‹ L'Église oriental;Chapitre 64 sur 67 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LE RETABLISSEMENT DE L'ORDRE SOCIAL EN EUIOPE DÉFEND UNI- QUEMENT DE L UNION CHRETIENNE SOU* UN SEUL ET MEME PASTEUR SPIRITUEL.

La religion faisant partie des bases fondamen taies de toute société, ou plutôt en étant rame, il est de toute impossibilité qu'elle puisse jamais rester étrangère et entièrement séparée de la politique de tout gouvernement. La plupart des premières sociétés lui doivent leur origine; d'autres se sont civilisées ou modifiées par elle et d'autres ont continué à exister sous son influence jusqu'à nos jours. Mais dès les temps les plus reculés les ambitieux prétendirent la soumettre à leur pouvoir,, s'emparer de ce grand ressort des consciences et en faire un instrument de leurs propres intérêts* C'est ainsi que ce sublime sentiment de la conscience de V homme v inculqué par Dieu lui-même à son œuvre de prédilection, finit par devenir l'organe de toutes les intrigues politiques, de toutes les révoltes et de tous les égarements des peuples, ainsi que L'instrument de toute espèce de vexation contre le genre humain. Tantôt c'était les ambitieux qui convoitaient le pouvoir, qui s'emparaient de ce puissant levier, tantôt c'était ceux qui le leur disputaient, ou qui voulaient le renverser, et le plus souvent y c'était ceux qui l 'occupaient, et qui employaient perfidement la religion soit pour combattre leurs adversaires, soit pour insinuer et établir chez les peuples, sous ce saint voile, les principes politiques qui leur convenaient. Cet empiétement sacrilège occasionna aux peuples , et même aux Sou* verains, des calamités affreuses, morales et matérielles, dont les stigmates restèrent à jamais ineffaçables.

La religion chrétienne surtout, à cause de sa parfaite abnégation et de ses principes charitables, fut exposée plus que

(î) M. de Boaald.

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1rs autres, dès les premiers siècles de sa divine fondation, aux attaques de l'ambition du pouvoir temporel. Les Souverains de Byzanee, et après eux plusieurs autres Souverains chrétiens des temps passés, furent les premiers qui en firent un instrument de leurs intérêts politiques. Et c'est là Je principal motif de l'affaiblissement des sublimes vertus et des sentiments religieux chez presque tous les peuples chrétiens ï C'est là la cause de la déviation des préceptes de V Evangile, et le moteur secret des révoltes continuelles des peuples contre les Souverains I Enfin c'est cette impie et sacrilège conduite de ces ambitieux qui désorganisa l'ordre social } empoisonna les sentiments des peuples chrétiens, les démoralisa graduellement et menace de nos jours la société Eu* ropéenne d'une catastrophe générale.

Il y aurait exagération à conclure de là, que nous voulons émettre l'opinion, que l'Eglise doive gouverner d'une manière absolue les rapports purement politiques des peuples chrétiens: la religion non plus ne prétend pas à cette domination. Mais elfe doit aussi conserver sa parfaite indépendance, en ce qui regarde les attributions que Dieu lui-même lui assigna et que le bonheur de la société, son existence même, exige qu'elles soient à jamais scrupuleusement respectées* La religion et le pouvoir politique sont les deux grandes colonnes qui soutiennent tout l'édifice social: elles sont placées à distance calculée Tune de l'autre , afin que chacune d'elles en supporte Je poids proportionnel qui lui est mesuré. Si ces deux grandes colonnes s'éloignent Tune de l'autre, l'édifice s'écroule; ta même catastrophe arriverait, si ces deux grandes colonnes sortaient de leur orbite et se confondaient sous la même ligne perpendiculaire. La religion et la politique doivent donc, tout en marchant d'accord, tout en tendant vers le même but, le bonheur de la société, rester indépendantes l'une de l'autre en ce qui regarde leurs fonctions spéciales, tout en se soutenant l'une l'autre et en s'aidant à l'exécution de leurs opérations, par les moyens qui sont au pouvoir de chacune d'elles. Ce sont ces bornes infranchissables que notre Seigneur Jésus-Christ leur assigna lui-même, lorqu'il ordonna dans sou Evangile « d$ rendre à Cèmr ce gui appartient à Char, et à Dteu> ce qui appartient à Dieu.

Mais ce précepte divin, cette règle si naturelle et si indispensable pour la conservation de Tordre social, cette base fondamentale de l'existence de toute société, au lieu de se conso-

Ikler à mesure que la civilisation avançait, fut alors encore plus entravée par de nouveaux attentats. Plusieurs gouvernements chrétiens , au lieu de rendre à la religion son indépendance primitive et de cesser de remployer comme instrument de leurs intérêts politiques, encouragèrent, toujours dans le même but, tous ceux qui, pour leurs intérêts personnels, voulaient déchirer l*E sous prétexte de défendre ses anciens dogmes, ou de réformer son administration. Quelques Souverains avaient même cru trouver d'immenses avantages dans la séparation de l'Eglise Orientale de celle de Home, ou dans la révolte et la protestation de celles d'Allemagne, d'Angleterre et d'autres royaumes du Nord contre l'Eglise Universelle, Les peuples, a qui on faisait entrevoir des avantages matériels, suivirent aussi aveuglément le large chemin des erreurs et delà perdition. Mais bientôt après, tant les peuples que les Souverains furent tous victimes de leurs égarements: à mesure que ce système de dépravation sociale étendait ses racines, tant les uns que les autres commencèrent à en sentir les funestes conséquences: mais au lieu de revenir sur leurs pas, ils s'obstmaient à avancer. Aussi peuples et Souverains finirent par se réduire à une perplexité continuelle, a une incertitude effroyable sur leur avenir, à une des plus affreuses positions de l'homme social! Les uns ne se sont plus occupes qu'à vouloir renverser tout gouvernement et u détruire toute autorité, sans espoir de pouvoir les remplacer par quelque chose de mieux! Les autres se sont réduits a la déplorable néeesalté d'appauvrir leurs propres sujets , en tenant continuellement sous les armes la moitié des habitants d'un pays pour combattre ou pour contenir l'autre moitié, également sans aucune perspective d'une réelle consolidation !

Dans cette horrible position, où la Société de l'Europe chrétienne fut réduite dans plusieurs pays, dans ce gouffre au bord duquel elle reste tremblante et égarée et fermant les yeux pour ne pas en regarder la profondeur, aucune puissance humaine ne saura l'en retirer et la préserver d'y « - lie bientôt précipitée! Dieu dans ses desseins impénétrables permit que la société Européenne, après être arrivée au faite de la civilisation, de la grandeur et de la prospérité, coure aujourd'hui le risque, pour a\oir méconnu ses préceptes, d'une entière catastrophe, et soit à la veille de devenir la proie de quelque barbarie ! car il se trouve toujours des barbares prêts à tomber sur les sociétés qui se meurent!

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