‹ L'Église oriental;Chapitre 65 sur 67 · H 77 )HE · texte numérisé non relu

H 77 )HE

H n'y a donc qu'une seule voie de salut pour tout le monde: c'est celle de se repentir, et de se décider sincèrement à rendre à la religion sa naturelle liberté, de cesser de remployer comme organe des intérêts politiques, de s'abstenir d'empiéter sur ses droits, et de revenir à l'élément constitutif et conservateur des sociétés chrétiennes, qui est l'unité de l'Eglise.

Si nous remontons aux siècles des temps passés, quel autre pouvoir, que celui de l'unité chrétienne, préserva l'Europe d'être engloutie par les invasions des hordes barbares qui fondirent sur elfe? Les croisés dans les détails de leur conduite commirent bien des désordres : maïs n'est-ce pas eux , qui sous la bannière de Puni lé chrétienne servirent si long-temps de rempart a V Europe contre les infidèles, dont ils Unirent par arrêter les conquêtes? Si de l'autre côté nous considérons l'avenir , quelle autre barrière plus énergique, que celle de l'union chrétienne, L'Europe aurait à opposer aux irruptions d'une borde étrangère, si jamais dans le cours des siècles l'Asie, comme autre fois, ou l'Amérique, dans le développement de son agrandissement gigantesque, s'avisait d'envahir Ja vieille Europe, divisée par les formes de ses gouvernements et par les principes politiques et les idées sociales, en proie a des guerres civiles et à des révolutions continuelles et absorbée par te matérialisme et les intérêts individuels? Ce n'est pas sans doute les frêles liens de coalitions politiques, si difficiles à combiner, encore plus difficiles à exécuter, qui se brisent ou se dénouent continuellement, et qu'on est obligé de renouer et de replâtrer à tout moment. Ce ne sont pas sans doute ces moyens auxquels on pourrait se fier en cas d'aussi graves événements.

Cependant, laissant de côté l'exemple du passé et les hypothèses de l'avenir, considérons les périls actuels, qui menacent de trop près l'existence de la société Européenne. Qui ne voit, que la déviation des principes de la religion fit naître de nos jours, chez presque toutes les nations de l'Europe chrétienne, un ferment de révolutions radicales, qui bouillone partout et qui menace de tout envahir un jour, de tout mêler dans des catastrophes, au delà desquelles la prudence politique ne prévoit plus rien ? Quelle digue plus puissante à lui opposer que cette unité des peuples chrétiens , qui , dans l'ordre des idées et de la croyance, les mettrait tous sous une direction unique, h s ferait tous courber volontairement sous la même main bénis-

santé t sous le même Père spirituel, sous le même Pasteur religieux?

La seule résistance donc qu'on pourrait opposer contre une telle invasion d'une barbarie plus à craindre, que celles devant lesquelles se courbèrent les plus grands empires de l'histoire; Tunique et la plus efficace coalition, que les Puissances Euro* péennes pourraient former contre les desordres qui menacent la société d'une catastrophe générale, est l'unité chrétienne sous un seul et même chef spirituel.

D'un autre côté, à quelle autre cause, si non à la religioo chrétienne, l'Europe doit-elle sa civilisation, sa grandeur, son existence même? Qui peut nier que sans le Christianisme, elle retournerait à l'état barbare , dont elle fut retirée il y a quinze siècles ? Mais le véritable Christianisme ne saurait jamais exister sans les deux principaux caractéristiques qui le constituent: l'unité chrétienne et l'autorité d'un chef suprême visible. Ces deux bases pourtant du Christianisme sont inséparables et indispensables à l'existence Tune de l'autre. Car notre Seigneur Jésus-Christ fonda son Eglise une et indivisible, et commanda en même temps aux Apôtres^ de rassembler tous les fidèles en un seul troupeau. Si donc les Evêques, qui sont les successeurs des Apôtres, doivent s'occuper de cette réunion des fidèles, ils doivent avoir aussi un centre d'unité; ils doivent être tous enchaînés autour du même point, qui est le chef suprême de l'Eglise. Car, si un lien toutpuissant n'entoure pas tout le corps de la Communauté générale des fidèles, qui constitue l'Eglise visible du Christ, et ne Tat* tache à un centre d'unité , qui est le chef visible de cette Communauté , l'Eglise naturellement serait dispersée au milieu du monde, et morcelée en une foule de corporations particulières. La divergence de sentiments, d'intérêts et de passions de ceux qui dirigeraient ces corporations, les susciterait les unes contre la autres, et dès lors plus d'unité chrétienne, plus d'Eglise une et indivisible. Enfin la suppression de l'autorité suprême de l'Eglise sur tous ses membres aurait également exposé à un bouleversement complet même les préceptes de notre Seigneur, les institutions Apostoliques et tous les dogmes de la Foi. Il arriverait que parmi ceux qui occuperaient les sièges Episcopaux , il se trouverait des hommes qui oseraient porter une main sacrilège sur la doctrine de la Foi chrétienne, ou du moins, qui ne veilleraient point à la conservation de ce précieux dépôt. Qui saurait

alors arrêter le torrent des hérésies, la destruction même complète de la véritable Foi, si I 1 Eglise n'avait pas l'autorité suprême de reprendre ou de destituer les Evêques prévaricateurs? Mais que pourrait faire l'Eglise sans organe dans une pareille circonstance, comme dans toute autre? et que pourrait encore faire cet organe lui-même, si tous les membres de la Communauté n'étaient pas tenus de reconnaître son autorité suprême et de s'y conformer ?

Cette autorité du chef suprême, sî indispensable a l'unité chrétienne et à la conservation de l'Eglise, a cause qu'elle a été instituée par notre Seigneur lui-même, montra d'ailleurs son immense et surnaturelle puissance morale encore dans ces derniers temps, lorsque la Papauté, quoiqulnsultee, désarmée et mutilée de toute manière par les révolutions et les désordres, garda cependant , elle seule , la dignité sociale en face de tous les désastres politiques, de tous les dangers sociaux I Elle soutint l'intégrité du Christianisme, elle fortifia les sentiments religieux, et, par son caractère de pouvoir moral , elle a conservé , et est destinée à conserver toujours à L'Europe, ce que les révolutions matérialistes tendent incessamment à lui ôter, sa force politique et prépondérante, qui est son unité naturelle et constitutive.

Mais on ne saura parvenir à consolider cette grande force morale de la Papauté et à la faire devenir vraiment l'appui de Tordre social de l'Europe, tant que l'Eglise Occidentale et J'Enlise Orientale restent dans l'état de déplorable séparation de fait, ou elles se trouvent actuellement , quoique réunies de droit

Ce sont ces deux glorieuses Eglises qui embrassent le plus grand nombre de ceux qui portent le nom chrétien, desquelles les doctrines dogmatiques ne diffèrent en rien, et dont les saints Pères furent les illustres défenseurs de la Foi , les remparts contre les hérésies, et les soutiens du christianisme. Leur séparation fut la cause de différents déchirements du catholicisme, de l'affaiblissement de la charité et de la Foi chrétienne, enfin de la décadence de la force morale de l'Eglise Universelle, ainsi que la source principale de toutes les calamités sociales. Peut-on douter par conséquent, qu'une réunion de deux si grandes sociétés, dont l'une comprend 70 et l'autre 160 millions de chrétiens, ne rendrait pas à l'Eglise son ancienne force morale, affaiblie plutôt par les dissensions religieuses, que par les révolutions politiques? Peut-on ne pas reconnaître, que ce n'est

que cette réunion qui mettrait l'Eglise eu état d'aider ta famille Européenne à sortir des difficultés sociales, où elle se trouve actuellement engagée?

La raison humaine doît sentir une bien profonde hu nul lotion , lorsqu'en réfléchissant sur l'obstacle principal , et presqu' uni* que, de l'union de ces deux grandes Eglises, elle trouve que c'est la pusillanimité des Puissances chrétiennes d'abattre une coterie odieuse d'une poignée d'intrigants î que c'est la négligence de laisser exister le système d'un Clergé déprave, et apostat des dogmes et des principes de l'Eglise qu'il prétend gouverner î d'un Clergé qui fut dès sa première apparition le fléau de la société humaine, et ne fit que du mal partout, où il s'est mêlé! IVest-ce pas ce Clergé, qui fut en grande partie cause de la dépravation et de la catastrophe de l'empire Byzantin? N'est-ce pas lui, qui appelé en Russie pour enseigner la religion , jeta tant de germes de discorde et d'opposition contre le gouvernement de ce pays , qu'il a fallu huit siècles d'efforts à ses Souverains pour pouvoir s'en délivrer? N'est-ce pas le Clergé de Constautinople , qui, au lieu de consoler les infortunés chrétiens de l'Orient, confiés à sa protection au moment de leur plus grande désolation , les persécuta, les anéantit moralement et physiquement, et les força enfin, ou de renier la religion chrétienne et d'embrasser l'Islamisme, ou de recourir à des révoltes désespérées? Et qui autre que ce même Clergé ruina même l'empire Ottoman, qui l'a comble de prérogatives et d'honneurs, et lui fit partager jusqu'à son pou\oir gouvernemental? n'est-ce pas lui, qui, d'un côté trahissnit tous les intérêts politiques de ce gouvernement à ses ennemis, et de l'autre excitait les peuples chrétiens à la révolte par ses vexations et sa tyrannie, et empêchait que ces peuples pussent profiter des bienfaits des réformes politiques, que ce gouvernement introduisait en leur faveur? Eulin n'est-ce pas ce Clergé, qui tenta, même dernièrement en 1850, de troubler l'ordre social du nouveau royaume de Grèce, en essayant de s'immiscer par son fameux acte Synodal dans l'administration Heure de cette nation ?

Lorsque d'un autre coté on pense, que les Puissances chrétiennes déclarèrent toutes formellement vouloir l'amélioration de l'état social des peuples chrétiens d'Orient , on ne pourra pas douter, qu'elles ne s'empresseront aussi de commencer par ce rétablissement de l'Eglise Orientale, qui en est la pierre fonda-

mentale, en détruisant complètement fit système odieux du Cierge de Constantinople (2).

Ce rétablissement de Tordre dans l'Eglise Orientale serait spécialement avantageux même aux intérêts intérieurs de plusieurs Puissances Occidentales. L'Autriche a un grand nombre des sujets qui professent le rite Oriental , mais qui sont séparés de l'Eglise de Borne, et les habitons des tles Ioniennes, dominées par les Anglais, sont tous des chrétiens de ce même rite. On n'a qu'à jeter un coup d'œïl sur l'état social de ces populations de l'Europe civilisée, qui suivent le rite Oriental, mais qui restent séparées de l'Eglise de Rome, ainsi que sur les opinions politiques, suggérées très-souvent à ces chrétiens, pour se persuader des avantages que ces Puissances tireraient, même sons ee point de vue, de la réunion de fait des deux Eglises.

Après que cette réunion serait rétablie de fait par les moyens que nous venons d'indiquer, on pourra alors, si l'Eglise Je croit nécessaire, convoquer un Concile Oecuménique, dont les membres , réunis par les liens de la charité et inspirés par la grâce du saint-Esprit, régleraient en véritables frères les formules et usages particuliers à chaque rite , ainsi que toute autre question , sur laquelle on aurait cru devoir fixer leur attention paternelle.

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