CHAPITRE IV
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«I UBS FUISSAMOSS CMBXTIMMMMS MB rOUKOMT JAMAIS MXMM
WAimm mm omiXMT.
Personne ne saurait révoquer en doute, que l'union de l'Eglise est un bienfait , que nous devons attendre de la grâce divine. Mais, comme nous ne pouvons pas connaître les moyens qu'il plaira à la Providence d'employer pour la réussite de cette œuvre, il nous est permis, sans point nous écarter de ce principe, d'exposer ici les mesures, que, d'après le raisonnement humain , nous croyons devoir employer pour en préparer la voie. Ces mesures, dont dépend également la véritable restauration de l'Orient, sont les suivantes: 1. L'extirpation des motifs qui entretiennent V antipathie existante chez les chrétiens du rite Oriental contre les Occidentaux — 2. L'émancipation des chrétiens d'Orient du pouvoir temporel de leur propre Clergé — et 3. Le
)M 25 \M rétablissement de Contre hiérarchique dans VEylise Orientale suivant les anciennes institutions de cette même Eglise.
Ces trois opérations n'ont point échappé à la perspicacité de la diplomatie actuelle. Une grande partie de ses différentes combinaisons sur la question d'Orient prouve évidemment, combien elle est intimement convaincue, que ces opérations préalables sont les seules bases inébranlables, sur lesquelles elle doit consolider les grandes œuvres qu'elle veut introduire en Orient. Les conseils que les Ambassadeurs des grandes Puissances ont toujours donnés à la Sublime Porte sur la condition religieuse et sociale des chrétiens ses sujets, les différents décrets qu'ils lui ont fait publier en leur faveur, leur intervention en toute circonstance pour leur procurer tous les avantages et les soulagements possibles, sont des actes qui attestent hautement ce que nous venons d'avancer. Enfin les dernières propositions de la Bussie envers la Porte Ottomane avaient également pour objet les intérêts religieux et sociaux de ces peuples. Le gouvernement même Ottoman avait bien compris l'immense importance de pareilles opérations: car, comme on sait, il proposa de son côté l'année dernière au Patriarche de Constantinople, de proclamer que y la Russie s* étant séparée de V Eglise de Constantinople, avait fait des changements essentiels sur les dogmes de F Eglise Orientale, et ne pouvait par conséquent être considérée comme coreligionnaire des chrétiens sous la juridiction Patriarcale (1). Avons-nous besoin d'autres preuves plus éclatantes de ce que toute la diplomatie en général est bien pénétrée de la nécessité de pareilles mesures, et qu'elle est bien convaincue, que ce n'est que par de telles dispositions qu'on pourrait arriver à la véritable restauration de l'Orient.
Toutefois il nous est permis aussi, dans notre qualité d'habitant et natif de ce pays et celle de chrétien du rite Oriental , de faire ici quelques remarques sur ces trois opérations. Car nous sommes bien convaincus, ainsi que tous ceux qui connaissent vraiment l'Orient et qui lui veulent sincèrement du bien, que c'est de l'application convenable de ces trois opérations, que dépend exclusivement l'existence physique et politique, la réforme, la civilisation, le bonheur et la rentrée dans la famille Euro-
Ci) Voyez les journaux du mois de Juin de Tan 1854.
péenne de notre infortuné pays, ainsi que la gloire de notre sainte religion !
1. Extirpation des motifs qui entretiennent V antipathie existante chez les chrétiens du rite Oriental contre les Occidentaux.
Pour peu qu'on examine le caractère de l'antipathie existante entre les chrétiens du rite Occidental et ceux do rite Oriental, on découvrira clairement, que sa nature diffère de beaucoup chez chacune des deux parties. Chez les chrétiens du rite Occidental cette antipathie est l'effet d'une ancienne rancune, basée sur de vieilles jalousies, qui n'existent plus et qui avaient été accréditées et alimentées par le fanatisme et l'ignorance. Voilà pourquoi cette antipathie a presque totalement disparu de l'Occident, à mesure que la civilisation et les lumières y rendirent les populations plus raisonnables et moins sujettes à de vieux préjugés inutiles, ou même nuisibles. Si cette antipathie conserve encore assez de ténacité chez les chrétiens du rite Occidental habitants de l'Orient, outre que ces chrétiens ne sont pas encore assez civilisés, comme leurs coreligionnaires de l'Occident, cette antipathie est aussi devenue chez eux, plutôt une espèce des représailles contre leurs conationaux les chrétiens du rite Oriental, qu'un sentiment basé sur quelque motif réel. Les Occidentaux habitants de l'Orient haïssent leurs compatriotes du rite Oriental pour la seule raison que ceux-ci les détestent. Mais chez les chrétiens du rite Oriental cette antipathie est calculée, systématique, et découle de motifs réels, se base sur des principes inaltérables, et a pour cause et pour but l'intérêt le plus précieux de l'homme social : V existence nationale. Aussi la civilisation et les lumières loin de la rendre moins tenace, loin de la détruire, la fortifient et la consolident de plus en plus, à mesure qu'elles pénètrent dans cette nation.
Cette antipathie donc entre les chrétiens des deux rites étant d'une telle nature, elle ne serait pas difficile à abandonner de la part des chrétiens du rite Occidental. Car, comme nous l'avons déjà dit, elle n'est chez eux qu'une espèce des représailles. Mais chez les chrétiens du rit Oriental cette antipathie étant une tactique consacrée pour combattre toute attaque contre la conservation de leur propre nationalité, réelle ou imaginaire, et enfin la base de l'espoir de leur renaissance politique, de leur palin-
genesïc, elle présente par conséquent de bien sérieuses difficultés. C'est donc de cette antipathie et des motifs qui l'entretiennent, que l'on doit s'occuper exclus i\ émeut.
Les circonstances politiques, dont cette antîpath ie systématique dérive et dont elle est soutenue, sont trop connues, pour s'occuper à les répéter ici. D'un autre coté, les événements avenus dans le cours des temps, les révolutions politiques, les émigrations, les conquêtes des différentes nations, les fusions des peuples, les colonies qui vinrent s'implanter dans l'Orient et tant d'autres accidents qui se succédèrent pendant deux mille ans en ce pays, embrouillèrent et confondirent tellement l'origine et la nationalité de ces populations , qu'il serait impossible à présent de pouvoir l'indiquer précisément. II y a peu de nations sur la terre , qui pendant ce long intervalle ne soient venues se mêler plus ou moins à celles de ces contrées d'une manière quelconque. Aussi laissant de coté ce labyrinthe du passé , dont l'examen serait d'ailleurs embarrassé par des controverses infinies, nous n'observeront ces circonstances que dans leur état actuel.
Or, ie seul motif de l'existence invariable de cette antipathie des Orientaux étant les prétentions contre l'empire Ottoman des Grecs de nation et de ceux qui insistent à passer pour tels, c'est sur ce point qu'on doit diriger les moyens propres à faire disparaître cette antipathie des Orientaux et arriver ainsi à l'union permanente de l'Eglise, à la pacification et la civilisation de l'Orient et à la consolidation de l'empire Ottoman,
Mats pour que ceux , que la divine Providence a destinés à opérer dans ce pays des oeuvres aussi grandes , puissent apprécier la valeur des moyens propres à faire disparaître radicalement cette antipathie et faire appliquer justement les moyens qu'on jugerait convenables, il ne serait pas hors du sujet de jeter un coup d'oeil sur deux grands événements de notre siècle, qui précédèrent les circonstances actuelles.
Ceux qui avaient provoqué et dirigé ces deux grands événements avaient pour but de faire disparaître cette antipathie, en l'attaquant dans chacune de ces deux circonstances par un moyen différent. Malheureusement l'une et l'autre fois, leurs efforts échouèrent, quoique par des causes différentes.
Le premier de ces deux grands événements fat l'idée gigantesque de Sultan Mahmoud II , de faire cesser les motifs de cette antipathie par une fusion politique de toutes les populations de
*M 28 H* son vaste empire, quelque fut la religion on le rite de ces populations « Je m veux, dit-il, distinguer mes sujets comme Musulmans, Chrétiens, ou Israélites, que dans leurs Mosquées, dans leurs Eglises, et dans leurs Synagogues. Sur tout le reste, tous mes sujets seront égaux et auront tous les mêmes droits et Us mimes obligations » Ce grand génie comprit qu'une fusion politique de toutes les différentes populations de l'Orient, pourvu qu'elle fut radicale, complète, sincère et avantageuse à tous, pourrait seule restaurer ce pays et consolider son empire. Malgré son éducation peu soignée , l'intelligence naturelle du Sultan Mahmoud lui fit comprendre, que croire qu'il y eût de nos jours un insurmontable obstacle dans la différence des religions de ses peuples, c'était une pusillanimité politique fort démesurée, lorqu'aucune des religions de ces peuples n'en serait lésée, lorsqu'on verrait au contraire cette fusion procurer à chacune d'elles la pleine liberté de son existence , de ses droits et de ses exercices. Ainsi fort de la grandeur et de la vérité de son plan, Sultan Mahmoud s'est mis à en méditer les moyens d'exécution, dès que, par deiragiques circonstances, il se vit appelé à monter sur le trône, après la mort de son oncle Selim et celle de son frère Moustafa: c'est à dire, dès l'an 1808.
Il est vrai , que même plusieurs diplomates de l'Europe civilisée, entraînés par de vieux préjugés, invétérés par l'obscurité du lointain et par l'habitude, soutiennent l'impossibilité d'une telle fusion. Ils se plaisent à croire que, si une pareille fusion fut autre fois opérée entre les Grecs et les Romains, elle doit être entièrement attribuée à la conversion de Constantin le grand au Christianisme. Ainsi ces diplomates partant d'un faux principe, en tirent une conclusion nécessairement fausse et de là Ils dogmatisent hautement, qu'une telle fusion serait à présent impraticable, à cause de la différence des religions des populations de l'empire Ottoman. Mais si on consulte l'histoire, et si on examine attentivement l'origine, les motifs et toutes les autres circonstances de cette époque, on sera convaincu, que la religion n'avait en rien contribué à cette fusion purement politique.
Effectivement la conversion de Constantin au Christianisme consolida sa Souveraineté, à cause que la plupart de ses soldats appartenaient à cette religion. Mais fort peu de ces soldats chrétieqs étaieut Grecs de nation. Le christianisme n'était pas même assez rependu à cette époque en Grèce: au contraire cette religion
*3-( 29 )-€< n'y comptait qu'un petit nombre de prosélytes. D'un autre côté, cette fusion politique des Grecs avec les Romains était beaucoup antérieure à l'empereur Constantin. Cette fusion était même tellement consolidée à cette époque entre les deux nations, que les Grecs avaient déjà abandonné jusqu'à leur nom national , pour s'appeler fièrement Romains, et avaient même cessé de porter les noms propres en usage chez eux , pour porter avec affectation ceux de la nation dominatrice (2).
Une preuve éclatante de ce que la conversion de Constantin au christianisme ne fut point la cause de la fusion politique entre les Grecs et les Romains, sont encore les faits historiques suivants.
Quoique Constantin en embrassant le Christianisme eût attiré les sympathies de l'armée, quoiqu'il se déclarât le protecteur des chrétiens et qu'il le fût réellement, il ne prit pourtant formellement pour lui-même la nouvelle religion que 14 ans après, n'ayant été baptisé qu'au moment de sa mort (3). Julien l'apostat, neveu de l'empereur Constantin monta sur le trône 24 ans après la mort de son oncle: mais il embrassa publiquement l'idolâtrie et persécuta cruellement le christianisme. Plusieurs des successeurs de Julien se déclarèrent protecteurs de différentes sectes et persécutèrent alternativement le catholicisme, qui était la religion de presque toutes les populations de l'empire. Mais ni les Grecs, ni aucun autre peuple soumis à l'empire Romain de Constantinople, quoiqu'en guerre religieuse avec leurs Souverains et persécutés par eux en fait de religion , ne songèrent jamais à sé-
(2) Adamantins Coray, natif de Chios, homme très-distingué dans le monde littéraire, avait imprimé à Paris en 1800 les œuvres d'Aelien, auteur Grec du troisième siècle. Coray en expliquant dans la préface comment Àe« lien, quoique Grec de nation, portait un nom Romain, dit en propres termes: « Les Grecs de cette époque portaient en général des noms Romains. » (Proleg. Coray pag. 196. ) Egalement Appolonios, auteur Grec vivant au troisième siècle, déplore le manque d'attachement et de respect de ses propres compatriotes à leur nationalité primitive par les termes suivants « Mais chez la plupart de vous les noms Grecs mime ont déjà disparu: puisque vous vous êtes tellement enivrés de cette nouvelle prospérité Romaine, que vous avez perdu le sentiment de nationalité Grecque et abandonné tous les symboles de vos ancêtres. Car tandis qu'eux portaient des noms de nos héros, amiraux et législateurs, vous au contraire, vous vous plaisez à vous appeler Lucullus, Fabricius, etc. » (chez Philostratus lettre LXX1. )
(3) C'est l'opinion d'Eusèbe, Archevêque de Césarée, son biographe.
parer leur nationalité de celle de la nation dominatrice. Cependant les souvenirs de l'origine et de l'existence nationale et indépendante de ces peuples étaient à ces époques beaucoup plus récents et plus vifs, qulls ne le sont actuellement chez les peuples chrétiens sujets de l'empire Ottoman. Tous ces faits historiques prouvent que la cause de cette fusion furent exclusivement les moyens prudemment combinés d'une politique adroite et sincère constamment suivie par les Souverains dominateurs,
Il résulte de tout ce que nous venons d'exposer, que la fusion aussi politique de toutes les populations d'Orient, tell« qu'elle avait été faite autrefois entre les Grecs et les Romains et telle que Sultan Mahmoud se l'imagina, serait fort réalisable et aurait tranché pour toujours cette question aussi difficile à résoudre, que funeste à tout le monde. L'Orient se serait alors organisé de lui-même et aurait marché par son propre mouvement à la civilisation, sans y être forcément entraîné par Tinter v en tïon des Puissances Européennes et sans d'aussi terribles secousses politiques et morales. Cette fusion aurait épargné à et pays l'effusion de tant de sang et à l'Europe tant d'embarras sérieux. Elle aurait consolidé l'empire Ottoman sur des bases inébranlables, et l'aurait appelé à occuper le haut rang, que sa position géographique , ses immenses ressources et ses populations intelligentes et laborieuses lui destinent parmi les grandes Puissances* L'Europe Occidentale serait alors obligée, non par une bienveillante protection, mais par la force des circonstances, d'ouvrir elle-même ses bras et de recevoir dans sa famille l'empire Ottoman organisé, civilisé et capable de lui rendre eo toute circonstance les services les plus importants.
Mais par une désastreuse fatalité, Sultan Mahmoud ayant retardé l'exécution de son plan, la révolution Grecque de IS5I éclata et bouleversa tout. I>ès lors ce plan si élevé et le seul salutaire pour l'Orient,, était devenu inapplicable pour ce pays, du moins pour bien long-temps. Aussi Sultan Mahmoud lui-même fut forcé de lui donner ensuite un cours tout différent et de le circonscrire dans un cercle beaucoup plus restreint.
Le second grand événement fut l'intervention forcée des grandes Puissances dans la question Turco-Grecque, dans le but de régler l'Orient et de consolider ainsi l'équilibre Européen. Elles crurent pouvoir y parvenir par un moyen tout à fait opposé au système de fusion : par celui de la séparation définitive des
deux nations. C'eut été encore un bon moyen de trancher cette question, si toutes ces Puissances eussent considéré cette affaire sous le même point de vue, et qu'elles eussent été d'accord sur la direction , que leurs opérations devraient lui donner. Mais les différents détours, les luttes continuelles et toutes les circonstances qui précédèrent leur décision définitive, prouvèrent évidemment, que chacune des grandes Puissances voulait jrégler l'Orient d'après ses propres opinions. Voilà pourquoi après mille combinaisons diplomatiques, de violentes catastrophes et d'immenses sacrifices de toute espèce, ce grand projet avorta également.
Les funestes conséquences de l'atroce déchirement de l'unité Orientale, opéré par la nouvelle organisation que les Puissances voulurent donner à ce pays , ne tardèrent pas à s'y déclarer dans toute leur horreur. Le nouveau royaume de Grèce, composé d'une population de huit-cents mille âmes, divisés en quatre partis politiques (4) ; serré dans des limites moralement et physiquement déloyales; sans flotte ni armée; ayant commencé son gouvernement par une Régence composée d'étrangers ; ce royaume dont tous les habitants sortaient à peine du chaos de l'esclavage et de l'anarchie; consistant en un pays, où il n'existait ni commerce, ni industrie, ni ressources intérieures; où tout était ruiné par une guerre de destruction de dix années; ce pauvre royaume devant même partager son faible revenu entre les urgents besoins de l'Etat et l'amortissement et les intérêt d'un emprunt de 80,000,000 de francs, qui ne lui servit en rien; ce royaume fut encore placé sous la protection de trois grandes Puissances, qui n'ont jamais été, et ne pouvaient naturellement être, d'accord sur le sort de cet 'infortuné pays. Aussi ce royaume ne fût jamais dans le fond qu'un faibl^ fantôme politique. Il ne pouvait pas même avoir aucun espoir de sortir de ses difficultés, de grandir, ou même d'exister, qu'au détriment de ses voisins. Cependant en compensation de ce qui manquait à ce malheureux pays pour constituer un Etat, les grandes Puissances Protectrices, par la position anormale qu'elles-mêmes lui avaient créée et les illusions qu'elles lui avaient fait concevoir, lui ouvrirent une vaste carrière d'intrigues et de prétentions interminables, dans laquelle elles le poussèrent sans y trop réfléchir 1
(4) Ceux de Russie, de France, d'Angleterre et de Bavière.
Effectivement œ peuple confondu avec tous les chrétiens habitons de la Turquie, à qui l'identité de la religion et de la langue avec les Grecs sert comme un symbole caractéristique de la même origine nationale, ce peuple naturellement enthousiaste, vif et impressionable, s'enivra de la réussite de sa première révolte et s'abandonna à tous les rêves les plus extravagants. Il devint alors pour la Turquie un fléau terrible, une source inépuisable de révoltes, de désordres, de déchirements intestins, de conspirations et de catastrophes , enfin un obstacle insurmontable à toute organisation et à toute espèce de sûreté intérieure pour l'empire" Ottoman. Cet Etat resta par conséquent exposé à toutes les sourdes machinations , à toutes les conspirations formées contre lui dans son propre intérieur. Aussi l'empire Ottoman ne put plus ni rester maître des frontières qu'on lui assigna, ni distinguer ses propres sujets, ni régler leur condition, ni employer aucune mesure praticable pour sortir de cette position, aussi embarrassante que critique pour lui.
Ainsi ce moyen de séparation définitive des deux peuples, que les grandes Puissances employèrent pour organiser l'Orient et conserver l'équilibre Européen, manqua également son but par sa vicieuse application , comme celui de fusion , imaginé par Sultan Mahmoud , l'avait manqué par la force de circonstances fatales et imprévues. On pourrait même dire, que les funestes conséquences de ce moyen mal appliqué, occasionnèrent surtout deux grands inconvénients. D'un côté, elles suscitèrent des embarras sérieux et des contestations continuelles entre les trois Puissances Protectrices. De l'autre, elles rendirent inefficaces en grande partie les réformes commencées par Sultan Mahmoud et continuées par son fils et successeur le Sultan actuel, et finirent ainsi par désorganiser complètement l'Orient et par compromettre gravement la paix générale et l'équilibre Européen.
Il n'appartient pas au sujet de notre ouvrage, ni à nous Individuellement, d'indiquer ici lequel des deux moyens précités serait le plus convenable et le plus applicable aux circonstances actuelles. Il nous suffit d'avoir montré l'origine et les différentes faces de cette antipathie et de prouver, que tant qu'on laisserait les choses exister dans l'état actuel, non seulement l'union de l'Eglise ne pourra pas, humainement parlant, se réaliser, mais qu'il est de toute impossibilité qu'aucune des améliorations, que les Puissances chrétiennes désirent faire en Orient,
y soit jamais réellement appliquée. Enfin H suffit que nous ayons exposé ces deux circonstances bien remarquables , pendant lesquelles les deux différents moyens, qu'on employa pour faire disparaître Jes motifs de cette antipathie, échouèrent complètement l'un et l'autre: le premier à cause des circonstances imprévues, et le second à cause d'une vicieuse application. D'ailleurs, comme les détails de ces deux grands événements se sont passés sous les yeux de la diplomatie actuelle, personne ne saura douter , qu'à l'heure qu'il est, elle est bien convaincue, que c'est de la sage combinaison des deux moyens précités et de l'application du plan qu'elle en aurait extrait, que dépend uniquement la réussite de ia véritable restauration morale et politique de l'Orient, et la consolidation de la paix générale et de l'équilibre Européen. Au contraire, ce serait faire le plus grand tort à la perspicacité des diplomates de notre époque , que de supposer qu'ils ignorent, que toute autre espèce de combinaison sur l'Orient serait un funeste replâtrage, qui rendrait inévitable et terrible pour tout le monde la chute de cet énorme colosse, dont les circonstances des temps sapèrent et détruisirent irréparablement les anciens fondements,
2. Émancipation des chréliais du rite Oriental du pouvoir temporel de leur propre Clergé.
Nous avons rapporte dans les chapitres précédents, qu'à la prise de Constantinople , Je gouvernement Ottoman ne sachant comment gouverner les nombreux chrétiens de son vaste empire, dont il ne connaissait ni la langue , ni tes lois , ni les habitudes , et n'ayant pas le système de confondre avec la nation dominante les peuples conquis qui n'embrassaient pas l'Islamisme, le gouvernement Ottoman crut administrer ces chrétiens par une espèce d'intendance. Ce genre d'administration remplissait complètement le triple but de la politique, que tes Sultans d'alors suivaient à legard des peuples chrétiens dont ils faisaient la conquête. Elle tenait ces chrétiens définitivement séparés de la nation dominante; elle fournissait au gouvernement dans la personne de l'intendant un cautionnement collectif pour l'exact paiement des impôts de ses administrés, l' accomplissement de leurs obligations et leur conduite politique; et délivrait enfin ce même gouvernement de tout embarras et de tout soin sur le sort de ce* chré-
tiens, qu'il regardait , d'après son système de cette époque, non comme formant une partie de ses propres sujets, mais comme des esclaves condamnés par leur position de Hayas^ à travailler au prolit de la -nation dominante. Aussi nous avons vu, que dès les premiers jours de son installation à Constantinople, le conquérant Su! tant Mahomet II confia au Patriarche (iénadius et à ses successeurs le pouvoir temporel sur tous ses corréligîonnaires habitants de l'empire Ottoman.
Cette espèce d'administration civile des chrétiens eut encore été la plus avantageuse pour eux à cette époque, si la dépravation complète, dans laquelle le Clergé de Constantinople était tombé, ne l'eut changée, peu de temps après Génadius, en une barbare tyrannie»
Nous avons rapporté ailleurs comment ce Clergé, profitant de toutes les circonstances qui lui furent offertes par un gou\ernemeut en continuel désordre et plein d'éléments de désorganisation, commit les abus les plus effroyables et les vexations la plus atroces contre ces malheureux chrétiens sous sa double juridiction. Nous avons fait observer, que ce qui encouragea surtout ce Clergé à tous ces excès fut justement ce droit de chef temporel, qui lui servit comme de sauf-conduit pour exercer ouvertement tous ces abus sous les yeux du gouvernement, «ans qu'il eût à craindre aucune censure de sa part. Nous avons enfin démontré, que même dans ces derniers temps, ce Clergé ayant accaparé pour sou propre compte tous les avantages, que le gouvernement voulait procurer par le Tinzimat à ses sujets chrétiens, fit empirer leur condition. C'est pourquoi toutes ces nouvelles institutions et réformes favorables à ces chrétiens, au la de les contenter et de les rapprocher de leur Souverain, n'ont fait que les aigrir davantage et les pousser à chercher mille moyens pour limer continuellement les faibles liens qui les y tiennent attachés, dans l'espoir de pou\oïr les rompre tout à fait à la première occasion favorable.
À quoi serviraient donc les privilèges ou les droits, que, soit l'Empereur de Russie, soit les grandes Puissances Occidentales veulent procurer maintenant aux chrétiens d'Orient , si le Clergé de ce peuple, appuyé sur son double pouvoir temporel et spirituel, se tient là comme une harpie infernale, prête à engloutir tous les bienfaits que toute main bienfaisante et civilisatrice ré* pandrait sur ce peuple infortuné? Comment ce peuple pourraU-i!
profiter de ces droits et privilèges qu'on veut lai accorder, si son Clergé continue de tenir enchaînées dans ses doubles fers la liberté de sa conscience et son existence civile? À quoi servirait, par exemple, à ce peuple le privilège de tester par devant les tribunaux Ottomans, soit le droit de leur demander justice, lorsque le Clergé a les moyens d'y immiscer la religion, et donnant à toute affaire purement mondaine la couleur de sa propre compétence, de s'en saisir et de la terminer d'après son bon plaisir? À quoi profiterait à ce peuple le droit de prendre part dans les Mesliches, si le Clergé peut désigner comme membres de ces tribunaux administratifs,* civils et criminels, les complices de ses abus, ses propres domestiques, ou les gens les plus méprisables de la société chrétienne de ces pays ? Quel soulagement peut obtenir ce peuple de la bonne disposition du gouvernement Ottoman sur la juste et égale distribution des impôts, lorsque cette distribution est faite directement par ce Clergé, ou indirectement par ses infâmes associés ? Comment ce peuple pourrait-il profiter du droit d'avoir des Communautés, des Ecoles, des Couvents, des Hôpitaux, des établissements de bienfaisance, lorsque toutes ces belles institutions publiques doivent être Immédiatement converties en fiefs du Clergé et de ses affîdés? Comment serait-il possible que ce peuple fût content de sa position actuelle , lorsqu'il voit que ce Clergé conserve toujours le pouvoir de lui arracher tout le profit de son travail, la sueur de son front, le pain de ses propres enfans, par des impôts énormes et des taxes arbitraires, qu'il qualifie impudemment de droits de f Eglise? Comment ce peuple peut-il être attaché et rester fidèle à son prope gouvernement, lorsqu'en lui adressant ses justes plaintes contre ses oppresseurs, il n'y trouve pas la protection et la justice que tout gouvernement doit à ses peuples en pareilles circonstances ? Quel droit peut avoir aux sympathies et au dévouement de ses sujets, un gouvernement, qui, losque ceux-ci , arrivés au dernier désespoir , bravent tout danger et oéent se plaindre formellement à lui des horribles vexations qu'ils souffrent, ce gouvernement envoie le redressement des griefs de ces infortunés à la conscience de leurs propres bourreaux ? D'ailleurs est-il juste, est-il humain, est-il raisonnable, qu'un peuple, dont toutes les Puissances, et son gouyernement lui-même, disent, qu'ils veulent améliorer l'état social, que ce peuple reste soumis à deux autorités temporelles, dont les intérêts, le but,
les intentions et les principes moraux et politiques sont de leur prope nature diamétralement opposés? Enfin tout le monde sait, que tant ta Russie que les Puissances Occidentales font tous leurs efforts, afin de ne pas lasser à aucune d'entre elles prendre une prépondérance absolue sur l'Orient . Est-il donc de la perspicacité et de la prudence des cabinets de toutes ces Puissances, d'y laisser exister un élément, qui par un pouvoir abusif qu'il a sur le peuple le plus nombreux, le plus éclairé, le plus vivace, le plus hardi et le plus entreprenant de ce pays, peut bouleverser à tout moment tontes leurs combinaisons sor l'Orient, tous leurs efforts pour la conservation de l'équilibre Européen, en se vendant tantôt à Tune et tantôt à l'autre d'entre eUes, enfin au plus offrant?
3. Rétablissement de tordre hiérarchique dam l'Eglise Orientale suivant ses propres aticimncs institutions.
Dès te commencement du Christianisme le droit divin de l'Evéque de Home comme chef suprême de toute l'Eglise, ne fut Jamais méconnu. Les premiers Souverains Chrétiens, qui furent les Empereurs Byzantins, l'avaient toujours respecté. Ce droit fit même plus tard partie du droit public de toute l'Europe chrétienne, dont les Souverains continuèrent tous à reconnaître le Pape comme chef spirituel de totts les baptisés. La première violation formelle , entreprise contre ce droit incontestable du Pape de la part des gouvernements, fut celle du Congrès de Westpbalie en 1648, lorsqu'après la fameuse guerre de trente ans, on voulut modifier par un nouveau traité quelques bases du droit public de l'Europe. C'est dans ce Congrès qu'on a aussi prétendu établir, que te consentement du Souverain temporel d'un pays serait nécessaire à t>.mciee de la supré?natie spirituelle du chef de t Eglise. Cependant, quoique cette attaque aux droits du Pape eût été faite par instigation et en faveur des Protestants, l'Angleterre pourtant n'avait pas été admise à prendre part à ce traité, à cause de son gouvernement républicain de cette époque (6).
(5) Ce trailè réservait à l'Angleterre le droit, d'j participer par toi acte additionnel , lorqu'elle serait gouvernée par un Prince t/gUiww- Mais l'Angleterre, même aptes le changement de son gouvernement, n'a )* mais u*é de ce droit.
Lu Russie et la Turquie ne furent pas non plus comprises dans ce traité: la première parce qu'elle n'était pas encore considérée a cette époque comme une Puissance Européenne, et la seconde à cause qu'elle n'était pas une Puissance chrétienne. De manière que, quand même les dispositions de ce traité sur la modification de l'ancien droit public de l'Europe seraient invoquées de nos jours, tout insignifiantes et invalides qu'elles sont, elles ne peuvent pas même être citées ni par l'Angleterre , ni par la Russie, ni par l'Orient.
L'Orient surtout, comme nous l'avons vu dans plusieurs endroits de cet ouvrage, considéra toujours cette suprématie de l'Evéque de Rome sur toute l'Eglise, comme le fojrer de la Foi chrétienne, le centre et le lien du catholicisme. Les saints Pères les plus distingués de ces contrées soumettaient a l'Evéque de Rome toutes les questions religieuses, pour en demander la solution et en appelaient devant le Pape de tous leurs différends, comme à un tribunal suprême. Les Papes ont toujours présidé tous les Conciles, et en confirmaient tous les actes et les canons. Les Empereurs même de Ryzance, malgré leur vanité, s'empressaient toujours de faire confirmer tous les Patriarches par le Pape. Le peuple Oriental de son côté eut aussi en tout temps le plus grand respect pour la suprématie du chef de l'Eglise , et considérait celte confirmation des Patriarches comme une preuve de leur orthodoxie. Aussi ceux même parmi les Patriarches de Constantinople, qui pour leurs intérêts personnels furent les plus hostiles aux Eyéques de Rome, étaient forcés de demander cette confirmation. Photius lui-même, comme nous l'avons vu, iit tout son possible pour être confirmé par le Pape sur le siège Patriarcal de Coustantînople. Il lui écrivit des lettres pleines de soumission et d'obéissance , dans lesquelles il déclarait * qu'il le reconnaissait comme le chef suprême de toute l* Eglise ^ et quit w se sentait pas capable de gouverner celle de l'Orient > sans être affermi par ta confirmation £ ta bénédiction de sa Sainteté (B). * Photius ne se déchaîna contre la Papauté , qu'après avoir été déclaré par l'Eglise définitivement déchu de sa dignité Patriarcale et excommunié pour la dernière fois.
(G) Voyez les lettre» de Photius au Pape Nicolas r qui sont rapportée* en lauque Grecque dans le Tcjaqç Xoteà^ et en Latin dans Its annales d« bat oui us Htil N. ji.
N-( 38 )he*
Cette dépendance spirituelle de l'Eglise entière du siège de Borne s'était tellement identifiée avec l'existence de la société chrétienne, que lors même que le Patriarche Michel Cérulaire eut la témérité d'achever la séparation de l'Eglise de Constantinople de celle de Rome, tout le Clergé d'Orient n'approuva pas son but ambitieux. Voici ce que Pierre, Patriarche d'Antioche, le Prélat le plus distingué de cette époque, écrivait à Cérulaire après cette séparation : « Je prie instamment Votre Béatitude et je me jette en pensée à ses pieds, pour la supplier de prendre en considération bien sérieuse les conséquences de cette affaire et de se désister de ses prétentions trop rigoureuses. Car il est à craindre, que voulant recoudre une déchirure, vous n'en fat* siez une pire; et que s'empressant de redresser ce qui est déjà tombé, vous n'occasionniez une plus grande chute. Observez bien, si ce n'est pas évidemment de cette séparation et du dé* lâchement de notre sainte Eglise de ce grand et premier siège Apostolique, qu'il est arrivé que tous les maux se sont multipliés dans la vie, que tout le monde se trouve dans une malheureuse position, que tous les royaumes de la terre sont en trouble. Partout on n'entend que des lamentations et de profonds soupirs ! partout il y a des famines et des maladies contagieuses dans les pays et les villes! et nulle part nos armées ne peuvent plus réussir dans leurs entreprises (7) ! »
Quelle évidente prophétie!
Enfin le Concile général de Florence mit un terme au schisme de l'Eglise. L'acte solennel de ce glorieux Concile prouva
(7) „ ïïaçaxcûJ*, xal îxtrtû», xai foo/xoi, xai >ofg«f râ» lêw èyin*
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M 39 )-€* bien clairement, que tous les déchirements de l'Eglise ne furent provoqués, que par des motifs purement mondains; que les dogmes de la Foi sont toujours restés inaltérables dans l'Eglise d'Orient et qu'ils ne différaient en rien de ceux de l'Eglise d'Occident. Ce Concile éclaircit particulièrement et définit tous les points de dissension entre les deux Eglises. Il prouva que la procession du saint-Esprit du Père et du Fils était attestée et expliquée dans le même sens, dans les écrits de tous les saints Pères de l'Eglise, tant Orientaux qu'Occidentaux; il définit que l'existence du Purgatoire fut toujours reconnue dans toutes les prières et les pratiques religieuses de l'Eglise d'Orient, comme dans celle d'Occident. II reconnut que l'une et l'autre croyaient de la même manière à la présence réelle des Saints devant Dieu avant le dernier jugement. Il établit que l'usage du pain azyme ou inzyme dans la sainte Eucharistie, n'est qu'une coutume de rite qui n'attaque point la substance. Enfin il déclara que l'Eglise toute entière reconnaît, que l'Evêque de Rome est le successeur de saint Pierre, Vicaire de Jésus-Christ et chef de toute l'Eglise.
Cet acte, comme nous l'avons vu dans la seconde partie de cet ouvrage, fût rédigé du consentement commun de tous les Pères de ce Concile, Orientaux et Occidentaux, approuvé solennellement et signé tant par eux, que par le Pape Eugène IV, ainsi que par l'Empereur de Constantinople Jean Paléologue.
Cet acte ayant été formellement promulgué dans tout l'Orient, conserva toute sa force légitime, tant que les circonstances politiques n'avaient pas prêté leur appui temporel à la dernière apostasie du Clergé de Constantinople. La suprématie surtout de l'Evêque de Rome sur toute l'Eglise était reconnue par ce même Clergé de Constantinople jusqu'à la fin presque du seizième siècle: car en 1584 encore, c'est à dire 145 ans après le Concile de Florence, le Patriarche de Constantinople Jérémie en écrivant au Pape Grégoire XIII, lui donnait le titre de chef de V Eglise, et le priait comme tel , d'indiquer les moyens par lesquels on devait combattre les erreyrs des Protestans (8).
Nous avons aussi démontré dans le courant de cet ouvrage, que l'état de séparation, dans lequel se trouve actuellement l'Eglise Orientale, n'est pas proprement un schisme plein et par-
is) Voyez en la page 112 de la Troisième Partie du présent ouvrage.
fait, Cest un asservissement de l'Eglise Orientale et de ses chrétiens, achevé par l'apostasie du Clergé de Constanlinople, lequel seul est proprement sehismaiique. Car il se sépara des institutions de l'Eglise Universelle et de celles de sa propre Eglise. Nous avons également expliqué comment ce Clergé ayant profité des circonstances politiques parvint à cesser ses relations avec l'Eglise de Borne, se fortifia par le pouvoir temporel et plaça son apostasie sous la sauvegarde du gouvernement Ottoman f Mais craignant qu'un jour les lumières ne fissent crouler l'échafaudage de son système, il inventa différentes fables et autres absurdités dans le hut d'y établir un schisme réel. N'ayant pas pu réussir, il se contenta , hongre malgré, de violer arbitrairement et en apostat toutes les institutions de sa propre Eglise, tout en laissant le peuple suivre les pratiques religieuses de ses pères. Ce Clergé n'osa pas même proclamer par quelque acte formel l'abrogation de lacté du Concile de Florence et par conséquent le rétablissement d'un schisme réel.
L'acte solennel du Concile général de Florence, ayaut donc conservé jusqu'aujourd'hui toute sa vigueur canonique et légale, il s'ensuit, que l'union de l'Eglise, que cet acte avait établie, existe encore de droit; que l'Evêque de Rome continue à être jusqu'aujourd'hui le chef suprême de l'Eglise Orientale ; que l'apostasie du Clergé en faisant suspendre la continuation de l'effet de cet acte, n'en a point diminué la force. Aussitôt que la violence aura cessé, cet acte reprend toute sa vigueur légitime.
En conclusion de tout ce que nous venons d'exposer, le Tape, en sa qualité de chef suprême de l'Eglise Orientale, a le droit de la rétablir dans son état normal , de faire cesser les abus du Clergé coupable et de le faire rentrer dans ses propres devoirs. Cette même qualité de chef suprême de l'Eglise impose au saint Père l'obligation de protéger par tous les moyens possibles ces infortunés chrétiens. Car, si le véritable Pasteur doit chercher la brebis égarée, il doit encore plus tâcher de délivrer celtes qu'on lui enleva par la fraude et la violence. Mais si les Papes n'ont pas pu jusqu'à présent exercer leur droit et remplir leur sainte obligation, c'est que jusqu'à ces derniers temps, les moyens matériels leur manquaient. Si ce Clergé apostat était politiquement soumis à un Souverain Chrétien, les Papes modernes auraient invoqué son intervention temporelle pour le ré* tablissement de l'ordre Ecclésiastique dans ces pays, comme fai-
salent dans les anciens temps leurs glorieux prédécesseurs. Les Papes n'auraient épargné près de ce Souverain Chrétien, ni conseils paternels, ni prières, ni sollicitations, ni remontrances, et auraient à la fin réussi à délivrer l'Eglise la plus illustre de son indigne asservissement, et à rendre au peuple le plus pieux la pureté de la religion de ses pères. Mais comme le gouvernement Ottoman, du pouvoir duquel ce Clergé se sert comme d'un nsyle contre les règles de sa propre Eglise, est d'une autre religion, et que de plus il existait jusqu'avant peu de la part de ce gouvernement contre les Occidentaux , et surtout contre le Pape , une incompatibilité bien marquée (9) , il était naturellement impossible au chef de l'Eglise de se mettre avec lui en relations de cette nature. Aussi les Papes modernes n'employèrent jusqu'ici , pour ramener à ses devoirs ee Clergé apostat, que les conseils paternels et les remontrances spirituelles. Mais, comme on devait s'y attendre, toutes ces exhortations sont restées complètement infructueuses.
Le rétablissement de l'ordre dans l'Eglise Orientale était donc jusqu'à présent au dessus des moyens , que les Papes pouvaient employer, parce qu'il fallait l'intervention de l'autorité temporelle du gouvernement local , et ce chemin leur était définitivement fermé. Ils ne pouvaient par conséquent que déplorer l'état pitoyable de cette infortunée Eglise Orientale et du peuple de ce rite, et attendre que le Père céleste dans son ineffable miséricorde, ouvrit un chemin, par lequel on pourrait les sauver.
Mais maintenant que la divine Providence paraît avoir fixé à notre époque le terme des malheurs religieux et sociaux des infortunés chrétiens d'Orient ; maintenant que le gouvernement Ottoman ayant secoué le joug des vieux préjugés par lesquels tous les peuples sont condamnés à passer , marche avec courage et ferme volonté dans la voie de la civilisation; maintenant que tant la Russie que les autres Puissances Occidentales ont déclaré successivement et de la manière la plus formelle , qu'elles veulent absolument améliorer l'état social des chrétiens d'Orient; main-
(9) Le gouvernement Ottoman était anciennement si prévenu contre le» Occidentaux et l'Eglise de Home, qu'en 1&28 encore, on lui Ût exiler, dans trois jours et au milieu d'un hiver des plus rigoureux, toutes les familles Arméniennes et d'Alcp qui s'étaient réunies à l'Eglise de Rome et coulisquer leurs biens.
tenant, disons-nous, tous ces heureux et grands préliminaires font renaître l*espoir dans le cœur de tout chrétien, de tout homme qui désire sincèrement Tordre et la véritable civilisation, de tout nul de l'humanité ! Tout porte donc à se persuader, que de nos jours les Puissances chrétiennes s'empresseront de secourir l'Eglise Mère et de travailler conjointement avec elle à ce que celle de l'Orient soit rétablie dans son état normal , conformément à ses propres institutions, qu'un Clergé apostat continue à violer arbitrairement depuis près de quatre siècles.
En avançant cette opinion, nous n'entendons point que les Puissances chrétiennes inter viennent arbitrairement et s'arrogent le droit de régïer la conduite des sujets d'un Etat libre et indépendant. Sans doute le droit d'obliger par le* moyens temporels le Clergé apostat de Constaotinople, de se conformer aux instituions de l'Eglise qu'il gouverne, n'appartient pleinement qu'au gouvernement du pays, ou se trouve cette Eglise. Mais le gouvernement Ottoman , malgré sa bonne disposition d'être utile à ses sujets chrétiens , surtout dans une question qui touche de si près à ses propres intérêts politiques les plus précieux, ne saurait pourtant intervenir directement et de lui-même, pour rétablir l'ordre dans l'Eglise Orientale, à cause de sa propre religion étrangère au christianisme. C'est donc aux grandes Puissances chrétiennes, qui, par la proclamation de leurs intentions, font toutes connaître qu'elles désirent F amélioration de l'état social des peuples chrétiens de l'Orient et celle du gouvernement Oltoman , de servir de tutrices aux uns et de guide à l'autre, dans une affaire aussi Importante, tant pour les deux parties que pour tout le monde chrétien. Cette intervention des grandes Puissances dans le rétablissement de l'ordre Ecclésiastique en Orient est d'autant plus juste et convenable, qu'outre la Russie qui est du même rite que cette Eglise, les Puissances Occidentales aussi ont parmi leurs propres sujets une grande quantité de chrétiens du rite Oriental, Ce sont encore elles qui, par leur qualité de chrétiennes, peuvent apprécier justement la valeur des droits et les obligations de l'Eglise Orientale, et examiner les principes de ses institutions. Guidées par les recherches et les observations, qu'elles sont en état de faire d'elles-mêmes , les Puissances sauront préciser le degré de violation de ces droits et institutions de la part du Clergé, ainsi que la gravité des maux qui en dt-n pour ce peuple et qui se font sentir par toute la société ebrr-
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tienne. Ce sont elles enfin, qui, après une mûre et impartiale conclusion, peuvent guider le gouvernement Ottoman dans cette importante question, Elles pourront agir de concert avec lui et par son autorité, pour obliger ce Clergé apostat de rentrer dans ses propres devoirs et de se conformer aux institutions de sa propre Eglise, s'il veut continuer à en conserver l'administration. Quant aux bases du rétablissement de l'ordre dans l'Eglise Orientale, elles sont tellement évidentes, elles ont été si clairement manifestées sur toutes les pages de l'histoire des sociétés chrétiennes, qu'il serait presqu'inutile de les répéter ici. Tout le monde sait, que tous les malheurs des peuples de l'Orient et tous les désordres qui troublèrent toujours l'Europe, dérivèrent principalement, et dérivent encore, de la déplorable séparation de l'Eglise de Constantinople de celle de Rome. Qui pourrait nier, que cette séparation , quoiqu'elle se soit toujours servie des motifs religieux comme prétexte , n*a jamais eu pourtant pour véritable cause, que des intérêts purement mondains, individuels ou politiques? Qui ne connaît pas, que les infortunés peuples chrétiens, trompés continuellement au nom de la religion par les ambitieux qui exploitaient leur crédulité , ont en tout temps ruiné leur ex is tance physique et morale , en se révoltant, en s'entredéchirant et en se poussant à des désordres et des crimes affreux, pour soutenir les disputes frivoles et captieuses de ces intrigants, desquelles disputes ils ne comprenaient pas un mot ? D'un autre côté, qui peut révoquer en doute, que dès rétablissement du christianisme, l'Evéque de Rome fut toujours le chef suprême de l'Eglise? Qui peut nier, que non seulement toutes les traditions et institutions Ecclésiastiques , tous les canons de tous les Conciles, mais encore le droit public de l'Europe lui reconnurent en tout temps ce droit incontestable? Qui peut nier que les institutions de l'Eglise Orientale en particulier, depuis sa fondation et daos le renouvellement de la profession de sa Foi au Concile de Florence, furent toujours, que le Patriarche de Constantinople reconnaisse pour son chef spirituel l'Evêque de Rome, et qu'il en soît toujours confirmé? Enfin peut-on ne pas avouer que l'acte solennel du Concile de Florence , qui opéra formellement la réunion des deux Eglises après leur dernière séparation et qui reconnaît le Pape pour chef suprême de toute l'Eglise, cet acte n'ayant jamais été abrogé, ni modifie, continue à conserver jusqu'aujourd'hui toute sa vigueur canonique et légale? Le conquérant même
de Constantinople Mahomet II confirma politiquement les institutions de l'Eglise Orientale, et sanctionna par des décrets Im* périaux tous les usages que cette Eglise avait du temps des Empereurs chrétiens: et il est bien notoire, que le principal de ces usages était la dépendance spirituelle et la confirmation du Patriarche de Constantinople par l'Evêque de Rome. Si cette obligation, imposée par Mahomet aux Patriarches de Constantinopie, ne s'est par alors réglée positivement, tout le monde sait, et nous l'avons déjà rapporté, que c'était à cause des circonstances politiques , qui obligeaient ce Sultan à tenir à cette époque ses sujets chrétiens éloignés de l'Occident et surtout des Papes. Cet usage ayant été ainsi provisoirement suspendu, ne fut ensuite complètement abandonné, et même plus tard renié, que par l'abus du pouvoir du Clergé actuel de Constantinople.
Après toutes ces considérations, il s'ensuit que toutes les bases du rétablissement de Tordre dans l'Eglise Orientale peuvent se résumer en une seule opération, la plus loyale, la plus juste, la plus avantageuse aux peuples et aux gouvernements et la plus indispensable à l'union de l'Eglise, à la conservation de l'empire Ottoman, à la paix générale et à l'équilibre Européen. Cette opération est d'obliger par l'autorité temporelle compétente le Patriarche de Constantinoplc, de se conformer aux canons et aux institutions bien explicites de sa propre Eglise et de se soumettre à l'autorité de son chef suprême, J'Evéque de Rome, en se faisant confirmer par lui. Dans le eus contraire de le faire déposer par le chef de l'Eglise, et de le remplacer par un Evéque docile et soumis aux institutions de l'Eglise qu'il gouverne.
Sans ce rétablissement de l'ordre hiérarchique dans l'Eglise Orientale, ni l'union de l'Eglise, ni aucune des grandes œuvres, que les Puissances chrétiennes désirent accomplir en Orient , ne pourront jamais se réaliser, et surtout s'y consolider, bailleurs, comme cette opération est hautement réclamée non seulement par la religion et par la nalure de ces grandes œuvres au profit des chrétiens d'Orient et du gouvernement Ottoman, mais encore par les intérêts spéciaux tant de la Russie, que des Puissances Occidentales, comme nous le prouverons plus loin, toutes ces Puissances doivent sen tendre ensemble sur ce grand intérêt, commun à toutes, et faire l'application immédiate de cette opération.
L'application de cette opération n'est pas moins conforme aux principes de la morale et à ceux de la prétendue liberté de
conscience en fait de religion, tant pour les administrateurs de l'Eglise Orientale, que pour le peuple de ce rite. En effet il se peut bien que les premiers fussent libres, comme tout homme, de suivre le système religieux que leur conscience leur dicte: mais ils n'auraient aucunement le droit de modifier d'après leurs opinions persoiiclles, les règlements et tes usages de TE^Iise, qu'ils sont ftppdél a gouverner d'après ses propres institutions. Ils sont à cet égard dans le même cas que l'employé civil , qui ayant été nommé gouverneur d'une province, ne peut l'administrer que suivant les lois et institutions de cette province confirmées par le Souverain. Sî ces lois et institutions ne sont pas conformes à ses opinions indhiduelfes , il a Je droit de donner sa démission , mais il ne peut pas les violer par des changements arbitraires, que sous peine d'être renvoyé et même puni. Le peuple aussi, s'il ne veut pas suivre les institutions de son Eglise, peut bien prétendre avoir le droit de suivre les idées religieuses que sa conscience lui fait préférer, mais dans aucune circonstance le peuple n'a le droit de déterminer, ou de modifier luimême les institutions de sa propre Eglise. Ces institutions ont été fixées et déterminées par l'Eglise elle-même, qui institua en même temps seul gardien de leur stricte observance le Clergé sous la surveilla née du chef de l'Eglise» Le rétablissement d'ailleurs de Tordre hiérarchique dans l'Eglise Orientale, devant se faire d'après les propres institutions de cette Eglise, n'apportera pas le moindre changement, ni la moindre modification à aucune des pratiques religieuses, à aucun des usages des chrétiens de ce rite. Car, comme nous l'avons déjà rapporté, ces pratiques et ces usages sont restés inaltérables chez le peuple du rite Oriental et tels qu'ils étaient avant la séparation.