Lactance, chap. xi
oi^O l'Église primitive
combien les chrétiens étaient alors peu préparés à supporter un si rude coup. C'est Eusèbe qui la donne. Il nous dit d'abord que beaucoup de postes de confiance, et même des gouvernements de provinces, étaient entre les mains des chrétiens, et que leurs détenteurs jouissaient d'une si entière liberté de parole et d'action en matière religieuse, qu'ils s'en vantaient presque hautement. Il note ensuite complaisamment le grand nombre de ceux qui dans chaque ville encombraient les lieux de culte. Les anciens bâtiments ne suffisaient plus; il fallait des églises nouvelles et spacieuses. Mais il est obligé de confesser que cette tranquillité, ces honneurs inaccoutumés avaient grandement compromis la foi et la charité. « Nous nous portions envie les uns aux autres et nous nous insultions réciproquement; nous nous faisions la guerre avec des paroles aussi acérées que des dards et des lances, et vraiment nous étions prêts à en venir aux mains. Les évêques étaient animés contre les évêques, les congrégations contre les congrégations. L'hypocrisie et la dissimulation arrivaient à leur comble. Le jugement de Dieu, qui agit toujours avec douceur, commença par nous affliger légèrement. Mais nous restâmes complètement insensibles, et nous ne cherchâmes pas à apaiser Dieu. Quelques-uns même agissaient comme si Dieu ne devait pas s'inquiéter de leur conduite. Parmi nos pasteurs on en voyait qui, loin de diriger le troupeau, abandonnaient les saintes règles de la piété et n'avaient d'autre souci que d'augmenter leur pouvoir K » Dioctétien et Galérius décidèrent que le premier pas dans la voie nouvelle serait la destruction de l'église de