CHAPITRE XIV
LES JOURS CONSACRÉS ET LES FÊTES — LE MARIAGE l'ascétisme LES FUNÉRAILLES
§ I. Les jours et les temps consacrés. — Dès la création ^ Dieu avait institué, pour le plus grand bien de l'homme, un jour de repos. Il avait béni et sanctifié le septième jour « parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée » {Gen., II, 3). Plus tard, il confirma cette institution dans la loi donnée au peuple d'Israël, et en assura le maintien en l'entourant d'observances strictes et de pénalités sévères. Sous la Nouvelle Alliance, ce jour ne cessa pas d'être consacré, mais, comme les autres dispensations patriarcales ou mosaïques, il fut l'objet d'une sorte de création nouvelle, il fut investi d'une gloire supérieure, et à l'esclavage de la lettre succéda la liberté de l'esprit.
D'un autre côté, le Seigneur était ressuscité le premier jour de la semaine. Ce jour revêtit un caractère de joie sainte et reconnaissante et, avec le temps, se substitua au sabbat juif dans l'Église chrétienne ^ Aujour-
1. Act., XX, 7; I Cor., XVI, 2; Apoc, I, 10, où Jean l'appelle le jour du Seigneur.
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d'hui, beaucoup de nos Églises voient un lien de filiation directe entre le jour du sabbat et le dimanche, et veulent que celui-ci soit observé aussi strictement que le premier.
Telle n'était pas l'opinion de l'Église primitive. D'après les Coristitutio?is apostoliques, la célébration du sabbat juif doit exister en même temps que celle du premier jour de la semaine. Pour Athanase, Ambroise, Ghrysostome, Jérôme, Augustin, le sabbat juif est, au contraire, aboli. Tous considèrent l'institution du premier jour de la semaine comme nouvelle, et ayant pour but de rappeler à perpétuité la résurrection. Le pape Léon le Grand (440-461) exprime éloquemment — mais avec un mélange d'idées sacerdotales appartenant à son époque — des idées analogues. « Tout ce qu'il y a de plus glorieux dans le plan divin, dit-il, est concentré autour du jour de la résurrection. Ce jour-là, la création commence; ce jour-là la mort est vaincue et la vie renaît. Ce jour-là les apôtres reçoivent du Seigneur la trompette de l'Évangile, pour la faire résonner dans toutes les nations ; ils reçoivent le sacrement de la régénération, pour le porter dans le monde entier. Ce jour-là, les disciples sont assemblés dans la Chambre Haute et, toutes les portes étant fermées, le Seigneur entre, souffle sur eux et leur dit : Recevez le Saint- Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Ce jour-là enfln, le Saint- Esprit descend sur les apôtres, suivant la promesse du Seigneur...., et c'est ainsi que nous savons, par cette règle donnée par Dieu lui-même, que ce jour, dépositaire de tous les biens de la grâce, est aussi celui
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où nous devons exalter les mystères des bénédictions sacerdotales ^ »
Mais rÉglise ne s'en tint pas là, et on ne tarda pas à perdre de vue une des plus grandes vérilés chrétiennes, à savoir que le culte rendu à Dieu ne dépend pas des éléments de ce monde, mais qu'il est un commerce intime avec le ciel. Aussi vit-on les chrétiens en revenir à l'esprit particulariste du mosaïsme. A l'institution apostolique des réunions du premier jour de la semaine, on joignit l'observation de certaines époques de jeûne ou de prière. On pensa que ce serait une bonne préparation au jour du dimanche, anniversaire joyeux de la résurrection, que de consacrer à la mortification et à la prière les mercredis et les vendredis, en mémoire de la trahison et de la crucifixion du Sauveur. Les Églises judéo-chrétiennes, de leur côté, tout en adoptant le
1. Ep. IX, à Dioscorus. L'un des plus anciens écrits ecclésiastiques, l'Epitre attribuée à Barnabas, contient un passage digne de remarque. Non pas qu'une interprétation comme la sienne puisse être réellement tirée du texte; mais pour montrer quelles étaient les idées courantes à la fin du i^f siècle. « Dieu leur dit : je ne puis souiTrir vos sabbats et vos nouvelles lunes. Voyez comment il leur parle : vos présents sabbats ne peuvent être acceptables pour moi. IMais c'est ce que j'ai fait. Donnant du repos à toutes choses, je ferai un commencement nouveau du huitième jour; ce sera le commencement d'un monde nouveau. Aussi sommes-nous joyeux d'observer le huitième jour, qui est celui de la résurrection de Jésus-Christ. » Ch. xv. — C'est dans Tertullien {De la couronne, ni), qu'on trouve la première mention de la cessation de toute affaire mondaine le jour du Seigneur. Constantin le Grand confirma cet usage par une loi. Voy. ci-dessous, 11^ partie, ch. x. Les empereurs Valentinien I et II défendirent de lever les impôts et de poursuivre les affaires judiciaires ce jour-là. Théodose le Grand (386) et Théodose II (425) défendirent les représentations théâtrales le dimanche, et Léon et Anthémius (460), toute espèce de divertissement mondain. Au vic siècle, une stricte observance du dimanche semble s'être développée, car le synode d'Orléans (538) déclare que c'est une superstition judaïque de dire qu'on ne peut, le dimanche, ni monter à cheval, ni se promener, ni balayer la maison, ni préparer des vivres. Si l'on défend les occupations dans les champs, c'est pour que les fidèles puissent aller à Péglise et prier. >> Schafî, Nicene Christ ia?iitjj, 378, 385.
dimanche, ne cessèrent pas d'observer le sabbat. C'est à elles qu'il faut faire remonter la coutume, devenue bientôt générale en Orient, de ne jamais jeûner le samedi et de se tenir debout ce jour-là pendant les prières faites à l'église \ Au contraire, en Occident et surtout à Rome, où une opposition énergique était faite alors aux idées judéo-chrétiennes, la coutume de consacrer le samedi au jeûne prévalut peu à peu ^.
§ II. La Pâque. — Les Judéo-chrétiens ne se contentèrent pas de conserver le sabbat. Ils conservèrent aussi les fêtes de l'Ancienne Alliance auxquelles ils étaient habitués. Seulement ils leur donnèrent une application chrétienne. Au contraire, les chrétiens d'Occident, qui avaient reçu l'Évangile par le moyen de l'apôtre Paul, semblent n'avoir eu de longtemps aucune fête religieuse annuelle. Aussi, lorsqu'ils commencèrent à célébrer la commémoration de la crucifixion et de la résurrection, se manifesta-t-il une différence entre eux et quelques Églises d'Orient, quant aux jours où ces fêtes devaient être célébrées.
En Orient, où les idées juives prévalaient, on fixait le jour de la Passion d'après le moment de la Pâque juive. Il arrivait donc souvent que ce n'était pas un vendredi, et que Ja fête de la résurrection n'était pas célébrée un dimanche. En Occident, au contraire, où l'on ne s'occupait pas du calendrier juif, on s'inquiéta plus, en adoptant l'usage oriental de célébrer la Pâque, du jour de la semaine que de celui du mois. Ce n'avait été que par
1. S'agenouiller pour les prières était considéré comme une attitude pleine d'humiliation, qui ne convenait pas aux jours d'actions de grâces.