, nommé Syméon , usa de Simonie ouverte dans la nomination du Patriarche. Ce scélérat avait, dans la cour du Sultan, quelques amis de ses compatriotes, qui avaient embrassé l'Islamisme depuis la prise de Gonstantinople; il parvint par leur intervention à acheter le siège Patriarcal, en offrant au gouvernement un tribut annuel de 1000 ducats, et de plus la condition de renoncer à la pension , que les Patriarches recevaient jusqu'alors du trésor publie. Mais Tannée suivante Denys, Evêque de Phitippopole , jouissant de la protection de la mère du Sultan , porta le tribut Patriarcal à 2000 ducats et ayant fait déposer Syméon, il devint lui-même Patriarche de Constantinople. Un Servien, nommé Raphaël, homme vulgaire et ivrogne, qui passait sa vie dans les cabarets et sur les places publiques, trouva le moyen d'offrir au gouvernement d'ajouter au tribut de 2000 ducats, une somme de 500 ducats, payable une fois comme cadeau pour chaque nouvelle nomination, et ayant fait chasser Denys, il occupa à son tour le siège Patriarcal de Gonstantinople. Dès cette époque le tribut annuel du Patriarche fut fixé à 2000 ducats, et 500 ducats, à titre de cadeau au gouvernement pour la nomination de tout nouveau Patriarche. Cependant ces loups-pasteurs, se débattant pour s'emparer de la dignité Patriarcale, afin de se procurer les moyens de sucer comme des vempires le sang de ces malheureux chrétiens, firent bientôt monter le tribut annuel du Patriarche à 3000 ducats, et 500 ducats à titre de cadeau au gouvernement Ottoman à chaque nouvelle nomination. Outre cette somme, il y en avait encore d'autres beaucoup plus considérables, qu'ils payaient aux puissants du jour, aux Eunuques du Palais, aux femmes favorites, aux janissaires, aux banquiers Juifs en crédit près des Turcs, aux domestiques des grands, et à tous les plus vils intrigants, qui favorisaient en quelque manière leurs efforts pour occuper ce poste éminent. Le malheureux peuple chrétien payait par ses souffrances et ses labeurs toutes ces énormes sommes pour se procurer des tyrans et des bourreaux.
Le Patriarche, de concert avec son Conseil, ou Synode, s'empara aussi dès lors du droit de nommer , arbitrairement et sans y observer aucun des canons de l'Eglise, tous les Evèques
et jusqu'aux derniers curés. Le même système de pillage était employé dans le choix qu'il faisait des pasteurs spirituels et en même temps temporels, que ce soit disant chef de l'Eglise Orientale donnait à cet infortuné troupeau. Cependant très-souvent beaucoup d'Evéques trouvaient plus avantageux d'acheter leur siège par l'intervention de quelque puissante personne, ou de quelque courtisane, plutôt que du Patriarche directement.
Les Turcs même forent tellement impressionnés de la conduite infâme des Patriarches et du haut Clergé de Constantinople, que les Sultans cessèrent de donner eux-mêmes au nouveau Patriarche l'investiture et les attributs de sa dignité (1). (/était le grand Visir, qui remplissait dans la suite cette fonction: il faisait revêtir devant lui le nouveau Patriarche d'un manteau, lui recommandait d'aimer et de protéger le peuple qui lui était confié, de le tenir fidèle au gouvernement et de le diriger comme un véritable Pasteur. Après cette cérémonie, il le congédiait, et le nouveau Patriarche revenait à sa résidence accompagné de quelques Janissaires. Ce cérémonial est scrupuleusement suivi Jusqu'aujourd'hui.
La décadence morale des Turcs, et l'affaiblissement conséquent de la puissance du gouvernement des Sultans, contribua aussi beaucoup à augmenter les vexations, que les Chrétiens Bouffiraient de la part de leur Clergé , en assurant à celui-ci l'impunité de tous ses abus. Le Jour de la prise de Constantinople était fatalement devenu pour les Turcs , le premier jour de la date de leur décadence morale et physique. Car, d'un côté, les Turcs n'étant qu'un peuple conquérant, suivant jusqu'à cette époque un régime simple et frugal , ne connaissaient d'autre mérite que la guerre, ni d'autres vertus, que celles que la nature lui dictait, et étaient ignorants et par calcul ennemis de toute civilisation étrangère. D'un autre côté , Mahomet en organisant ce peuple, n'avait pas pour but, comme les autres législateurs, d'établir une société, qui pût grandir par des institutions civilisatrices, mais de former une armée brave, toute dévouée à ses principes et prête à le suivre sans regret à la conquête du monde entier. Ce peuple se trouva donc complètement désorienté, lors-
(1) Le gouvernement Ottoman priva les Patriarches de Constantinople de cet honneur depuis Pan 1657, après la mort ignominieuse du Patriarche Parthénius III.
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qu'il fut forcé à la prise de Constantinople de se constituer en société permanente* Sa fierté naturelle et sa religion l'empêchant de prendre, comme tant d'autres peuples conquérants, les institutions et la civilisation de ses vaineus, ou de ses nouveaux voisins, le peuple Turc n'en prit que les vices, auxquels M fut entraîné par les richesses , le luxe et tous les agréments qu'il trouva à Constantinople. Les Sultans perdirent les vertus * la simplicité et la sévérité des mœurs de leurs prédécesseurs, les premiers successeurs d'Osman , et le courage des soldats se noya dans les plaisirs enivrants d'une vie voluptueuse et indolente , dont ils pouvaient Jouir à discrétion aux frais de l'empire conquis.
Cette décadence morale des Turcs devait naturellement amener aussi leur décadence physique. Bientôt le corps des Janissaires, cette milice nouvelle, créée dans son origine pour la défense du pays (2) , en fut le plus terrible fléau. Ayant secoué tout frein de discipline militaire ; ayant fait une explication perverse des principaux commandements de sa propre religion , et leur ayant donné un sens qui tolérait ses assassinats, ses vob, ses violences, ses férocités et toutes ses autres infamies; cette horde sauvage et monstrueuse, si elle ne s'empara pas du gouvernement, c'est que sa brutale nonchalance lui faisait dédaigner de s'en occuper; il lui suffisait de le mépriser ouvertement, de le rendre son esclave et de l'employer comme un vil instrument ds ses caprices, comme un bourreau, à qui elle ordonnait impérieusement l'exécution immédiate de ses sentences sanguinaires (S).
(2) Orehan , fils d'Osman , qui est proprement le fondateur de Tm> pire Ottoman, fut le premier qui créa cette espèce de milice. Il la fit composer d'abord des entans des Chrétiens, qu'on prenait et faisait par force Musulmans. Il donna à cette milice le nom de Janissaire, qui signifie navette milice (des mots Tores, yeni-sére.) Le corps des Janniasaires était divisé en 100 Ortas, os compagnies, dont chacune avait on supérieur, et tontes les compagnies un Commandant général appelé Janissére-Aga (chef des Janissaires. ) Chaque compagnie avait aussi ses marques symboliques, que tout Janissaire gravait sur son bras et les quelles étaient aussi peintes an dessus des portes de leurs lieux de réunion, de leurs casernes ds leurs cafés et de leurs boutiques. Tous ces endroits étaient, par cette seule distinction, des asyles inviolables contre la loi pour tout malfaiteur qui s'y réfugiait.
(S) Lorsque les Janissaires étaient mécontents de quelque Ministre, on de quelque autre personnage en place, ou favori du Sultan, ils s'amee* talent et demandaient an gouvernement de leur livrer sa téta. Si le §w
**( 85 )<* L'inviolabilité même de la personne du Sultan , considérée comme sacrée par la loi Musulmane, n'était point à couvert de ses fureurs. Car, lorsque les Janissaires croyaient que le gouvernement ne se conformait pas tout à fait à ses intérêts, ou qu'il s'avisait de raisonner sur leur conduite, ils déclaraient leur mécontentement en mettant le feu à plusieurs endroits de la capitale, en défendant à qui -que ce soit d'essayer de l'éteindre. Si le gouvernement retardait à les satisfaire, ils transportaient leurs Casans (4) sur la grande place de l'hippodrome, et les renversaient en signe de leur suprême mécontentement. Le gouvernement alors tout effrayé et tremblant parlementait avec eux: les Janissaires demandaient pour réparation tantôt la tête d'un Ministre puissant et tantôt la déposition ou l'étranglement du Sultan. Le gouvernement forcé de les contenter, pour calmer leur rage, exécutait presque toujours les plus pénibles et les plus avilissantes conditions qu'ils lui imposaient.
Qu'on s'imagine donc combien un Clergé dépravé, impie, cruel et dévergondé, abusa du pouvoir temporel, qu'il avait sur ses corréligionnaires , à une époque, où le gouvernement se trouvait dans une position aussi déplorable, ou pour mieux dire, à une époque, où le gouvernement n'était là, que pour servir aux Janissaires d'instrument destructeur contre son peuple, et debourreau contre ses Ministres les plus en crédit et contre ses propres Souverains! Le Clergé de Constantinople, encouragé par cet état de choses, porta à un excès incroyable sa tyrannie et ses barbares vexations contre les malheureux chrétiens, qui étaient sous sa Juridiction , pour assouvir son insatiable avidité et ses brutales passions. Sa conscience élastique ne l'embarassa pas
vernement retardait à satisfaire leur demande, ils se livraient an* plus horribles excès, et le gouvernement était forcé d'exécuter tous leurs caprices barbares.
(4) On appelait ainsi les énormes marmites, qui contenaient le pilaf (riz au beurre) que le gouvernement donnait aux Janissaires pour ration. Ces marmites, contenant ce manger, se transportaient tous les jours aux casernes des Janissaires avec une espèce de procession et de vénération. Tous les passants devaient faire place respectueusement aux marmites qui contenaient la nourriture des défenseurs du pays: autrement on était battu ou maltraité par les sacrés porteurs. L'action de les renverser, lorsqu'ils étaient mécontents du gouvernement, signifiait, que ne voulant plus dépendre de lui, ils refusaient la nourriture qu'il leur donnait.
même dans le ehoix des moyens. Aussi pour se mettre à couvert de tout obstacle et s'assurer une impunité générale de tous ses crimes, ce Clergé n'eut aucun scrupule de fraterniser avec les Janissaires et de s'inscrire dans ses Ortasf
Il est vrai, que le Clergé de Constantinople voulut couvrir cette action diffamatoire par un prétexte bien frivole. II prétendit avoir pris cette mesure par précaution et au profit des Chrétiens, pour se ménager, en cas de besoin, une voie d'arrangement avec les Janissaires. Mais malheureusement l'usage qu'il fit de cette étrange prérogative ne justifie nullement son allégation! Au contraire, les faits prouvèrent dans la suite, que ce prétexta de précaution et de ménagement , que le Clergé employait, n'était qu'un grossier mensonge. Car, outre la sympathie, qui devait .naturellement exister entre ces deux systèmes, si ressemblants dans leurs principes, leur morale et leur conduite, cette attente cordiale entre les Janissaires et le Clergé de Constantinople était tellement 'sincère, que ce dernier ne rougit pas d'appeller son système Ecclésiastique, comme il l'appelle encore jusqu'aujourd'hui « système de Carâ-Casan, » c'est à dire, système de la marmite noire (5)1
Plusieurs Evéques s'inscrivaient donc sous ce prétexte sur la liste d'un des Ortas, ou compagnie des Janissaires, et y foisalent enregistrer aussi leurs gens et leurs domestiques affldés, desquels sortaient, et sortent encore Jusqu'aujourd'hui, presque tous les Evéques, Archevêques et Patriarches , qui doivent gouverner cette infortunée Eglise Orientale ! Mais ce qui est plus révoltant encore, c'est que ces méprisables rebuts de la société chrétienne, se vantaient en outre d'être inscrits dans tel Ortas et d'en porter les stigmates symboliques sur le corps, même après leur ordination et la destruction des Janissaires (6) !
(5) Les Turcs appellent ordinairement dans leur langue carà-backi (chef des noirs) le Patriarche de Constantinople, à cause de l'habit noir, en usage chez tout le Clergé d'Orient. Voilà pourqoi le Clergé de Constantinople appela son système Carâ-Casan (marmite noire), c'est à dire, m système du Clergé Patriarcal à V instar de celui des Janissaires. •
(6) Nous avons entendu même de nos jours un des Evéques, membre du Synode de Constantinople, se vanter, qu'il porte encore sur son bras las emblèmes des Janissaires. Un autre Métropolitain assez connu, est distingué encore jusqu'aujourd'hui sous la qualification « le Janissaire » ( Voyet It Chrétien d'Orient pag. 22. )
Cest par cette fraternisation avec les Janissaires, que le Clergé de Constant! nople s'était assuré de l'impunité de tous ses crimes ! Il s'en prémunit même contre toute censure du gouvernement, en faisant participer ses chers confrères à tous les larcins qu'il ne pouvait pas cacher à leur avide vigilence , et se livra ainsi, sans remord, ni obstacle, à toute sorte de vexation contre les malheureux chrétiens. Il les accabla d'impôts ordinaires et extraordinaires; il leur fit acheter bien chèrement tous les sacrements, le droit de sépulture, le baptême, la confession, la sainte communion, les divorces, les pénitences, les indulgences pour les vivants et les âmes des morts, ainsi que les moindres fonctions et pratiques religieuses. De plus il disposa arbitrairement de tous leurs intérêts sociaux et domestiques , et tantôt par la force temporelle, frauduleusement usurpée sur les droits du gouvernement et soutenue par ses confrères, les redoutables Janissaires, tantôt au nom de l'Eglise, dont ces téméraires profanateurs se qualifiaient les vigilants gardiens (7) , ces indigues pasteurs réduisirent ce malheureux peuple chrétien à la misère la plus déplorable et le poussèrent enfin à des actes du dernier désespoir. Plusieurs de ces populations chrétiennes, pour se soustraire à cette insupportable tyrannie, embrassèrent l'Islamisme, et d'autres se révoltaient contre le gouvernement Ottoman, toutes les fois qu'elles se croyaient favorisées par quelque circonstance politique! Le gouvernement Turc, sous les yeux du quel se pratiquaient toutes ces horreurs, impuissant pour agir à cause des Janissaires, dont lui même devenait très-souvent la victime, méritait plutôt d'être plaint de sa triste position, qu'accusé de son indifférence.
(7) Voyez l'acte ridicule et impie, par lequel ce téméraire Clergé osa, en 1850, émanciper et rendre authoce'phale l'Eglise du royaume de la Grèce! Dans ce même acte ce Clergé se donne lui-même le titre pitoyablement comique, de pasteurs qui ne dorment point et gardiens scrupuleux des canons de V Eglise! ^AyoauXoi lloij«f»sf >ai àx^falç çtAoxfc t«> xavovwv tvî; 'KxxXW *ç ! ) Aussi l'Archimandrite Pharmacides leur dit très plaisamment , dans l'analyse qu'il a fait de cet acte « puisque vous acheté» la dignité sacerdotale, si vous aviez vraiment l'intention, en vous faisant Evéques de veiller et de vous fatiguer pour garder V Eglise, personne de vous ne serait pas Evéque: car vous n'auriez pas donné votre argent pour acheter des veilles et des fatigues, » ( Anlilomus ou sur la vérité. )
M 88 )-e* CHAPITRE II.
HOYSm VB&FniES QUE XX CUnUfrE DU OOSSTAflTIMOFUB DAMS IX BUT D'ELEVE*. UW MUB. SB ftÉFA&ATlOW EMT&B L'EMISE OUEST AUC ST
Aussitôt que le gouvernement Ottoman commença à former quelques relations plus tolérantes avec ceux de l'Europe chrétienne, l'Eglise de Rome envoya en Orient quelques Missionnaires Ecclésiastiques. Le but de l'Eglise était d'y rétablir les anciens rapports spirituels , existant entre les deux Eglises dès les premiers siècles du christianisme, et renouvelles dernièrement par l'acte solennel du Concile Oecuménique de Florence. Cette démarche effraya naturellement le Clergé de Constantinople, qui tremblait d'avoir un censeur, même spirituel, de sa conduite et de ses vexations contre les chrétiens du rite Oriental, ainsi que de sa complète déviation de tous lsj préceptes de l'Evangile et des règlement de l'Eglise.
Le Clergé de Constantinople donc pour empêcher ce rapprochement, qui pouvait avec le temps renverser son système de Carâ-Casan, crut devoir appeler à son secours le fantôme du schisme d'autre fois, et élever ainsi un mur de séparation définitive entre les chrétiens Orientaux et l'Eglise de Rome. Mais n'ayant ni les connaissances et la capacité de Photius, ni l'appui, dont Cérulaire jouissait de la part d'un Empereur, ce Clergé plongé au contraire dans la plus crasse ignorance et profondément méprisé par le gouvernement Ottoman , dut se réduire à des moyens beaucoup plus vils et plus absurdes, que ceux employés dans les temps passés, par les perturbateurs de l'Eglise. Aussi il crut pouvoir rétablir le schisme frauduleusement et à l'insçu pour ainsi dire des chrétiens du rite Oriental (1), Pim-
(f) La lâcheté naturelle à tout les tyrans, l'incapacité, la nonchalance et surtout là grande ignorance du Clergé de Constantinople, l'empêchèrent de faire le moindre changement dans les livres de liturgie, dans les offices, les cantiques, les 1 prières, et dans les exercices des pratiques religieuses. Ainsi le peuple, n'ayant d'un côté rien changé de ses anciennes cou tracs, et de l'autre retenu dans la plus profonde ignorance même des plus sis* pies principes de la religion , n'a compris sa séparation de l'Eglise Universel l«, que plusieurs générations après, et lorsqu'il était déjà tellement fasciné
poser au peuple par la force de son pouvoir temporel sur lui et le consolider par la calomnie, le mensonge et l'impudence. . Les principaux moyens, que le Clergé de Constantinople employa dans ce but, sont les suivants.
1. La disposition antipathique, que les Turcs de cette époque avaient contre les chrétiens de F Europe civilisée, et surtout contre les Papes , qu'ils considéraient , à juste titre , comme leurs ennemis mortels — Le Clergé de Constantinople s'empara de tontes ses forces de cette circonstance et s'en servit admirablement, comme d'un très-fort argument en faveur de l'éloignement des Chrétiens d'Orient de ceux de l'Occident et de l'Eglise de Rome. Ce Clergé faisait voir au peuple, que la moindre apparence de quelque rapport avec les ennemis du gouvernement Ottoman, la moindre idée même d'un rapprochement, exciterait les soupçons naturels aux Turcs, leur ferait considérer les chrétiens, leurs propres sujets, comme espions des Francs, les rendrait furieux et provoquerait leur propre extermination. Le malheureux peuple intimidé par ce terrible épouvantai! , n'osait pas même prononcer les noms de Pape et de Rome.
2. L'excitation de r antipathie nationale, existant anciennement entre les Occidentaux et les Orientaux — Des jalousies nationales, politiques et littéraires, avaient depuis plusieurs siècles établi entre les anciens Grecs et les Romains , qui représentaient, les premiers l'Orient et les seconds l'Occident, une espèce d'antipathie quasi-naturelle.
Cette espèce d'antipathie se rencontre chez tous les grands peuples contemporains, surtout lorsque ces peuples sont limitrophes, concurrents, ou en continuelles relations, politiques ou sociales, ou quand l'un de ces peuples a subjugué l'autre.
Tous ces motifs existaient entre les Grecs et les Romains. Ces deux nations étaient limitrophes, elles visaient toutes les deux à la conquête du monde entier, elles étaient en continuelles relations, les Romains ont été civilisés par les Grecs, et ceux-ci ont été subjugués par les Romains. Aussi nous voyons
ymt l'antipathie et l'horreur qu'on lui inspira de l'Eglise de Rome, que son imagination bouleversée l'empêchait de profiter de cette découverte. Mais quand même le peuple aurait compris à temps cette imposture, quelle résistance pouvait-il opposer dans l'extrême misère et le complet anéantisset, auquel ses tyrans l'avaient réduit?
tous les grands hommes de Rome détester les célèbres généraux et les hommes politiques de la Grèce, sur les traces desquels pourtant ils tâchaient de marcher. Les poètes et les orateurs Romains les plus distingués se faisaient un mérite de blâmer, et par fois même de calomnier, les grands auteurs Grecs, chez qui cependant ils puisaient à pleines mains leur science et éclairaient leur génie ! Les artistes même de ce pays , qui admiraient et se faisaient une gloire d'imiter les chefe-d'œuvres de la Grèce, qu'eux-mêmes qualifiaient d'inimitables et de parfaits, étaient irrités au seul nom de leurs immortels maîtres!
À mesure que Rome s'élevait et qu'en même temps la Grèce s'abaissait, cette antipathie augmentait. Les Grecs malgré leur décsfdence politique et sociale, vivant, comme toujours, des rêves de leur immortelle origine et des faits glorieux de leurs ancêtres, méprisaient naturellement ces barbares de race obscure, cet amas d'aventuriers et de brigands, qui n'avaient à citer ni dieux pour ancêtres, ni glorieux monuments d'art et de littérature, et enviaient en même temps leurs gigantesques progrès. Les Romains de l'autre côté , arrogants , comme tout peuple qui commence à entrer dans la voie de la civilisation et de la grandeur nationale, et qui plein de confiance dans sa force juvénile, se moque avec dédain du respect et de l'admiration suprême, que les peuples en décadence, mais d'une glorieuse origine, ont pour leurs ancêtres et leurs vieilles idées, les Romains finirent par ne pas pouvoir souffrir les Grecs. Enfin les Romains conquirent les Grecs, et malgré la fusion politique et religieuse, les germes de cette ancienne haine réciproque continuaient à se déclarer en toute occasion. '
Les grandes concessions et l'égalité complète, que les Romains conquérants avaient employées envers les Grecs conquis, avaient beaucoup calmé cette antipathie entre ces deux grandes nations. Peu après vint le christianisme, et la sublimité des principes de l'Evangile et la charité et l'abnégation des premiers chrétiens , finirent par la faire presque disparaître dans les premiers siècles de notre ère. Mais aussitôt après cette période du siècle d'or de l'Eglise et le changement de l'ancienne politique de l'empire Romain , cette haine se rallumait toutes les fois que les intérêts des deux peuples se trouvaient en opposition. Aussi le Clergé de Constantinople ne manqua pas d'en faire un instrument pour son but, en rappelant à ce peuple Oriental toutes Ici
circonstances, lesquelles lui imposaient comme on devoir national de détester ses anciens adversaires, les Occidentaux.
3. La calomnie contre la conduite des Papes , que le Clergé désignait au peuple Oriental comme complices de sa chute politique — Cet argument, malgré sa fausseté évidente, produisit pourtant la plus grande impression sur le peuple Oriental. Il ravivait 9a plaie geignante encore, et ce peuple dans son ardente imagination, bouleversée par tant de souffrauces, ne voulut pas même raisonner, ni examiner, si ceux qu'on lui désignait comme moteurs de sa disgrâce, Tétaient effectivement. Le Clergé lui citait les actes hostiles et les désordres des croisés, et confondant malicieusement les vexations de ceux-ci avec la conduite des chefs de l'Eglise, il en attribuait aux Papes toute la responsabilité. Envain toutes les pages de l'histoire démontraient évidemment les intentions sincères et pieuses des Papes, dans ces expéditions à l'avantage général de la chrétienté (2) et les grands efforts qu'ils avaient faits d'abord pour empêcher la chute de l'empire Byzantin, et ensuite pendant bien long-temps pour le rétablir. L'histoire du passé, au lieu de servir de guide à ce peuple, était devenue pour lui un témoin importun, dont il voulait dans son emportement faire taire la déposition impartiale. Aussi n'a-t-il jamais voulu la consulter. Il s'efforça au contraire de l'oublier et de la remplacer par les récits faux et absurdes que le Clergé lui débitait. Car il fallait à ce peuple malheureux un auteur des ses maux , à qui il vouerait sa haine implacable. Les insinuations adroites du Clergé finirent par lui persuader que c'était les Papes: il les détesta!
4. La calomnie contre V Eglise de Rome et ses missionnaires y que le Clergé de Constantinople accusait de vouloir faire passer au rite Latin les Chrétiens du rite Oriental — L'ignorance , que les Missionnaires Occidentaux avaient du caractère naturel des Orientaux, de leur position sociale, du véritable motif de la renaissance du schisme imaginaire, ainsi que de l'état
(2) Lorsque les croisés prirent Constantinople, l'an 1204, et y com- ■ireot les horreurs des bordes les plus barbares , ils eurent aussi l'impudence d'inviter le Pape Innocent 111 d'y aller, afin, disaient-ils, d'y célébrer un Concile. Mais le Pape non seulement rejeta arec mépris leur invitation , i il leur reprocha encore sévèrement leur conduite anti-chrétienne. ( Cous. hbt. Uni?. Tom IV pag. 511.)
dogmatique de l'Eglise Orientale, entraîna beaucoup d'entre eux à une conduite envers le peuple de ce pays, qui justifiait plus ou moins ce grand et fort argument, que la malice du Clergé sut en tirer. Plusieurs de ces Missionnaires envoyés en Orient par l'Eglise de Borne pour prêcher aux chrétiens du rite Oriental la consolidation de l'union de l'Eglise, fuite au Concile de Florence, y arrivaient sans avoir, à cause des circonstances, la moindre notion sur l'état de ce peuple. Ils ne connaissaient pas même la langue de ceux à qui ils allaient prêcher , et qu'ils al* I nient éclairer sur une vérité tellement obscurcie et enveloppée par les nuages épais des intrigues et des passions individuelles; ils ignorai nt aussi un point encore plus nécessaire, c'est celui que le Clergé de Constant ïnopîe avait confondu à dessein ses propres passions avec les sentiments naturels et les intérêts politiques de ce peuple, et même avec ceux du gouvernement Ottoman. Ih n'avaient non plus aucune idée sur l'espèce de schisme qui s'y était établi , les bases sur lesquelles le Clergé prétendait le consolider et si on avait fait ou non , des changements dans l'ancienne croyance et les pratiques religieuses du peuple; euftn ces Missionnaires ignoraient complètement, si le peuple l'avait accepté comme schisme religieux , ou plutôt en guise de séparation politique et d'interruption extérieure de ses relations avec Borne, pour ménager, comme on le lui avait fait croire, sa position et son existence physique» Ainsi ces Missionnaires dépourvus de toutes les connaissances nécessaires à leur mission, ne voyant que le désordre religieux, lequel vraiment existait en Orient, et ani* mes d'un zèle d'ailleurs louable et pieux, se sont laissés entrai* ner à croire, que le seul moyen pour y remédier était d'attirer ces chrétiens au rite Latin. Aussi se sont-ils mis à l'œuvre Immédiatement avec une charité et une ferveur admirables, sans examiner auparavant si la chose était praticable, et si c'était là précisément la mission dont l'Eglise de Borne les avait chargés. L'insuccès de ce projet fut complet: il serait même à souhaiter que cet insuccès des Missionnaires , fût le seul malheureux effet que l'Eglise eût à déplorer dans cette circonstance! Mais le Clergé de Constant inople ayant saisi avec adresse cette occasion, persuada au peuple, que l'Eglise de Rome n'avait d'autre but que celui de les obliger d'abandonner le rite de leurs pères, et les attirant au rite Latin, leur faire perdre ainsi le seul caractéristique de leur nationalité ! La conduite des Missionnaires fut
désignée comme une preuve éclatante, et le peuple en fut pleinement convaincu! Depuis sa chute politique il considérait ce rite ctmme le seul foyer de sa nationalité: toute sa susceptibilité donc et tout son égolsme naturel en ont été révoltés: dès lors il se confirma tout à fait dans l'idée que Rome et ses Missionnaires étaient les ennemis mortels de son existence et de son avenir. Cette fatale circonstance est la seule juste prise que Rome donna indirectement au Clergé de Constantinople , sans avoir jamais eu une pareille intention et contre le système qu'elle tâcha toujours de suivre au sujet de la stricte conservation de tous les rites de l'Eglise Catholique , comme nous l'avons prouvé dans le dernier chapitre de la Première Partie du présent ouvrage.
5. Les injures, les libelles, les diffamations et différentes autres inventions mensongères contre la personne du Pape et k Clergé Romain, ainsi que les prescriptions supposées de la part de V Eglise de Rome contre les chrétiens du rite Oriental — Après que le Clergé de Constantinople eut réussi à persuader au peuple, que l'Eglise et le Clergé de Rome voulaient lui faire perdre les traces de sa nationalité; dont son rite était le seul dépositaire, il lui était alors très-facile de faire accréditer près de ce peuple en rancune contre Rome, que l'Eglise Occidentale avait dévié des dogmes et des traditions de l'Eglise catholique, que son Clergé s'était démoralisé et mille autres absurdités. Mais le Clergé de Constantinople d'un côté était, comme nous l'avons dgà dit, incapable d'entrer dans des discussions dogmatiques, même sophistiqueraient, à cause de son énorme ignorance et de sa grande nonchalance. De l'autre côté, il n'osait pas, pour consolider un véritable schisme, apporter quelque changement aux offices publics, aux prières, aux cantiques et aux autres pratiques religieuses du rite Oriental , de peur de scandaliser le peuple, qui voulait rester fidèle aux principes de la religion de ses pères. Car il considérait à cette époque cette exactitude non seulement comme son salut spirituel , mais aussi ie seul Palladium de sa nationalité et de son avenir politique. Aussi le Clergé de Constantinople se contenta-t-il de la publication particulière de quelques libelles contre le Pape et les usages du rite Latin , tels que celui d'un certain Dosithée Patriarche de Jérusalem , à qui son écrit contre le Pape lui valut le titre indécemment impertinent de fouetteur-des- Papes , ( iTairofxaVnf ) dont le Cierge de
Constantinople l'honora (3) et celui d'an pédant nommé Argent! , qui écrivit contre les azymes , et qu'on gratifia du nom d'homme $ érudition (4). Le Clergé finit même par donner le surnom de Saint à Marcus, Métropolitain d'Ephèse (5), sans toute fois oser l'insérer dans le calendrier de l'Eglise.
Abandonné à sa propre discrétion, et s'étant frayé par la rancune du peuple une vaste voie à ses insinuations contre Rome, le Clergé de Constantinople ne connut plus de bornes. Profitant de l'ignorance, dans laquelle il retenait fortement enchaîné. le peuple, il lui débita les fables les plus absurdes, les mensonges les plus grossiers et les calomnies les plus impudentes contre le Pape, l'Eglise de Rome et son Clergé. Entre-autres il parvint à lui persuader, que Rome considère et qualifie dans ses actes publics d'infidèles tous les chrétiens du rite Oriental, et en preuve de cette calomnie , il lui expliqua que dans l'expression , in partions infidelium, que l'Eglise de Rome emploie pour indiquer les Evéques des pays sous la domination Musulmane, die entend par le mot inftdelium les Chrétiens du rite Oriental (6); qu'à Rome on n'accorde pas aux chrétiens du rite Oriental, qui y meurent, la sépulture sur le territoire des Etats du Pape (7) et mille autres sottises pareilles.
(S) Pédalium pag. 31 dans les notes.
(4) Idem pag. &4 dans les notes.
(5) Idem pag. si dans les notes.
(6) Cette absurde explication de la phrase in partibus mJUteUum, est, jusqu'aujourd'hui même, généralement accréditée chex les Chrétiens dn rite Oriental de Turquie et de Grèce.
(7) Cette assertion est d'autant pins absurde , qu'à Rome on voit Jusqu'aujourd'hui les cimetières publics des Protestons et même des Juifs. Ceux des premiers à la porte des murs, dite porte de Saint Paul, près d'une ancienne pyramide nommée de Caio Cestio, dont les tombeaux sont magnifiquement construits en marbre blanc avec des figures ciselées et des inscriptions très-soignées. Ceux des Juifs sont dans l'intérieur, au mont Aventino, près de la grande rue en allant à Ste-Sabine. Comment donc pourrait-on dire , qu'à Rome on refuserait la sépulture aux chrétiens du rite Oriental sur le territoire Pontifical , lorsqu'on l'y accorde aux Protestants et même aux Juifs? Il est vrai que le Clergé catholique Romain n'irait pat chanter les prières funéraires aux morts des Chrétiens Orientaux séparés, ni à aocnn de ceux qui ne sont pas unis arec sa propre Eglise. Mais est ce que la Clergé Oriental séparé accorde aux Latins morts, ou à tout antre chrétien qui n'est pas uni a?cc son Eglise ces mêmes prières?