CHAPITRE VIII
LES PROTESTANTS CONSIDERES S OU S LE MEME RAPPOlT.
Le but de notre ouvrage étant la réunion de fait de l'Eglise Orientale avec celle de l'Occident , et cette réunion étant le seul chemin qui pourra conduire à l'unité générale de tous les chrétiens, il ne serait pas hors de notre sujet de faire ici quelques observations sur les Protestants , considérés sous le rapport de l'union de ces deux Eglises.
Il est bien connu, qu'après le schisme de Cérulaire, les premières attaques, que les intérêts personnels dirigèrent ouvertement dans l'Occident contre l'unité de l'Eglise et l'autorité du Saint-Siège, sous le nom de réformes Ecclésiastiques, furent celles, que les Princes d'Allemagne, pour augmenter leur pouvoir et leurs revenus , suscitèrent au commencement du quinzième siècle par le Concile de Baie. Ce Concile, qui fut une conséquence de celui de Constance, avait été convoqué en 1431 en cette ville, dans le but apparent de faire cesser quelques abus administralift de T Eglise. Mais ceux qui s'en étaient emparés ne visaient réellement qu'à établir des droits en faveur des Princes Allemands, au détriment de ceux de l'Eglise de Rome*
Cependant le Concile de Dâle avait bien compris que l'adhésion de l'Eglise Orientale était une nécessite indispensable à la consolidation de tout Règlement dans l'Eglise Universelle. Aussi ce Concile, profitant de la séparation dans laquelle l'Eglise d'Orieut se trouvait avec celle de Rome, délégua une députatîon à Coustmtinople avec quatre frégates. Cette députatîon proposa, en y arrivant T à l'Empereur Jtan Paléologue et au Clergé Oriental, de les transporter aux frais du Concile à Râle, pour prendre part
à ses délibérations. Mais l'Empereur et le Clergé Oriental , qui n'avaient aucun intérêt dans les projets de ce Concile, et qui ne désiraient que le retour de la paix et de l'union dans l'Eglise, refusèrent formellement de s'y rendre. Au contraire l'Empereur Paléoïogue et le Cierge Oriental allèrent en Italie , ou ils réussirent à rétablir l'union de l'Eglise dans le célèbre Concile de Florence.
Cette réunion des deux Eglises bouleversa tous les projets du Concile de Râle, qui fut dissous peu après sans aucune réussite. La rapacité et l'ambition du pou%oir temporel, ainsi que de tous ceux qui couvraient leurs propres intérêts personnels sous le nom de ceux de l'Eglise, se sont mis ainsi hors d'état d'agir pour long-temps.
Mais aussitôt que le Clergé de Gonstautinople , profitant des circonstances politiques de l'Orient, apostasia de l'Eglise de Rome, et fort du pouvoir temporel , que le gouvernement Ottoman lui avait donné sur ses eorréligionnaires , les éloigna de leur union avec l'Eglise Universelle, le Protestantisme releva la tête. Encouragé par la division des forces de ceux qui pouvaient le combattre, le Protestantisme put s'établir formellement, dés le commencement du seizième siècle. Plusieurs Souverains chrétiens, et surtout ceux d'Allemagne, attendaient impatiemment quelque occasion , qui aurait pu leur fournir un prétexte pour se débarrasser de l'influence de l'Eglise , empiéter sur ses droits et saisir ses biens. Ils crurent que cette époque de la désolation de l'Eglise était la plus favorable à leurs vieux projets. Aussi ils embrassèrent avec ardeur et protégèrent ouvertement les principes des reformes commencées par Martin Luther l'an 1517 sous le nom de réformes Ecclésiastiques. D'un autre côté, l'égalité politique et la liberté illimitée de conscience, précitées par les différents chefs de ces réformes, fut l'appât le plus attrayant pour les peuples de cette époque. Ces peuples gémissant sous le joug d'un despotisme absolu, et gênés par les strictes, et quelques fois vexatoires , obligations , qu'on leur imposait au nom de la religion, crurent trouver leur salut dans la licence morale et religieuse, que leur crasse ignorance leur faisait prendre pour la liberté de leur conscience et la consolidation de leurs droits. Aussi peuples et Souverains pensèrent trouver d'immenses avantages à ces réformes, et se vouèrent aveuglément aux utopies et aux desordres prônés avec un enthousiasme frénétique par les
chefs dépravés des nouvelles sectes 1 Voilà pourquoi aussitôt que quelques Princes Allemands avaient tenu une assemblée inqualifiable à Spire, en 1529, et avaient protesté (1) contre la demande faite par les Catholiques « de ne point donner provisoirement plus d^extenshn à la réforme de Lut/ter * eo déclarant au contraire « qu'ils s'engatjeaïent et se liaient entre eux, pour ne plus tolérer aucun reste de Catholicisme dans leurs Etats • les crimes et les désordes, qui couvaient sous le nom du Protestantisme , se développèrent dans toute leur horreur et prirent d'immenses proportions. Dès lors les Souverains d'un coté saisirent les biens de F Eglise au nom de la nouvelle réforme, et les peuples de l'autre se livrèrent à une licence effrénée, et se soulevant contre Tordre social pillèrent et massacrèrent les nobles, le Clergé et même les particuliers, au nom de la même reforme- Il n'appartient ni au but ni aux bornes de notre ouvrage d'entrer dans les détails de toutes les horreurs, de toutes les calamités > de toutes les dévastations, que le Protestantisme avait occasionnées pour établir cette soi-disant réforme de l'Eglise Catholique. L'histoire nous en a conservé de bien déplorables souvenirs! Cependant malgré tout le sang et toutes les catastrophes, que celte réforme avait coûté a l'humanité, elle ira pas encore pu s'établir, mais elle se trouve jusqu'aujourd'hui au même point d'organisation et de règlement où elle était avant trois cents ans, lorsqu'elle commença* Pareils à des maçons qui insistent à bâtir un grand édifice sans le soutenir par des fondements, les Docteurs du Protestantisme virent toujours écrouler sous leurs mains leur œuvre,' aussitôt qu'elle commençait a s'élever. Au lieu de reconnaître leur erreur de prétendre aller contre les lois invariables de la nature, ils s'accusent les uns les autres d'inexpérience et d'ignorance, chacun ramasse une partie des débris de l'édifice écroulé, y ajoute quelques nouveaux matériaux de sa propre invention, et se remet à l'œuvre sur un nouveau plan. Mais comme, malgré la variété de leurs systèmes dans les détails et la diversité dans les plans de l'ouvrage, ils persistent tous également et sont tous d'accord sur leur principe vicieux, r>st à dire, de ne point admettre l'usage des fondements dans leur édifice, il arrive toujours à tous les chefs de chaque secte
(0 Cesl de là qu'ils s'appelèrent Protestants. Sleid. Livre VI* «i f §7,
en particulier, la même irréussite qui leur était arrivée à leur première commune entreprise. Car tous ces édifices à peine élevés s'écroulent immédiatement, leurs matériaux sont ramassés de nouveaux et servent à d'autres maçons , qui se croient plus habiles que leurs prédécesseurs, mais dont l'œuvre ne dure, et ne pourra jamais durer, plus que celle des autres. C'est ainsi que le Protestantisme se débat depuis trois siècles contre les principes du Christianisme , contre les lois de la nature et contre le but principal de toute société civilisée: c'est à dire, contre le système de l'unité , qui , par la concentration de toutes les parties autour d'un seul et même point fixe, contient et conserve les liens de toute œuvre divine, physique, ou sociale.
Il est vrai, que d'un coté l'expérience de trois cents ans, les lumières de notre siècle et l'absence des intérêts individuels d'autre fois, et de l'autre, l'instruction et les principes de la morale sociale des ministres Protestants leur font comprendre assez aujourd'hui les vices radicaux de leur système* Ils commencent déjà à se persuader de l'impossibilité de pouvoir jamais parvenir à la véritable pratique des principes de l'Evangile, que la réforme recommande avec tant d'affectation, sans l'unité de l'Eglise et sans la dépendance hiérarchique de tout le troupeau chrétien d'un seul et même Pasteur.
Mais ce qui encourage encore les Protestants a rester hors du sein de l'Eglise, c'est le même motif, qui avait permis aux intérêts personnels de tenter et d'achever ce deehiremeut de l'Eglise sous prétexte de la réformer: c'est a dire, Teint de séparation des deux grandes Eglises, qui gardèrent les dogmes et les institutions de l'Eglise primitive. Personne n'a jamais douté que le Protestantisme fut un des malheureux effets de cette déplorable séparation ! Que cet état du schisme, source principale de toutes les calamités qui affligèrent et affligent encore jusqu'aujourd'hui la société chrétienne, cesse, et toutes les funestes conséquences qu'il a produit disparaîtront après lui.
iy ailleurs un des plus savants écrivains de notre siècle conclut aussi par les raisonnements suivants sur les sentiments actuels des Protestants et les espérances que la société chrétienne peut eu attendre « Tout annonce depuis fong-temps de tu part des réformés ks plus éclairés et qui ont un véritable attachement pour lu religion chrétienne, les dispositions les moins équivoques a lu réunion. Ils commencent à s'apercevoir que les divisions entre
chrétiens n'ont fait qu'ouvrir ta jxjrte aux erreurs faute rriiyion révélée; et its regardent te christianisme une place assiégée, investie de toutes parts, et où il faut, xtm* peine de périr, que les habitants se réunissent pour sa défense commune (2). »