‹ L'Église oriental;Chapitre 48 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rouez imprescriptible de l'acte du oowcile de wuuuemcm.

Dans la seconde Partie de cet ouvrage nous avons exposé le résumé des actes du Concile Oecuménique de Florence, ainsi que l'acte définitif signé et proclamé solennellement par tous les membres de ce Concile. Tout homme de bon sens y peut voir bien clairement, que ce Concile, à cause de ses circonstances particulières, fut le plus incontestable et le plus inattaquable de tous les autres Conciles de l'Eglise; qu'il s'occupa pendant environ deux ans avec une assiduité incroyable à l'examen de tous les dogmes de la Foi; enfin que les Pères de ce Concile, ayant été d'un accord universel sur tous les différents points de discussion entre les deux Eglises, les ont définitivement établis et consacrés par la proclamation solennelle de leur acte définitif signé par tout le Clergé Occidental , ainsi que par l'Empereur et tous les représentants de l'Eglise Orientale. Nous avons aussi constaté par l'histoire, qu'aucun autre Concile compétent, ou même incompétent, n'ayant point abrogé, ni aucunement modifié celui de Florence , l'acte définitif de ce Concile conserve toute sa force canonique et légale.

Les deux chapitres précédents établissent également, que la réprobation de cet acte par le peuple de Constantinople au retour de l'Empereur et des Evêques Orientaux du Concile de Florence, ainsi que le prétendu conciliabule de Sainte Sophie, ne sont que deux fables absurdes et insoutenables, inventées beaucoup plus tard par le Clergé de Constantinople pour justifier aux yeux des Chrétiens Orientaux son apostasie de l'Eglise de Borne et consolider le schisme qu'ils avaient imposé à ce peuple infortuné par la ruse et la force.

Mais quand même la prétendue réprobation du peuple aurait réellement existé, ou que ce conciliabule aurait eu lieu, l'acte solennel, signé et proclamé par le Pape et tout le Clergé Occidental, par toute l'Eglise Orientale, réunie en Concile Oecuménique, ainsi que par l'Empereur, ne peut rien perdre de sa force, ni d'après les canons de l'Eglise, ni d'après les lois civiles.

Personne n'ignore que dès les premiers temps du christianisme, les Apôtres de notre Seigneur, confièrent exclusivement à leurs successeurs, les Evéques, l'administration de l'Eglise et le soin de la conservation des dogmes de la Foi. C'est à eux aussi qu'ils donnèrent le droit de les expliquer authentiquement et d'examiner toutes les opinions y relatives , sous l'inspection du chef de l'Eglise, de les approuver et de les consacrer comme conformes aux dogmes de la Foi et orthodoxes, et de les prescrire au peuple, ou de les réprouver et de les interdire comme contraires et hérétiques. En un mot les Apôtres, d'un côté remirent entre les mains des Pasteurs de l'Eglise le pouvoir qu'ils avaient reçu du Seigneur pour gouverner et conduire son troupeau par les voies, que l'inspiration de la grâce divine attachée à leur ministère leur aurait indiquées. De l'autre, ils ordonnèrent aux peuples chrétiens d'obéir à leurs pasteurs spirituels, de suivre exactement leurs prescriptions , de ne point dévier des principes qu'ils leur enseignent, de se conformer ponctuellement aux institutions et aux Règlements, qu'ils établissent pour la consolidation de la Foi et l'administration de l'Eglise, enfin de considérer le Clergé comme le seul guide et médiateur de leur salut.

La conduite de l'Eglise et celle des peuples Chrétiens fut en tout temps, en tout pays et en toute circonstance conforme à ces principes bien explicites, sur lesquels est basée notre sainte religion. Oser donc prétendre qu'un peuple a le droit de censu-

rer et d'approuver, d'accepter ou de rejeter les dispositions religieuses introduites dans l'Eglise par son propre Clergé, surtout d'après les décisions d'un Concile Oecuménique, ce serait la même chose que d'oser soutenir l'absurde blasphème, que les actes des Conciles de Nicée, de Constantinople, de Calcédoine, d'Ephèse et des autres Conciles de l'Eglise seraient annulés, si quelques gens du peuple se réunissaient dans une taverne, ou sur une place publique et déclaraient, qu'ils désapprouvent et rejettent les actes de ces Conciles. Les décisions aussi d'un conciliabule de quelques Evéques contre les actes d'un Concile Oecuménique n'ont pas plus de force, qu'une telle réprobation de la part du peuple.

Les préceptes donc bien clairs de notre religion sur les droits du Clergé et les devoirs de tout peuple chrétien, ainsi que les règlements de l'Eglise sur le plein-pouvoir des Conciles Oecuméniques, et le pouvoir bien restreint des Conciles locaux, confirment indubitablement la force imprescriptible de l'acte du Concile de Florence. Puisque, quand même cette réprobation do peuple de Constantinople et ce Conciliabule de Sainte Sophie auraient eu réellement lieu, qui peut nier, que ce soit là deux actes ouvertement contraires aux préceptes de la religion et aux règlements de l'Eglise ? Qui pourrait ne pas avouer que le peuple de Constantinople en réprouvant un acte Ecclésiastique, rédigé, signé et proclamé par son propre Clergé dans un Concile Oecuménique, foula aux pieds par cette impie et sacrilège conduite, les commandements les plus sacrés de sa propre religion? Qui peut révoquer en doute que les Evéques, qui se seraient réunis en Conciliabule dans le but de réfuter les actes d'un Concile Oecuménique, ne soient considérés par les canons de l'Eglise comme apostats et hérétiques , et que leurs décisions sont nulles de plein droit et ne peuvent avoir aucun effet?

D'un autre côté, nous savons bien que le gouvernement Byzantin était un gouvernement monarchique et des plus absolus. Or, dans un gouvernement Monarchique absolu, quel droit peut avoir le peuple pour oser refuser de se conformer à un acte fait, signé et proclamé par son Monarque? Naturellement aucun autre, si ce n'est celui de la force brutale d'une révolte, par laquelle ce peuple apostat serait parvenu à suspendre le cours légitime des ordres de son propre Souverain. Un tel accident n'est pas arrivé, du moins à cette époque, à Constantinople. Mais quand

même il aurait eu lieu , il ne pouvait que suspendre pendant la durée de la violence et du désordre l'exécution d'un acte légitime, mais jamais l'annuler. La violence cessée et Tordre rétabli, l'acte aurait repris toute sa force légale.

Ce serait donc le plus grand blasphème en religion et la plus grande absurdité en politique, que d'oser prétendre que l'acte du Concile de Florence, dans la rédaction duquel le Patriarche de Constantinople, toute l'Eglise Orientale et l'Empereur de Byzance avaient pris une part si active, que l'Eglise entière et le chef de l'Etat d'un commun accord approuvèrent, signèrent et proclamèrent solennellement, soit réellement annulé à cause de sa réprobation par un peuple soumis à cette même Eglise et à ce même Souveraiu. Ou qu'un Conciliabule de quelques Evéques, quand même il aurait eu lieu, ait pu annuler les actes d'un Concile Oecuménique (1). Dans les Conciles Oecuméniques c'est le Saint-Esprit, qui inspire et fait parler les Pères qui les composent, et leurs décisions sont pour cela des lois divines. Le Concile terminé, ces mêmes Pères n'ont plus ce droit: en dehors du Concile, soit en particulier soit en assemblée, il n'y a que des hommes qui parlent, et si leurs opinions sont contraires aux décisions des Conciles , ces Evéques sont ipso facto des hérétiques. Il est donc incontestable que l'acte du Concile de Florence, ayant gardé de droit toute sa force légitime, peut la reprendre de fait en tout temps, aussitôt que des circonstances plus favorables auront enlevé les obstacles.

En conclusion , comme les arrêts Ecclésiastiques ne sont sourois à aucune prescription de temps, l'acte du Concile de Florence, émanant de toute l'Eglise réunie, formellement reconnu et proclamé par elle, et n'ayant jamais été dans la suite abrogé ni modifié par aucun autre Concile, conserve jusqu'aujourd'hui toute sa force canonique et légale. Cependant c'est dans ce Concile que le Pape avait été solennellement reconnu par toute l'Eglise Orientale y présente , ainsi que par le Souverain de ce pays, également présent, chef Suprême de toute l'Eglise, et par conséquent de l'Eglise Orientale aussi: il continue donc d'être

(1) Après le premier Concile de Nicée, sept Evéques, de ceux qui y avaient pris part et signé les actes de ce Concile, se rétractèrent et se réunirent à Arius. Mais est ce que la rétractation de ces sept Evéques annula , ou pouvait annuler, les actes du Concile de Nicée?

jusqu'aujourd'hui fe chef suprême de V Eglise Orientale , non seulement par son droit divin , mais encore en vertu même du consentement unanime, écrit et incontestable, de tout le Clergé de cette Eglise et du Souverain du pays.

Gomment donc le Clergé actuel de Constantinople, d'au côté prend-il avec affectation le nom de Clergé de f Eglise Orientale, et de l'autre ne veut-il pas reconnaître le chef suprême, que cette même Eglise a toujours reconnu , et devant lequel elle a si formellement reoouvelé, à ce Concile de Florence, sa soumission solennelle et fait sa profession de Foi ? Comment ce Clergé ose-t-il se qualifier du titre de Pasteur spirituel de cette Eglise, lorsqu'il foule aux pieds ses principales institutions, qu'elle même lui rappelle tous les jours dans ses cantiques et dans ses prières, comme pour lui reprocher son apostasie? Comment ce Clergé pourrait-il décemment se donner, comme il le fait, le titre de « gardiens scrupuleux des règles de V Eglise et de pasteurs qui veillent pour sa sûreté (2) » lorsque ce Clergé se trouve canoniquement sous l'anathème et l'excommunication directe de cette même Eglise, sur laquelle il dit qu'il veille? Car, à l'ouverture du Concile de Florence, le Patriarche de Constantinople Joseph à la tête et au nom de toute l'Eglise Orientale, là réunie en plein Concile, décréta et condamna à l'anathème et à l'excommunication « tous ceux qui n'auraient pas reconnu , ou qui auraient transgressé dans ta suite les actes de ce Concile légitime (3). »

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