‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 193 sur 324 · Ep. à Donat, T, chap. i-iv · texte numérisé non relu

Ep. à Donat, T, chap. i-iv

reur, combien peu pourraient les recevoir! Ce n'est pas ainsi qu'il agit avec ses enfants. Il les traite selon leur ignorance et leur infirmité. Il regarde au cœur et communique les dons célestes, la grâce et la paix, suivant les besoins et la sincérité de ceux qui l'invoquent. Évidemment la conversion de Gyprien à l'Évangile était préparée de longue main. Celui qui en fut l'objet, partageant les idées de son temps sur l'importance de la cérémonie extérieure, s'était habitué à identifier le moment de cette cérémonie et celui de la transformation intérieure. Aussi et tout naturellement il les mêle et les fait dépendre l'une de l'autre, tandis qu'en réalité le changement intérieur provenait de la foi et non de l'eau du baptême.

Après sa conversion, Cyprien vend sa villa et ses jardins des environs de Carthage * pour en consacrer le produit au soulagement des pauvres. Très rapidement il devient diacre, puis prêtre, puis enfin, par suite d'une vacance du siège épiscopal, évêque de Carthage (248). Sa nomination rencontre quelque opposition. Cinq prêtres font remarquer qu'il est converti depuis trois ans à peine, et que leurs droits antérieurs sont lésés. Mais telle est l'affectueuse admiration éprouvée généralement pour lui, que le troupeau ne veut point d'autre évêque. Cyprien veut cependant se dérober à cet honneur. La foule entoure sa maison, et ses instances l'obligent à céder ^.

Pontius, diacre de son église et son biographe, nous raconte que ses manières étaient dignes, son âme conciliante et tendre, et son abord plein d'une indulgente et

L Ces biens lui furent ensuite rendus par la libéralité des fidèles. 2. Pontius, § 5; Néander, I, 310.

séduisante gravité. L'Église conserva longtemps le souvenir de son aménité. Même après sa conversion, il ne perdit pas les amis haut placés qu'il avait pu se faire parmi les païens. Au point de vue intellectuel, il était vraiment supérieur, possédait une excellente mémoire, des habitudes d'ordre et une aptitude pour les affaires, qui contribuèrent grandement à ses succès comme organisateur de l'Église K Malgré la différence de leurs caractères, Cyprien éprouvait une admiration profonde pour Tertullien. « Lorsque j'étais à Goncordia^ en Italie, raconte Jérôme, je rencontrai un vieillard nommé Paulus. Il me dit que dans sa jeunesse il avait connu un secrétaire, alors fort âgé, du bienheureux Cyprien. D'après ce secrétaire, Cyprien n'aurait jamais passé un jour sans lire quelques pages de Tertullien, et il avait coutume de demander ses ouvrages en disant : Donnezmoi le maître ^ »

Malgré la sociabilité et la bienveillance de son caractère, Cyprien avait une idée trop exagérée de l'épiscopat et un penchant naturel trop grand aux mesures autoritaires, pour ne pas être entraîné parfois à se montrer dur et intolérant. Néander a dit de lui : « Tout esprit sincère ne pourra pas méconnaître l'amour profond de Cyprien pour le Sauveur et son Église. On ne pourra pas lui refuser davantage la sincérité du dévouement pastoral et le désir d'employer son autorité épiscopale au maintien de l'ordre et de la discipline. Mais il est certain, d'autre part, qu'il ne se tint pas assez en

1. Vie et Passion de Cyprien, cliap. vi. Dict. Christ. Biog., I, 740.

2. a Da magistrum ». De viris , chap. un. On suppose que Jérôme, qui vécut de 346 à 420, rencontra Paul à Concordia, vers l'an 370, c'est-à-dire 112 ans après le martyre de Cyprien. Dict. Christ. Biog., q^yI. Hieronymus.

garde contre le vice radical de la nature humaine, qui s'attache si aisément à ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, et qu'il fut parfois coupable d'opiniâtreté et d'orgueil. Maux d'autant plus graves, s'ils atteignent ceux qui ont reçu de plus grands dons et une autorité plus grande pour le service du Seigneur! Déjà le but des principaux efforts de Gyprien, la suprématie épiscopale, montrait l'écueil sur lequel il devait faire naufrage. Dans Févêque choisi par Dieu lui-même, agissant au nom de Christ, il oublie l'homme vivant encore dans la chair et toujours exposé aux tentations du péché. Dans l'évêque, appelé à diriger, investi par Dieu d'une inviolable autorité, et qu'aucun laïque n'a Je droit de juger, il oublie le disciple du Christ, de ce Christ qui était humble de cœur et qui, pour le salut de ses frères, avait pris la forme de serviteur M »

Pendant l'épiscopat de Cyprien, les Églises du nord de l'Afrique et de Rome ne furent pas seulement passées au crible de la persécution, mais aussi déchirées par des controverses et des schismes. Trois causes principales y donnèrent lieu. Tout d'abord le mécontentement déjà indiqué de cinq prêtres, au sujet de l'élection de Cyprien; puis le relâchement résultant de l'indulgence pour les lapsi (tombés); enfin, la question de savoir si les hérétiques seraient rebaptisés ou non.

Parmi les hommes qui protestèrent le plus énergiquement, à cette époque, contre le relâchement de la discipline, il faut compter Novatien, prêtre de Rome. Il n'était encore que catéchumène, lorsque, devenu gravement malade et, à ce qu'on croyait, en danger de mort^

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