‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 126 sur 324 · Contre Celse, liv. YII, ch. xlviiî · texte numérisé non relu

Contre Celse, liv. YII, ch. xlviiî

si Fimpiété, si la sauvagerie sont licites, allons à Famphithéàtre... Tel qui regarde avec horreur le cadavre d'un homme mort naturellement, laissera sans émotion reposer ses yeux sur les lambeaux sanglants et épars dans le cirque des corps des gladiateurs, qu'il a fallu forcer à coups de fouet et de verges à accomplir leur criminelle besogne... Même s'il s'agit de ceux qui sont légalement condamnés à l'amphithéâtre, n'est-il pas monstrueux qu'en subissant leur peine ils doivent devenir meurtriers? Mais je croirais insulter le lecteur chrétien en insistant sur l'aversion que de pareils spectacles doivent provoquer en lui. Et, cependant, je pourrais entrer dans tous les détails nécessaires mieux que personne, sauf peut-être que ceux qui les fréquentent encore. Mais j'aime mieux rester incomplet que faire travailler ma mémoire sur un tel sujet. »

« Toutes ces choses, dit-il plus loin en parlant des spectacles en général, sont la vraie pompe du diable à laquelle nous, chrétiens, avons renoncé. La principale marque, aux yeux des païens, qu'un homme a adopté la foi chrétienne, c'est justement qu'il fuit les spectacles... Et comment un chrétien pourrait-il penser à son Créateur en fréquentant des lieux où rien ne parle de Lui? Gomment aurait-il la paix du cœur, où l'on se dispute à propos d'un cocher? Gomment apprendrait-il à être chaste en contemplant les excitations de la scène? Les cris d'un acteur lui rappelleront-ils les exclamations des prophètes? Les chants d'un histrion efféminé lui rappelleront-ils celui des psaumes? Apprendra-t-il à devenir miséricordieux en contemplant la gueule des ours ou les éponges des rétiaires? Dieu veuille préserver son peuple de toute ardeur passionnée pour ces perni-

deux plaisirs. Ne serait-il pas monstrueux d'aller de l'Église de Dieu dans celle du diable? du ciel, dans la boue? ^ de lever les mains vers Dieu et de les fatiguer ensuite à applaudir un acteur? de louer un gladiateur avec les mêmes lèvres qui ont dit Amen dans le sanctuaire? et de crier : qu'il vive à jamais! à tout autre qu'à Dieu et Christ? ^ »

Ceux auxquels ces reproches étaient adressés invoquaient des arguments et des excuses. Pourquoi, disaient-ils, renoncer à ces amusements publics? Tout ce qui est employé pour eux vient de Dieu et, ces dons. Dieu les a faits aux hommes pour qu'ils en jouissent. Nulle part ces. jeux ne sont défendus par l'Écriture. Élie a été enlevé au ciel dans un chariot; l'Écriture nous parle de chœurs, de cymbales, de trompettes et de harpes, et nous montre David dansant devant l'arche. Bien plus, dans ses exhortations aux chrétiens, l'apôtre Paul emploie des comparaisons tirées du stade et du cirque. D'autres s'appuyaient encore sur leur culture inférieure, leur manque d'instruction. Tous ne peuvent pas, disaient-ils, être philosophes et ascètes. Nous sommes ignorants, nous ne savons pas lire, nous ne comprenons rien aux Saintes Écritures. Peut-on donc être aussi exigeant pour nous?

Aux premiers, Tertullien répond : « Gomme l'ignorance humaine devient subtile lorsqu'elle est excitée par la peur de perdre les plaisirs et les amusements du

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