CHAPITRE VI
LA GRECE CONSIDEREE SOUS LE MEME lAPrOUT
Les habitants du royaume de îa Grèce sont naturellement ceux qui doivent connaître, plus que tout autre peuple étranger , le système despotique, arbitraire et dépravé du Clergé de Coostantinople, ainsi que sa complète déviation de tous les principes et de toutes les règles de l'Eglise Catholique. Gémissant euxmêmes jusqu'à un temps très récent sous le joug de ce Clergé, ils sentirent plus vivement encore tout ce qu'il avait d'avilissant et d'odieux, lorsque leur indépendance politique les eo délivra.
Dans le commencement surtout de la révolution de ce peuple , le Clergé de Constantinopfe montra , comme en toute circonstance, qu'il n'avait ni principes religieux, ni sentiments de patriotisme, ni même fidélité au gouvernement Ottoman, à qui il se disait complètement dévoué* Sa conduite odieuse et unique dans les annales de toutes les religions prouva évidemment encore cette fois, que dans son système de Cara-easan tous « principes et ces sentiments se résumaient en un seul, celui d'un égoïsme démesuré, barbare et dépravé. Certes à l'explosion de f la révolution Grecque, le gouvernement Ottoman avait en toimême le droit de sévir, par tous les moyens en son pouvoir, contre tous ceux qui avaient suscité une révolution qui mena* çait sa propre existence, ainsi que contre tous ceux qui y avalent pris part. Tout gouvernement aurait employé en pareille circonstance contre les révoltés et les galères, et les confiscations , et la mort. Sans aller plus loin , nous en avons des exemples de nos jours, même chez les gouvernements les plus civilisés. Mais la religion, c'est sa haute prérogative, disons mieux, c'est son mandatée ne voir dans un chrétien, fut-il même coupable, qu'un des enfans de l'Eglise, indépendamment de toute autre considération politique ou sociale. Elle accompagne même les plus grands criminels jusqu'au lieu de leur exécution et tâche de leur procurer jusqu'au dernier soupir ses secours sincères et ses douces consolations. Cependant au commencement de la révolution Grecque , la Porte Ottomane avait ordonné au Patriarche de Constantinople, de chercher et de lui livrer tous ceux, parmi ses cor* réligionnaires de Constantinopte ou des provinces, qui sciaient
*M 53 )*e* compromis dans cette révolution. Tout honnête homme aurait répugné à se prêter à un pareil emploi , et tout ministre de religion aurait plutôt préféré sacrifier sa vie, que d'espionner et de livrer ses coreligionnaires, même coupables, à leurs ennemis d'une autre religion. Outre ces considérations générales, le Patriarcat avait encore une raison particulière très-forte à opposer aux Turcs en cette circonstance: c'était celle que ne connaissant pas cette conspiration , il ne pouvait naturellement connaître non plus ceux qui y étaient compromis. Malheureusemeht le Clergé de Constantinople voulut profiter même de cette terrible occasion : il se chargea donc avec empressement de cette odieuse enquête, et des ordres furent aussitôt expédiés du Synode Patriarcal à tous les Evêques des provinces, pour qu'ils cherchassent à découvrir tous ceux qui avaient connaissance de la conspiration, qu'ils les fissent arrêter et les envoyassent à la capitale.
Des catalogues nombreux se dressèrent immédiatement, tant dans les provinces qu'à Constantinople , de tous ceux qui furent présumés partisants de la révolution. On les arrêtait et on les envoyait au Patriarcat. Cette autorité les livrait aux prisons du BosUutizi-bachi (1), d'où ces malheureux ne sortaient que pour marcher à la mort.
liais ce qu'il y avait encore de plus odieux dans cette conduite du Clergé de Constantinople, c'est que les victimes désignées n'étaient pas toujours les personnes qui vraiment étaient compromises. Le Clergé avait profité encore de cette occasion pour livrer au gouvernement Ottoman , comme coupables de haute trahison, tous ceux contre lesquels il gardait quelque rancune, ou dont il voulait se débarrasser.
Le Clergé de Constantinople poussa même sa conduit^ inconcevable jusqu'à lancer une excommunication majeure contre le Prince Hypsilanty et ses partisants, les déclarant ennemis de l'Eglise, pour avoir pris les armes contre le gouvernement Ottoman. Une autre pareille excommunication fut également prononcée quelques jours après par ce même Synode Patriarcal contre sept Evêques des Provinces Grecques , qui avaient pris part ou toléré la révolution : elle déposait ces Prélats de leur di-
(1) C'était le nom du chef. d'une des compagnies de Janissaires, qui était chargé particulièrement de l'intendance des prisons des criminels d'Etat.