‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 230 sur 324 · MASSACRENT ENTRE EUX · texte numérisé non relu

MASSACRENT ENTRE EUX

Les éclits de Milan ne déclaraient pas le christianisme religion d'État ; ils se bornaient à le reconnaître au même titre que le paganisme et le judaïsme. Mais lorsque, en 315, Licinius, d'allié devenu ennemi, eut été vaincu, Constantin s'institua le patron de la religion nouvelle. A vrai dire, il ne devint pas membre de l'Église et ne se laissa baptiser que sur son lit de mort. Mais, aussi bien dans la vie publique que dans la vie privée, il s'identifia avec le parti chrétien. Il ne cacha pas ses sentiments hostiles au culte païen, engagea ses sujets à se rattacher au christianisme et réserva ses faveurs aux chrétiens. 11 professa de considérer comme sa plus haute mission « d'amener toutes les nations à l'unité de vues en matière religieuse, et de rendre la santé au monde malade ^ ».

Les lois de Constantin, qui furent le résultat du

1. Lactance, De Mort. Persec, chap. xlviii. — Lettre à révéque Alexandre et à Arius, dans Eusèbe, Vie de Constantin, liv. II, chap. lxiii.

triomphe clu christianisme, marquent un moment important de rhistoire du monde. Les combats de gladiateurs sont interdits. Cette interdiction reste, il est vrai, à Tétat de lettre morte dans Tempire en général, et il faudra trois quarts de siècle avant que cette horrible excroissance de la civilisation romaine disparaisse réellement. Mais, du moins, dans la nouvelle capitale de l'empire, il n'y aura pas d'amphithéâtre. La crucifixion n'est plus infligée; l'infanticide et le vol d'enfants sont réprimés; l'émancipation des esclaves, même, est encouragée. Il ne devra plus y avoir des sacrifices officiels aux dieux, plus de rites païens obscènes, plus de divination secrète \ Constantin prescrit en outre la célébration du premier jour de la semaine dans l'empire entier. On ne devra, ce jour-là, traiter aucune affaire, exercer aucun négoce, aucune industrie. Il fait composer pour l'armée une formule de prière à l'Être suprême, et, tous les dimanches, les soldats chrétiens ou païens devront la dire ^

Mais, dès que Constantin commença à faire des distinctions en faveur des chrétiens et à leur réserver ce qui était le bien commun de tous, dès qu'il fit profession de se mettre à leur tête, il dépassa ses droits de chef de l'Etat et s'arrogea une prérogative qui n'appar-

1. Voy. Vie de Constantin, liv. III, chap. lii-lvi. — II y raconte la destruction du temple et du bois dédiés à Vénus sur le mont Liban, de son autel à Héliopolis (auj. Baalbek, en Cœlé-Syrie) et de Tun des temples d'Esculape.

2. Vie de Constantin, liv. IV^ chap. xx. Voici cette prière : <( Nous te reconnaissons, ô Dieu, comme le seul Dieu: nous avouons que tu es notre Roi, et nous invoquons ton aide. Par toi, nous avons obtenu des victoires; par toi, nous avons triomphé de nos ennemis; à toi, nous devons notre bonheur présent, et nous espérons que tu voudras bien nous bénir encore de la même manière. Nous te supplions tous humblement de protéger notre très gracieux et victorieux empereur Constantin et tous ses enfants. »

tenait qu'à Christ. Citons comme exemples d'actes de ce genre la dotation d'églises chrétiennes au moyen de confiscations faites aux temples païens ou de fonds appartenant aux municipalités, le don à l'Église et au clergé d'une partie du blé et autres redevances en nature levées par les officiers du fisc, ou encore le don d'une partie des tributs prélevés sur les peuples vaincus, enfin l'exemption des membres du clergé de toute fonction civile. Il se proposait même d'affranchir les biens ecclésiastiques de tout impôt. Mais cette loi fut abrogée plus tard. Deux autres mesures, non moins révolutionnaires, furent fécondes en résultats fâcheux. La première fut la permission donnée aux parties en litige de porter leurs procès devant les évêques et non devant les tribunaux civils, et l'ordre donné aux gouverneurs et aux autorités militaires de faire observer les décisions épiscopales ; la seconde, le droit accordé au clergé d'accepter des legs et de posséder des biens-fonds. « L'empereur eût-il donné au clergé deux provinces, fait remarquer Milman, c'est à peine si ce don eût équivalu à ce que cette autorisation devait produire. Ce sera désormais presque un péché de mourir sans faire quelque legs pieux, et un siècle ne se passera pas sans que la loi doive intervenir pour réprimer la prodigalité des chrétiens fervents, tant la richesse du clergé sera devenue énorme ^ » Les conséquences de ces dispositions furent aussi mauvaises qu'on pouvait le craindre, et plusieurs personnes riches sollicitèrent l'ordination, pour jouir des immunités et des privilèges attachés aux fonctions sacerdotales. L'em-

1. Milman, III, 273, 274. — Sozomène, H. E., liv. I, chap. viii et ïx; liv. Y, chap. v. — Robertson, Hist. of the Church, I, 182, 183; Bingham, Antiq. of the Church, liv. V, chap. m.

pereur s'alarma; il comprit que des mesures nouvelles devaient être prises pour sauvegarder les intérêts de rÉtat. Il interdit l'entrée dans les ordres à tous ceux que leur situation qualifiait pour remplir des fonctions municipales, ou autres du même genre, et — par un nouvel abus d'autorité — priva de leurs dignités ecclésiastiques tous ceux qui avaient eu recours à ce moyen d'éviter raccomplissement de leurs devoirs civiques K

Quant à l'ingérence de Constantin dans les affaires ecclésiastiques proprement dites, elle se manifeste dès l'an 313. La province de Numidie étant plongée dans une détresse extrême par suite des déprédations de Maxence, Constantin envoie une somme supérieure à 50 000 francs destinée au soulagement des « catholiques », c'est-à-dire des partisans de l'évêque C^Bcilius ; mais il ordonne en même temps de n'y point faire participer ceux que Caecilius considérait comme hérétiques ^ Ceci nous amène à parler des Donatistes.

L'origine du Donatisme remonte à la persécution de Dioclétien. Il semble être né d'un esprit de parti et de schisme. Mais ce n'est là, toutefois, que la cause accidentelle de sa naissance. Le désir de voir renaître dans les usages, la discipline et la doctrine de l'Église, la pureté des anciens jours, était ardent chez plusieurs, et il n'attendait qu'une occasion pour se manifester. Les Donatistes eurent le grand tort d'invoquer l'aide de l'empereur. Mais plus tard, lorsqu'ils comprirent plus clairement le vrai caractère et la vraie position de

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