Voir ci-dessus, p
La Numidie devint le principal foyer du mécontentement. Secundus, de Tigisis, vint à Garthage, avec soixante-dix évêques, et somma Gécilien de comparaître devant eux. Il s'appuyait sur la nullité de son ordination, pour la cause déjà indiquée, ajoutant qu'elle était irrégulière, en tout cas, puisqu'elle aurait dû avoir lieu en présence des évêques de Numidie et par les mains de leur primat. D'autres accusations encore étaient portées contre lui. Gécilien refusa de comparaître devant des juges aussi prévenus, mais il offrit, si sa consécration était vraiment sans valeur, de se faire consacrer de nouveau par eux. « Qu'il vienne donc recevoir de nous l'imposition des mains, se serait alors écrié Purpurins, et nous lui briserons ensuite la tête pour son châtiment! » Les évêques de Numidie excommunièrent Gécilien et nommèrent évêque de Garthage à sa place un lecteur nommé Majorinus, appartenant à la maison de Lucilla K Gette décision provoqua une scission dans l'Église du nord de l'Afrique, désormais divisée en deux camps hostiles : Gécilien et ses adhérents; Majorinus, ou plutôt Donatus, évêque de Gasae Nigrae, devenu chef du parti, et les siens ^
Gécilien avait été reconnu évêque de Garthage par l'empereur; aussi les Donatistes en appelèrent-ils à leur tour à l'empereur. Sur cet appel, d'une grande importance historique, quelques détails nous ont été conservés. Les appelants remirent entre les mains du pro-
1. Robertson, I, 190, 191. — Dict. Christ. Biog., art. Lucilla. On dit que Lucilla obtint la nomination de Majorinus en subornant les évêques de Numidie.
2. Casse Nigrœ^ les Cabanes Noires. Il s'agit sans doute du siège épiscopal d'un diocèse missionnaire situé sur l'extrême limite du monde civilisé.
consul Anulinus un paquet de papiers scellés, enfermés dans un sac de cuir, et sur lequel ils avaient écrit : « Décision de l'Église catholique, présentée par ceux qui sont en communion avec Majorinus, établissant les crimes de Gécilien. » Avec le paquet se trouvait une pétition, dont voici les dernières lignes : « Nous nous adressons à vous, très excellent prince, parce que vous êtes d'une famille illustre par son équité, et le fils d'un père qui ne nous a point persécutés comme le faisaient les autres empereurs, ses collègues. Puis donc que le pays des Gaules n'est pas tombé dans le péché de livrer les saintes Écritures, et puisqu'il y a des dissensions entre nous et les autres prélats africains, nous supplions votre Piété de soumettre notre différend à des juges choisis en Gaule \ »
Si l'on excepte le cas de Paul de Samosate, où les évêques invoquèrent l'aide d'Aurélien, pour forcer cet arrogant prélat à laisser la place libre à son successeur % c'est la première fois que l'Église demande Taide de l'État pour le règlement de ses affaires intérieures. Précédent fatal! début d'une alliance impie, où l'Église devait être le plus cruellement lésée!
Constantin, d'abord mécontent de cet appel à son intervention, ne tarda pas à accepter la situation qui lui était faite par les schismatiques et se constitua juge entre les partis rivaux. Il était à ce moment-là sous l'influence d'un homme qui occupa longtemps une haute position dans l'Église occidentale, Osius, évêque de Gordoue, en Espagne K Gonstantin semble même