‹ L'Église oriental;Chapitre 61 sur 67 · ÉM 56 ')M · texte numérisé non relu

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n'est sa négligence de délivrer ses propres sujets d'entre les mains de leurs bourreaux.

Le Clergé de Constantinople ne cessa pas d'employer son système perfide envers ses coreligionnaires de Grèce, même après que le Clergé Grec se fut organisé et se fut fait une règle de conduite tout à fait opposée à celle du Clergé de Constantinople. En 1850 encore, le Clergé Grec demanda et obtint de son gouvernement qu'une mission , composée d'un Ecclésiastique et d'un diplomate laïque, partit pour Constantinople et se transportât ensuite à Petersbourg pour renouer et régler les rapports Ecclésiastiques, interrompus à cause des circonstances politiques, entre l'Eglise de Constantinople et celle de Grèce et entre cette dernière et celle de la Russie. L'article 2 de la Charte constitutionelle de Tan 1844, imposait au gouvernement et au Clergé du royaume de la Grèce ce devoir, puisqu'il dit en propres termes: « V Eglise Orthodoxe de la Grèce , tout en reconnaissant pour son chef notre Seigneur Jésus-Christ, est dogmatiquement unie pour toujours avec VEglise de Constantinople et toute autre Eglise qui a les mêmes dogmes, conservant, comme elles, immuables les saints canons des Apôtres et des Conciles, ainsi que les saintes traditions. Mais elles est indépendante de toute autre Eglise, en ce qui regarde ses droits de juridiction , et est administrée par un saint Collège (TEvéques (4). »

L'Arehimandrite Michel Apostolides, professeur alors de Théologie à l'Université d'Athènes et Pierre Deligianny chargé d'affaires à cette époque à Constantinople, furent désignés pour régler cette affaire avec le Patriarche et son Synode. Mais le Clergé de Constantinople, dans l'espoir de se créer des droits sur les chrétiens du nouveau royaume, mit en avant encore dans cette circonstance son ancien système. Il trompa les envoyés

(4) „ f H 'OçSo'$o£oç 'ExxAijffia rriç 'EXAofôoç xrfoAqy yrvçiÇoiHTa rot „ KJgioy ij/jtwv 'Ii^ouy Xpurrov , cïffo^si obawoaroiaTuç ^vofjuvyj 3oy [juxti- „ x£{ fAird rrjç h Ktfyoravrn'ot/ToXff fuyaknç xai **<tdç aXXriç ô/xoîo'foo „ roO XçhttoO 'ExxXijo'/af , T^gouffa àiragaXAaxTaç ciç ixtïvau iWç ti ît- „ %oùç y Airo<TTo\ixoùç xai luvoSixoùç xavovaç xai retç i*«£ctf vaçaiôctiç. „ Elvai $f atjToxt Ça\oç , ivsçyoOa'a avffaçWTwç Ta'enjç SXXnç 'ExxàWok „ Ta xuçiaçx 1 ** *6r*iç Sixaiuf/MT* xai hoixttrat uiro itçàç Swoftou *Ae—i«- „ çf'wv. „ (Art. ?.. de la Charte constitutionnelle de la Grèce de Pan isi4. )

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Grecs et leur fit signer ou lieu d'uo concordat qu'ils étaient chargés de faire, un acte synodal, par lequel l'Eglise de Constantinople émancipait celle de Grèce et la déclarait indépendante (5). Mais en même temps le Clergé de Constantinople empiétait par cet acte d'une manière étrange sur les droits, même diocésains, de ce pays, et allait jusqu'à attaquer les principes administratifs de l'Eglise de Grèce, contre les prescriptions bien précises des lois du pays. Entr'autres cet acte synodal imposait au Clergé Grec, que le Métropolitain d'Athènes devait être de droit Président du Collège des Evêques, ou Synode du royaume de Grèce, que cette Eglise prendrait le saint Chrême de celle de Constantinople et autres obligations contraires au Règlement de l'Eglise de Grèce et à la constitution du pays. On voit bien que ces obligations avaient pour but de procurer au Clergé de Constautinople une influence pareille à celle que ce même Clergé avait pu autre fois établir en Russie: mais comme ce n'étaient plus les mêmes circonstances, ni la même époque, le Clergé de Constantinople échoua complètement dans tous ses projets. Les deux chambres de Grèce cassèrent ce concordat, aussitôt qu'il fut soumis à leur approbation , et le Synode d'Athènes décida que dorénavant il n'y aurait aucune relation entre l'Eglise de Grèce et celle de Constantinople.

Il y a d'ailleurs trois choses assez curieuses à remarquer dans cet acte inqualifiable. La première, c'est lorsque dans la préface on débute par l'expression du Seigneur « Je suis la vigne et vous en êtes les ceps (6) » que l'Eglise de Constantinople dit à toutes les autres ! La seconde , c'est lorsque le Clergé de Constantinople a l'impudence de se qualifier dans un acte officiel , de « pasteurs qui veillent pour le bien de leurs troupeaux et de gardiens scrupuleux des règles de F Eglise (7) « pendant que ces Evê-

(ô) On donna a cet acte le nom de Suvoîixôç To/xoç, acte synodal. L'archimandrite Pharmacides en fit la réfutation par un excellent ouvrage, qu'il publia dans la même année à Athènes, et auquel il donna le titre*. 'Ai-TiTOfxoç v wfgi dXi}3a/aç <• antitomus ou sur la vérité. * Ce savant Théologien démontre dans cet ouvrage tant la mauvaise foi et la dépravation du Clergé de Constantinople, que sa déviation flagrante de tous les principes de la religion chrétienne.

(6) ,, 'Eyw ttfjLi rj â/AtrsXoç, Vfttïç rd xknywra. „

(7) „ 'AyçauAoi UotfJLtytç xai âxçi(3*ïç Çtftaxt ç tvv xawav rnç 'Ex- „ xXucriaç. „ (Acte synodal.)

ques savent bien, que tout le monde connaît leurs horribles vexations sur le peuple qu'ils oppriment, et leur déviation complète de toutes les règles et institutions de l'Eglise qu'ils administrent! La troisième, c'est lorsque le Synode Patriarcal dit dans son acte en question que « Les très-saintes Métropoles, ainsi que Us saints Archevêchés et Evécliés, qui composent aujourd'hui le royaume de Grèce y protégé et consolidé par Dieu, conservèrent par la grâce divine F union de la Foi (8). » Sans se rappeler, que toutes ces très-saintes Métropoles, et saints Archevêchés et Evécltés, ainsi que tout le Clergé et les chrétiens, qui composent aujourd'hui ce royaume de Grèce, protégé et consolidé par Dieu, sont formellement excommuniés depuis trente ans par ce même Synode Patriarcal , et qu'ils n'ont jamais été relevés des terribles excommunications majeures, que cette même assemblée lança contre eux en 1821 ! Mais comment peut-on exiger du Clergé de Constantinople d'être logique, ou du moins conséquent?

Cependant pour se persuader encore plus de cette vérité à jamais incontestable, c'est à dire, que c'est le système et non pas les personnes , qui rend bonne ou mauvaise toute administration , on n'a qu'à jeter un coup d'oeil sur le Clergé actuel de la Grèce. On n'a qu'à examiner son état et sa conduite depuis la séparation politique de ce pays de l'empire Ottoman , et par conséquent de la dépendance du Patriarcat de Constantinople , jusqu'à nos jours et à les comparer avec son propre passé. Ce Clergé, quoique composé de personnes de la même éducation que ceux du Clergé de l'empire Ottoman , quoiqu'il fit jusqu'avant peu partie du système Patriarcal de Constantinople, que tousses Evéques fussent ordonnés et promus comme tous les autres et qu'ils eussient servi également près des Evéques du Synode, ce Clergé de Grèce cependant, aussitôt après sa séparation , s'est mis dans un chemin d'amélioration admirable. Un Règlement fixa son administration et la manière d'exercer les devoirs que l'Eglise lui prescrit. Des études Ecclésiastiques ont été imposées à tous ceux qui désormais auraient la vocation d'entrer dans le sacerdoce. Un examen sévère sur leur passé et leur moralité précède

(8) „ Aï dvafTtÇoucou <rnfÂBQO¥ to 3«oV«0Toy xau SfOffnjçixroy Ba- „ ai'Xfiiov txk 'EWoiioç âytwrarau Mijrp oro'Xuç , 'Af^u wt axoffai xai 'Ewi - „ axowai Zieryjçrivav rji 3 «a XH lXi T * f ^ wiertvç ifôrnra „ ( idem. )

leur admission. Une Académie Ecclésiastique enseigne toutes les connaissances Théologiques* Dix prédicateurs, pris parmi les membres les plus instruits du Clergé, parcourent aux frais du gouvernement le pays pendant toute Tannée pour prêcher la parole de Dieu. Le catéchisme de la religion fut introduit dans toutes les Ecoles et Collèges du gouvernement, et les Ecoles particulières sont obligées de le faire enseigner à leurs élèves par des Ecclésiastique ayant autorisation , sous peine d'être supprimées. Tous les Evèques et autres Ecclésiastiques en activité ont des appointements fixes régulièrement payés par le gouvernement. Ils sont considérés comme employés publies, et doivent comme tels exercer leurs fonctions et prêter leur ministère à tout fidèle sans aucune autre rétribution obligatoire. Quant à leur conduite sociale , ils mènent une vie simple , frugale , sans luxe et sans faste et digne de Pasteurs chrétiens. Quoiqu'ils pussent profiter des aumônes et des offrandes volontaires des fidèles et se faire une fortune, la plupart d'entre eux meurent pauvres. S'il leur reste même quelque chose , il est destiné par leur testament aux établissement publics d'instruction et de bienfaisance. Mais ordinairement ils dépensent de leur vivant en actes de charité tout ce qu'ils reçoivent. Aussi très*souvent le gouvernement est obligé de fournir les frais nécessaires è leur enterrement (9), Le Clergé Grec prit soin même de réprimer le désordre occasionné par quelques individus à qui il refusait l'ordination, à cause qu'ils n'avaient pas les qualités requises par le Règlement en vigueur. Ces individus allaient en Turquie, s'y faisaient ordonner prêtres et retournaient en Grèce exercer leur ministère. Mais le Synode d'Athènes a défendu depuis quelques années - , que des prêtres , qui ne sont pas ordonnés dans le pays , puissent y exercer des fonctions religieuses.

Un Clergé donc^ qui a su se procurer en si peu de temps tant de vertus ecclésiastiques et sociales , qui a si bien réglé sa conduite, son instruction et ses devoirs envers les chrétiens qu'il

(9) L'Evéque Grec Théodore Brystène, Evêque de Sctasie, jouissant d'une grande considération et d'une grande influence en Grèce, laissa en mourant pour toute fortune dix francs. Mais l'ex*Evèque de Bosnie Joanni* dus natif de Lemnos , mort quelques mois après ce vénérable Prélat » laissa à ses parents une succession de *rois millions de piastres 1 (toïw tous les journaux Grecs dt< cette époque, )

dirige, qui mène une vie irréprochable et qui compte parmi semembres des personnes, dont les ouvrages ecclésiastiques sont estimés par les savants de l'Europe civilisée , un tel Cierge p consentir à dépendre spirituellement du système Patriarcal actuel? Le Clergé de Grèce connaît bien , que l'Eglise du Christ étui une et indivisible, cette partie ne peut pas en rester séparée. Ce Cierge, s'il veut être aussi juste et conséquent, qu'il est moral, pieux et charitable, ne saurait nier la suprématie de l'Evêque de Rome et sa présidence sur toutes les autres Eglises chrétiennes. Le Clergé de Gréée enfin pourrait- il ne pas avouer consciencieusement , que l'Eglise Orientale n'a jamais méconnu les droits de celle de Rome, mais qu'au contraire elle lui témoigna toujours ic plus profond respect, excepté lorsque les passions individuelles, ou les intérêts politiques la subjuguaient sous leur odieux pouvoir?

L'intelligence naturelle et l'instruction actuelle de ce Clergé lui font aussi bien comprendre, que tous les dogmes de la Fol catholique ne diffèrent en rien dans le fond chez Tune et l'autre Eglise, nalgré les différences apparentes dont la malveillance et des intérêts purement mondains les ont enveloppe.^ 1 Crée connaît également que les pratiques extérieures et les coutumes des rites, tant quelles n'attaquent point les dogmes, ne peuvent nullement établir des différences religieuses. L'Eglise de Home surtout a toujours reconnu , que les rites étant des habitudes qui se sont identifiées, pour ainsi dire, avec l'existence naturelle de chaque peuple chrétien, doiveut être conserves. Il est vrai que, comme nous avons dit ailleurs, ceux qui voulaient consolider la séparation des deux Eglises attribuèrent malicieusement à celle de Rome l'intention de les détruire. Mais ses actes officiels prouvent au contraire, qu'elle a toujours blâme, condamné et empêché les démarches de tous ceux qui par fana* tisme, ou par tout autre motif, essayèrent de les attaquer et qu'elle-même les révère, les protège et les conserve chez elle jusqu'aujourd'hui. Enfin le Clergé de Grèce comprend bien, qu'il i^e s'agit pas maintenant , dans notre siècle éclairé , ni de revenir aux disputes inutiles des siècles passés, disputes contraires à la charité Evnngélique et funestes à la piété des peuples, ni de s'entre-accuser en attribuant les uns aux autres la cause de cette anti-chrétienne séparation et de ses odieuses conséquences. Il s'agit de remédier radicalement à tous ces maux, en les faisant

cesser par la paix et l'union de l'Eglise du Christ, que nos pères ont si glorieusement achevée au célèbre Concile de Florence*

Outre les avantages religieux que les Grecs auront comme peuple chrétien de l'union de l'Eglise, ce fait leur procurera encore des avantages sociaux et politiques , et des plus importants. Autre fois en effet les Grecs considéraient leur séparation religieuse de l'Occident, comme un moyen de conserver leur nationalité. Cet isolement leur servait comme une marque distinct! ve, qui les préservait d'être politiquement engloutis par les nations Occidentales. Mais maintenant que leur nationalité a été formel* lement reconnue par tout le monde, cette précaution leur devient tout-à-fait inutile et même nuisible. Au contraire, à présent c'est l'union de l'Eglise qui attirera à ce nouveau royaume les sympathies de tout le monde chrétien et qui le fera entrer dans la grande famille des Puissances civilisées. C'est cette union qui, les rapprochant moralement des grandes nations, favorisera son commerce , son industrie et ses progrès intellectuels et consolidera son avenir. Enfin ce sera cette union de l'Eglise qui délivrera la nation Grecque de la position difficile et bien fâcheuse dans laquelle des circonstances spéciales l'ont embarrassée. Car elle mettra d'accord les lois du pays avec la religion que la famille de son Souverain professe t et épargnera à ce peuple la répétition des épreuves malheureuses, dont elle conserve encore le triste souvenir, ainsi que des secousses politiques, qui peuvent mettre en péril même sa propre existence.

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