‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 189 sur 324 · SA VIE, SON ENSEIGNEMENT NOVATIEN · texte numérisé non relu

SA VIE, SON ENSEIGNEMENT NOVATIEN

Valérien succéda à Gallus en 253. Au début de son règne, il traita les chrétiens avec une douceur inaccoutumée. Malheureusement, en 257, il tomba sous Finfluence de Macrianus, le chef des mages égyptiens, et, à son instigation, il offrit des sacrifices humains pour arriver par là, croyait-il, à connaître Tavenir. Dès lors, il devint l'ennemi déclaré de FÉglise, et les premières mesures qu'il prit furent d'éloigner les évêques et les instituteurs, et d'interdire toute célébration du culte public ^

Gyprien fut un des premiers évêques atteints. Le Proconsul d'Afrique, l'ayant cité devant son tribunal, lui parla ainsi : — Les empereurs Valérien et Gallienus ^ m'ont envoyé un rescrit ordonnant que tout le monde accomplisse de suite les cérémonies de la religion nationale. Je te demande, dès lors, ce que tu es?

Cyprien, — Ghrétien etévêque. Je ne reconnais aucun

' 1. Eusèbo, liv. VII, cliap. x; Néander, I, 189. 2. Fils de Valérien, et associé sur le tronc avec lui.

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autre Dieu que le seul et le véritable, celui qui a créé les cieux, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent. Nous chrétiens, nous prions ce Dieu jour et nuit. Nous le prions pour nous-mêmes, pour tous les hommes, pour la fortune de l'empereur.

Le Proconsul. — Persistes-tu dans ta résolution?

Cyprien, — Une bonne résolution fondée sur la connaissance de Dieu ne peut changer ainsi.

Sur cette réponse, le Proconsul condamne Gyprien à l'exil. Puis, après l'avoir informé que le décret impérial ne vise pas moins les prêtres que les évêques, il veut savoir le nom des prêtres de la ville.

Cyprien. — Vos lois proscrivent avec justice la délation. Je ne puis donc vous dire aucun nom. Cherchez vous-même dans les villes où ils résident.

Le Proconsul. — Je veux qu'ils se présentent aujourd'hui même dans ce lieu.

Cyprien. — Notre doctrine et notre discipline défendent à un homme de se livrer lui-même. Ils ne sauraient donc le faire. Encore une fois, cherchez, vous les trouverez.

Au moment où Gyprien allait quitter le tribunal, le proconsul lui rappela qu'il était défendu aux chrétiens de s'assembler en quelque lieu que ce fût et en particulier de visiter les cimetières; le tout sous peine de mort ^

Le gouvernement impérial n'avait d'abord eu pour

1. Ces visites dans les cimetières provoquaient plus que toute autre chose l'enthousiasme des fidèles. — Cyprien était traité avec une considération réelle. On l'emmena à Gurubis (au bord de la Méditerranée, à 40 milles environ au sud de Carthage), que son biographe, le diacre Pontius, décrit comme une « retraite ensoleillée et agréable Yic et Passion de Cyprien, § 12. — Nous avons fait usage, ici et ailleurs, de l'ouvrage de M. L. Rufïet : Thascius Cyprien, etc. (Toulouse, 1872) ; en particulier, nous avons reproduit sa traduction de certains fragments.

but que de séparer les évêques et les prêtres de leurstroupeaux. Mais bientôt les laïques furent pris à partie, des femmes et des enfants furent passés par les verges, emprisonnés ou envoyés dans les mines. La sympathie de leurs pasteurs les y accompagna. Du lieu de son exil, et à Faide de ses propres deniers et des ressources de l'Église, Gyprien réunit et leur envoya une somme considérable. En même temps, il leur adressait une de ses belles et réconfortantes lettres.

« Oh! pieds glorieusement liés! leur écrit-il, ce n'est pas un artisan, mais le Seigneur qui vous déliera. Oh! pieds douloureusement comprimés, qui ne laissez pas de vous diriger vers le paradis, sur le chemin du salut! Oh ! pieds enchaînés pour le temps, afin de rester libres pendant l'éternité!.... Je le sais, dans ces obscurs souterrains, votre corps ne repose ni sur un lit, ni sur un duvet, mais vous avez les rafraîchissements et les consolations du Christ. Une terre nue reçoit vos membres harassés par le travail; mais ce n'est pas un supplice d'être couché à terre avec le Christ. Là, pas de bain pour laver votre corps couvert d'une poussière épaisse; mais votre âme se purifie dans ces souillures extérieures. Le pain n'y est pas abondant; mais l'homme ne vit pas seulement de pain, il vit encore de la parole de Dieu. Point de vêtements à opposer au froid qui vous glace ; mais on est suffisamment couvert, on est richement

paré, quand on a revêtu Christ Vous n'avez pas, il

est vrai, très chers frères, l'occasion de célébrer avec des prêtres les sacrifices divins. Mais n'en célébrez-vous pas un aussi précieux, aussi glorieux? Que dit l'Écriture? Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c'est un esprit brisé. 0 Dieu! tu ne dédaignes pas un cœur brisé

et contrit. Et n'est-ce pas le sacrifice que vous offrez sans cesse à Dieu, en étant vous-mêmes les saintes victimes? » A cette lettre, les confesseurs répondirent avec une légitime reconnaissance, de différents points des mines ^

Gyprien continua, comme il l'avait fait jadis, à environner son troupeau de la plus constante sollicitude. Ce qu'il fit, d'autres évêques exilés le firent également. Dans d'autres cas, l'exil des évêques devint, dans les mains de la Providence, un moyen de répandre l'Evangile dans des contrées où il était encore inconnu. Ainsi en arriva-t-il, par exemple, pour Denys d'Alexandrie.

Denys d'Alexandrie est amené avec plusieurs membres de son clergé devant Émilien, préfet de la ville. Celui-ci lui demande de renoncer à sa foi. Non, répond Denys. Nous devons obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. — Eh bien ! reprend Émilien, admire la clémence de l'empereur. Il vous accorde à tous le pardon si vous vous rangez à votre légitime devoir. Adorez les dieux qui préservent l'empire; abandonnez toutes vos pratiques contre nature.

Denys, — Les hommes ont un culte qui diffère suivant leurs opinions. Nous, nous adorons le Dieu unique, le Créateur de tout ce qui existe, celui qui a donné le pouvoir aux augustes empereurs Valérien et Gallien. A lui nous offrons nos constantes prières pour la prospérité de leur règne.

Emilien, — Mais pourquoi ne pouvez-vous pas adorer

1. Gyprien, Ep. LXXVI, §§ 2, 3; LXXVIL Dans leur réponse, les confesseurs s'expriment en termes flatteurs pour Gyprien et l'appellent seigneur aussi bien que frère. Déjà alors, un pareil langage était ordinairement employé en s'adressant aux évêques, ou par les évêques s'écrivant entre eux.

votre dieu (à supposer qu'il en soit un) conjointement avec les nôtres?

Denys. — Nous ne pouvons adorer d'autre Dieu que lui seul.

Émilien les condamna tous à la déportation dans un village nommé Képhro, sur les confins du désert. Il les obligea, même à partir immédiatement, bien que Denys fût malade. « Mais, dans ces contrées éloignées, écrit Denys, nous n'étions pas séparés de l'Église, à cause du grand nombre de fidèles d'Alexandrie et du reste de rÉgypte qui nous avaient suivis. Dieu m'ouvrit aussi une voie pour prêcher l'Évangile à des hommes qui n'en avaient jamais ouï parler. D'abord ils nous persécutèrent et nous jetèrent des pierres. Mais, à la fin, un assez grand nombre renoncèrent à leurs idoles et se convertirent. Lorsque cette œuvre fut accomplie, Dieu nous envoya dans un autre endroit.... Lorsque j'appris que je devais aller à Golluthium, lieu tout païen et infesté de voleurs, j'en fus, je le dis à ma honte, extrêmement affligé. Mais on me fit remarquer que Golluthium était plus près d'Alexandrie.... et que nous pourrions, plus fréquemment, jouir de la vue de ceux qui nous étaient chers.... C'est aussi ce qui arriva »

L'Église, cependant, avait été purifiée et fortifiée par ses récentes épreuves. On ne comptait que peu d'apostasies, alors que sous Décius elles avaient été si fréquentes \ Valérien ne tarda pas à se rendre compte que des défenses, la prison, l'exil n'atteignaient pas le but. Il décréta donc des mesures plus rigoureuses, et, en 258,

1. Eusèbe, liv. VII, chap. xi. Milner, Church Hist., I, i07-409. Néander, I, 191, 192.

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