Matth., V, 34-37; Jacq., V
par ces mots : « Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu'on y ajoute vient du malin \ »
Les anciens écrivains ecclésiastiques condamnent non seulement le serment militaire, mais encore toute espèce de serment. Nous avons déjà indiqué Topinion de Clément. Il la développe dans un autre endroit. « Celui qui possède, dit-il, la connaissance de la vérité, ne veut pas jurer; il affirme par un oui, ou nie par un non. Et pour ceux qui paraîtraient, malgré cela, ne pas être absolument convaincus de ce qu'il avance, il ajoute : je le dis en vérité. » Faisant ensuite allusion aux chrétiens qui se permettaient de prêter serment dans certains cas, il dit : « Il me semble que la vie d'un chrétien devrait être telle qu'elle inspirât la confiance à tous ceux du dehors, au point de rendre nos serments inutiles. D'ailleurs, pourquoi un serment? Pour affirmer
i. Un contemporain, homme d'État éminenf, a dit à ce sujet : « Il n'y a probablement rien dans le Nouveau Testament, qui soit plus positivement condamné et interdit que le serment. L'usage de prêter serment pour maintenir la vérité d'une affirmation fait de la vérité et de la véracité deux choses distinctes. Si le serment a quelque valeur, dans la mesure même où il confirme la vérité, il diminue celle de toute autre affirmation et la probabilité de sa vérité. J'estime que demander ou prêter le serment a plus contribué que tout autre chose à compromettre et à détruire le respect de la vérité. » John Bright, Lettre au Daily ATeir^. — W. R. W. Stephens exprime la même idée à peu près dans les mêmes termes, dans une lettre à la Pall Mail Gazette. Pour prouver combien est immorale cette idée qu'il peut y avoir deux sortes de vérité, il invoque le moyen âge. « Personne, dit-il, ne peut lire l'histoire du moyen âge sans être frappé de Textraordinaire et honteux mépris de la véracité qui y régnait. Et pourtant, on rencontre en même temps les idées les plus élevées sur la sainteté du serment. Non certes que violer son serment fût alors le moins du monde rare. Mais cette contradiction avait pour source, non pas une trop faible idée du péché commis par celui qui prêtait un faux serment, mais plutôt l'habileté excessive avec laquelle le système religieux du moyen âge avait imaginé soit des moyens casuistiques de se dérober à l'obéissance exacte au serment, soit des atténuations en faveur de celui qui y manquait. » Cette lettre a été réimprimée dans son Memoir of Lord Hatherley, II, n, note.
qu'on dit la vérité... Mais n'est-ce pas justement lorsqu'on dit la vérité, que le serment n'est plus nécessaire?... Jésus-Christ a donné le résumé de ce qui est juste en disant : que votre oui soit oui; que votre non soit non \ » Justin-Martyr n'est pas moins positif : « En ce qui concerne la défense de jurer et l'obligation de dire toujours la vérité, voici l'ordre de Christ : « Ne jurez point du tout; que votre oui soit oui; que votre non soit non. Tout ce que l'on dit de plus vient du malin ^ » Et Tertullien dit quelque part : « Je ne parle point du parjure, puisque tout serment nous est interdit ^ »
On raconte le fait suivant relatif à un certain Basilides, catéchumène d'Origène, et officier dans l'armée de Septime Sévère en l'an 202. Chargé de conduire au supplice une jeune fille nommée Potamigena, il fut touché à la vue de ses souffrances, reçut l'Évangile et se déclara prêt à obéir aux préceptes de Christ, même en ce qui concernait le serment militaire. Peu après, l'occasion de prêter le serment s'étant présentée, il déclara que, comme chrétien, il ne lui était point licite de le faire. Mis en prison, il n'en persista pas moins dans son refus et périt décapité
Quelques-uns des écrivains des siècles suivants, Lactance, Athanase, Chrysostome, Épiphane, Jérôme, Ambroise et autres, condamnent le serment en termes énergiques. Grégoire de Nazianze fait vœu à son baptême, de ne jamais prêter serment ^ Chrysostome revient souvent sur ce point. Voici ce qu'il dit, par