Eusèbe, liv. VII, chap. xv, xvi
rnaturée. On peut juger de ce que les chrétiens avaient à attendre de lui et de la vitalité persistante des superstitions anciennes, par le discours qu'il prononça au sénat, alors que la proposition de consulter les livres sibyllins souleva quelque opposition. « Je suis fort surpris, pères conscrits, dit-il, de Thésitation que vous manifestez à ouvrir les livres sibyllins. On dirait que vous discutez dans une église de chrétiens et non dans le temple des dieux. A l'œuvre! que la pureté de vos prêtres, que l'exact accomplissement des rites solennels viennent en aide à votre prince dans ces difficiles conjonctures. Que les livres sibyllins soient examinés et que leurs prescriptions soient ponctuellement obéies. Faut-il faire des dépenses, immoler des captifs, offrir des victimes royales, je suis prêt à tout donner. Rien ne doit arrêter, dès qu'il s'agit de vaincre par l'aide des dieux. Ainsi, dans les jours d'autrefois, on terminait les guerres, après les avoir ainsi entreprises. Quant aux dépenses, j'ai donné ordre au préfet de ma caisse de les payer; du reste, le trésor public est dans vos mains K »
C'est pendant la période de tranquillité qui suivit la mort de Macrien que les deux plus illustres disciples d'Origène, Denys et Grégoire le Thaumaturge, quittèrent ce monde.
Nous avons déjà nommé le premier, qui était évêque d'Alexandrie. Né de riches parents païens, il dut, lors de sa conversion, renoncer à tous les honneurs humains. 11 succéda, dans l'école catéchétique, à Héraclas, autre disciple d'Origène (232). Plus tard, vers 247, il lui succéda sur le siège épiscopal. Il mourut vers 265.
1. Vopiscus, Vie d'Aurélien, chap. xx. Voy. Cooper, Free Church, 311, 312.
Denys était un vrai disciple d Origène. Une lettre qu'il écrit à Philémon, prêtre de Rome, montre toute Tindépendance de son caractère. « J'ai lu, lui dit-il, les écrits des hérétiques. Pendant quelque temps, leurs opinions détestables ont souillé ma pensée. Mais j y ai gagné de pouvoir leur opposer une réfutation personnelle et d'éprouver pour elles une répulsion encore plus grande. Un de nos prêtres, craignant que je ne fusse entraîné dans cet abîme d'iniquité, voulait me détourner de ces lectures. Mais une voix du ciel me dit : Lis tout ce qui te tombe sous la main, car tu es capable de tout contrôler. C'est ainsi que tu es arrivé à Jésus-Christ. Cette voix me parut être d'accord avec le précepte apostolique, adressé à ceux dont l'esprit est ferme : soyez prudents comme les changeurs K »
Denys donnait aussi l'exemple de la modération et de la bienveillance. Voici, par exemple, la conclusion d'une lettre qu'il écrit à son suffragant sur des matières de discipline ecclésiastique et de culte : « J'ai donné mon avis, non comme un docteur, mais en toute simplicité, comme il convient de discuter entre nous. Examine-le, ô mon fils très sage, et écris-moi si tu as trouvé quelque idée plus juste et mieux fondée que la mienne, ou si tu t'es rangé à mon opinion » Un évêque égyptien, Nepos, matérialisait les espérances chrétiennes relatives au millénium ^ Son erreur lui ayant survécu, Denys entreprit d'en écrire la réfutation. Dans ce traité, au lieu de fulminer contre l'auteur, il parle de lui avec
1. C'est-à-dire, habile à distinguer la pièce fausse de la bonne. Ces mots se trouvent dans l'un des évangiles apocryphes. Eusèbe, liv. VII, chap vn. Néauder, II, -483, 484. Cf. de Pressensé, op. cit., p. 390.