Histrof Christ., II
que nous respirons î Que chacun se réjouisse en voyant que votre piété, votre vénération pour les dieux, vos sacrifices nous ont rendu le puissant Mars propice, et que vous pouvez désormais jouir d'une paix heureuse et ferme au milieu des plaisirs et de la joie. »
C'étaient là des paroles vaines, auxquelles Févénement devait infliger un démenti bien inattendu. Les pluies de l'hiver suivant ne tombèrent point et la moisson manqua. L'Orient tout entier fut désolé par une famine soudaine. Le blé atteignit un prix extraordinaire. Dans les villes, un nombre considérable de personnes moururent, et dans les campagnes des villages furent presque entièrement dépeuplés. Beaucoup cherchaient à échapper à la mort en se nourrissant d'herbes et de débris de foin. Beaucoup, réduits à l'état de squelettes, parcouraient les rues en chancelant et tombaient morts en prononçant le mot : faim, et leurs cadavres devenaient la proie des chiens. On rencontrait, et on reconnaissait à leur tenue et à leur mise convenables, des dames de haut rang, mendiant le long des routes. L'horreur du désastre était encore accrue par l'avidité de l'empereur. En son nom, on s'emparait des greniers des particuliers, et on les fermait avec le sceau du souverain. Des troupeaux entiers étaient arrachés à leurs possesseurs pour servir à d'inutiles sacrifices Et, pendant ce temps, la cour, insultant aux
souffrances des peuples, vivait dans un luxe excessif^ tandis que les troupes, formées d'étrangers et de barbares plantureusement pourvus, gaspillaient leurs ressources et pillaient partout avec impunité.
Naturellement une nourriture aussi insuffisante et aussi malsaine ne tarda pas à provoquer la peste. Ceux
qui en étaient atteints voyaient leurs corps se couvrir de tumeurs. Leurs yeux surtout en étaient attaqués et des multitudes entières devenaient aveugles. Les maisons riches, que la famine épargnait, semblaient plus particulièrement désignées aux coups de la maladie; aussi rencontrait-on continuellement des convois funèbres dans les rues ^ Tout d'abord les riches familles païennes s'étaient montrées libérales pour les malheureux. Mais voyant leur nombre s'augmenter de jour en jour, elles commencèrent à trembler pour elles-mêmes et refusèrent tout secours. Seuls, les chrétiens furent à la hauteur des circonstances. Ils montrèrent, en faisant tous leurs efforts pour atténuer la détresse générale, de quel esprit ils étaient animés. Ils visitèrent les maisons infectées par la maladie, ils s'occupèrent d'ensevelir les morts et, rassemblant à travers les rues de la ville les foules affamées, ils leur distribuèrent du pain. « Aussi, dit Eusèbe, ces malheureux glorifiaient-ils le Dieu des chrétiens, et reconnaissaient-ils que les chrétiens étaient les seuls qui montrassent une piété sincère ^ »
En 312, Maxence ayant pris les armes pour venger la mort de son père, dont Constantin avait été l'auteur ou l'instigateur, celui-ci marcha à sa rencontre. Il était près de Crémone et se rendait à Rome, lorsqu'il eut, dit-on, la veille de la bataille, la célèbre vision qui lui fit prendre la croix pour étendard. Voici comment Eusèbe raconte la chose.
Maxence, on le savait, préparait la lutte en employant des rites magiques. Constantin sentit la nécessité d'une
1. Eusèbe dit : dans les rues de la ville. Il est probable qu'il a en vue la ville impériale de Nicomédie.