‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 152 sur 324 · PREMIÈRE PARTIE Le Catéchisme ou les « Deux chemins · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE Le Catéchisme ou les « Deux chemins

§ 1. — Il y a deux chemins, celui de la vie et celui de la mort, mais il y a entre eux une grande différence. Voici le chemin de la vie : premièrement, tu aimeras le Dieu qui t'a créé; secondement, tu aimeras ton prochain comme toi-même; c'est-à-dire que tu ne feras à autrui rien de ce que tu voudrais qu'on ne te fît pas. Or, voici la Doctrine renfermée dans ces paroles : Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis, jeûnez pour ceux qui vous persécutent. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on? Les païens n'en font-ils pas autant? — Vous, au contraire, aimez ceux qui vous haïssent, et vous n'aurez pas d'ennemi.

Abstiens-toi des désirs charnels et mondains.

Si quelqu'un te donne un soufflet sur la joue droite, tends-

1. Si nous avons reproduit la traduction de M. le professeur Bonet- Maury, nous n'avons pas reproduit les notes qui raccompagnent. Nos notes sont celles qui accompagnent le texte anglais.

lui aussi l'autre et tu seras parfait. Si quelqu'un te met en réquisition pour un mille, fais-en deux avec lui; si quelqu'un t'enlève ton manteau, donne-lui aussi la tunique ; si quelqu'un te prend quelque chose qui soit à toi, ne lui réclame pas : car tu n'en as pas le pouvoir Donne à quiconque te demande, et ne réclame rien, car le Père veut que l'on partage avec tous les biens reçus en propre de sa grâce. Heureux celui qui donne suivant le précepte; il sera sans reproche; malheur à qui reçoit. En effet, si quelqu'un reçoit dans le besoin, il ne mérite pas de reproche; mais celui qui accepte sans être dans le besoin rendra compte pourquoi il a reçu et de ce qu'il a fait de l'aumône. Détenu, il subira une enquête sur ses actes et il n'en sortira pas jusqu'à ce qu'il ait payé la dernière obole. C'est à ce sujet qu'il a été dit : « Laisse ton aumône transpirer entre les mains, jusqu'à ce que tu saches à qui tu donnes! ^ »

§ 2. — Voici le deuxième précepte de la Doctrine : Tu ne tueras point, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne débaucheras pas les enfants, tu ne te prostitueras pas, tu ne voleras pas, tu ne t'adonneras ni à la magie, ni à la sorcellerie; tu ne feras pas avorter l'enfant conçu dans la débauche, et, une fois né, tu ne le tueras pas^. Tu ne convoiteras pas les biens du prochain, tu ne commettras ni parjure, ni faux témoignage; tu ne seras ni médisant, ni rancunier; tu n'auras de duplicité, ni en pensée, ni en paroles; car la duplicité est un piège de mort. Que ta parole ne soit ni menteuse, ni vaine, mais suivie d'eifet. Ne sois ni cupide, ni ravisseur, ni hypocrite, ni malicieux, ni orgueilleux. Tu n'écouteras pas de mauvais conseils contre ton prochain. Tu ne haïras personne; mais, les uns, tu les reprendras; pour les autres, tu prieras, et d'autres, tu les aimeras plus que ton âme.

§ 3. — Mon enfant, éloigne-toi du mal et de tout ce qui en a l'apparence. Ne te livre pas à la colère, car la colère conduit au meurtre. Ne sois ni jaloux, ni querelleur, ni irascible ;

4. Parce qu'il est défendu à un chrétien d'employer la force, ou même de plaider « devant des infidèles » (I Cor., VI, 1-7).

2. On retrouve cette citation dans les Constitutions Apostoliques.

3. Ces allusions aux vices des païens indiquent la date reculée de l'écrit. Cf. Rom., 1,21-32.

car toutes ces passions engendrent les meurtres. — Mon enfant, ne laisse pas prise à la concupiscence, car la concupiscence mène à la fornication. Évite les paroles obscènes et les regards provocants \ car de tous deux naissent les adultères. Mon enfant, ne consulte pas les auspices ^ car cela mène à l'idolâtrie; ne pratique ni la magie, ni l'astrologie, ni les lustrations, et ne te plais pas à regarder ces choses, car tout cela conduit à l'idolâtrie. Mon enfant, ne sois pas menteur, carie mensonge conduit au vol; ne sois ni avare, ni amateur de vaine gloire, car toutes ces passions donnent lieu aux vols. — Mon enfant, ne sois pas porté aux murmures, car cela mène au blasphème ; ne sois pas arrogant, ni malveillant, car de là naissent les blasphèmes. — Mais sois débonnaire, car les débonnaires hériteront la terre. Sois magnanime et miséricordieux, sans malice, paisible et bon, et observe en tout les paroles que tu as entendues. Ne t'enorgueillis pas et ne livre pas ton âme à la présomption. Ton âme ne doit pas s'attacher aux orgueilleux, mais se plaire avec les justes et les humbles. Accepte, comme des bienfaits, les épreuves qui t'arrivent, sachant que rien n'arrive sans la volonté de Dieu.

§ 4. — Mon enfant, souviens-toi jour et nuit de celui qui t'annonce la parole de Dieu; tu l'honoreras comme le Seigneur, car là d'où est annoncée la majesté de la parole, là est le Seigneur.

Tu chercheras chaque jour le commerce des saints, afin d'être rafraîchi par leurs discours. Tu ne fomenteras pas de dissensions, mais tu feras la paix entre les adversaires. Tu jugeras justement, et ne feras pas acception de personnes, en reprenant tes frères à cause de leurs chutes. Ne doute pas si la promesse de Dieu s'accomplira ou non ^. Ne tends pas la main pour recevoir, et ne la ferme pas pour donner Si tu possèdes quelque bien, produit du travail de tes mains, tu

1. Les Constihitio?is apostoliques disent : des yeux impudiques.

2. Ou augure, oIcovog-xotcoç, qui examine les oiseaux, pour propiiétiser d'après leur vol ou leurs cris.

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