Lactance, cliap. xii
en s'écriant avec dédain : « Ce sont là des triomphes de Goths et de Sarmates ! » Il fut aussitôt arrêté et condamné à être brûlé à petit feu. La constance avec laquelle il supporta son supplice étonna, mortifia même ses bourreaux ^ L'impression produite par l'édit fut rendue plus terrible encore par la date de sa publication. Dans plusieurs provinces elle eut lieu au temps des fêtes de Pâques et, dans un certain nombre, le jour même de Pâques. De plus, une des dispositions de ledit était de nature à donner aux plus fermes de bien graves appréhensions. Jusqu'alors on avait essayé de supprimer la religion en s'en prenant aux évêques et aux docteurs. Cet essai n'avait pas réussi. Aujourd'hui, on comprenait mieux l'importance des Écritures, et on pensait que, si l'on pouvait les faire disparaître, on tarirait du même coup la source vitale du christianisme. Mais la puissance et la sagesse humaines, même celles de la Rome impériale, n'étaient que vanité. En vain voulaient-elles se liguer contre Dieu! En vain auraient-elles réussi à enlever cette lumière, et à détruire tous les exemplaires des Écritures! Dieu n'en aurait pas moins pris soin des siens, et son pouvoir de conserver et de faire connaître l'Évangile serait resté le même. Bien plus, il n'est peutêtre pas si complètement désavantageux pour l'Église que les anciens et vénérables exemplaires des livres sacrés aient disparu. Quelques-uns, à tort ou à raison, pouvaient être attribués à la plume des apôtres ou de leurs disciples immédiats, et il est possible qu'on eût plus vénéré le volume lui-même que son contenu. Au reste, qu'il faille ou non attribuer le fait à la destruc-
1. Lactance, chap. xiii; Néander, I, 205, 206; Robertson, 1, 146.
tion systématique ordonnée par Dioctétien, il est certain qu'aucun manuscrit des Écritures antérieur à son règne ne nous est parvenu K
Un grand nombre de magistrats de l'empire étaient tout disposés à appliquer l'édit dans sa rigueur. D'autres, au contraire, à l'éluder autant que la prudence le leur permettait. Mensurius, évêque de Carthage, avait immédiatement transporté dans sa propre maison tous les manuscrits bibliques de son église. Il les avait remplacés par des livres hérétiques sans valeur. Quand les officiers de police arrivèrent," ils s'en emparèrent et ne firent aucune question. Quelques sénateurs informèrent le proconsul de la conduite de l'évêque et lui conseillèrent de faire fouiller sa maison. Mais le proconsul ne tint aucun compte de leurs observations. A un autre évêque de Numidie, qui répugnait à livrer les exemplaires des livres sacrés, les officiers de police conseillèrent eux-mêmes de donner les manuscrits les moins précieux qu'il pourrait posséder.
Cette épreuve nouvelle de la fidélité des chrétiens à leur Sauveur servit à mettre en relief leurs caractères divers. Un assez grand nombre, cédant à la crainte de la prison et des tortures, livrèrent de suite les exemplaires du Nouveau Testament qu'ils possédaient et qu'on brûla sur les places publiques. On les nomma les traditores (qui trahit, qui livre) et ils furent exclus de la communion de l'Eglise. Dans les persécutions antérieures, beaucoup de chrétiens avaient cherché leur
]. Tischendorf, à la p. xii de l'éd. Tauchnitz du Nouveau Testament, exprime l'idée que le Codex Sinaïticus pourrait bien être une des cinquante copies des livres saints, que Constantin demanda à Eusèbe de faire écrire sur de beau parchemin. Voy. Eusèbe, Vie de Constantin^ liv. IV, chap. XXXVI, xxxvn.
salut dans la fuite, soit parce qu'ils ne se sentaient pas assez forts pour soutenir leur foi jusqu'au bout, soit parce qu'ils se croyaient autorisés à appliquer à leur situation personnelle la parole de Christ à ses disciples : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre » Maintenant, les perquisitions sont si générales et si vigoureuses, que la fuite est devenue impossible. En Afrique, cette terre classique du zèle ardent et intrépide jusqu'à la témérité, beaucoup de chrétiens devancèrent l'appel des magistrats. Ils vinrent, se déclarèrent chrétiens et détenteurs de livres sacrés, mais décidés à ne pas les livrer. A ceux-là, le prudent évêque Mensurius refusait d'accorder le titre si convoité de martyr. En dehors de ces deux extrêmes, il ne manquait point dans chaque pays d'hommes et de femmes ne courant pas au martyre, ne cherchant pas non plus à employer des subterfuges, mais résistant courageusement par la puissance de la foi à toutes la malice de l'ennemi et obtenant la couronne de la victoire.
A peine la persécution venait-elle de commencer, qu'un accident provoqua des mesures plus rigoureuses encore. Le feu prit au palais impérial de Nicomédie, dans la chambre même de Dioctétien. Naturellement, on accusa les chrétiens. Dioctétien, grandement alarmé et courroucé, fit mettre tous ses domestiques à la torture. Bien plus, il vint lui-même entendre les confessions qu'elle leur arracherait. Quinze jours après, nouvel incendie. Galérius quitte la ville en toute hâte pour éviter, dit-il, d'être brûlé vif. Quant à Dioctétien, il ne se possède plus de rage, et il force sa propre femme et