Néander, II
l'église primitive 367 traire, ne mettaient en relief que sa divinité, et, négligeant son humanité, ils ne voulaient voir dans son apparence humaine qu'un voile temporaire, amovible, rendu nécessaire pour permettre la manifestation de Dieu dans Thumanité. C'étaient les Patripassiens, — ceux qui croient que le Père a souffert sur la croix, — parmi lesquels on doit distinguer principalement Praxéas et, plus tard, Sabellius. Pour ce dernier, par exemple, les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit ne sont employés que pour désigner trois différentes manifestations ou aspects d'un seul et même Être divin ^
Sous le règne de Constantin, ces spéculations théologiques entrèrent dans une nouvelle phase. Elles en vinrent à susciter, ainsi qu'on va le voir, un schisme qui partagea l'Église en deux, et eut une considérable inlluence sur le monde entier.
Arius, prêtre d'Alexandrie, était né en Lybie. Il avait étudié à Antioche sous Lucien, mort martyr pendant la persécution de Maximin Daza. Parmi ses anciens compagnons d'étude, Arius devait trouver plusieurs de ses adeptes les plus zélés. La controverse arienne commença vers Fan 318. Un jour Alexandre, évêque d'Alexandrie, prêchait sur la Trinité. Arius était présent. Il accusa l'évêque d'avoir soutenu les idées de Sabellius, et soutint, contrairement aux enseignements d'Alexandre,
1, Néander, II, 291-293. « Pour expliquer son système, Sabellius employait des comparaisons quelque peu bizarres, qui nous sont rapportées par Épiphane, celle du soleil, par exemple, qui n'est qu'une seule hypostase et a cependant trois modes d'être on d'agir, son action illuminatrice, son action calorique et sa forme ronde. » Chastel, Hist. du Christianisme, I, 410. Cf. Robertson, I, 83, 86. Il se servait aussi de l'homme, corps, âme et esprit, comme terme de comparaison. — Dupin (I, 152, tr. angl.) nous informe que le Fils de Dieu était rarement mentionné dans quelques-unes des églises sabelliennes.
que îe Fils de Dieu n'avait pas existé de toute éternité. Pendant quelque temps, l'évêque essaya de le convaincre de son erreur. Mais enfin, se voyant exposé lui-même à la censure pour avoir toléré un prêtre hérétique, dont les vues gagnaient rapidement du terrain dans les Églises, il convoqua (321) un synode de cent évêques égyptiens et lybiens, qui déposa et excommunia Arius. L'opinion hérétique qui lui était reprochée est indiquée en ces termes dans une lettre circulaire envoyée par Alexandre en même temps que la décision du synode : « Ces apostats affirment, dit-il, que Dieu n'a pas toujours été Dieu le Père, mais qu'il y a eu un temps où il n'était pas Père; que le Verbe de Dieu n'a pas existé de toute éternité, mais qu'il a été créé de rien \ » Ces paroles de l'évêque semblent être confirmées en substance par Arius lui-même, lorsqu'il dit : « Nous disons et nous croyons que le Fils n'est point non engendré, ni partie d'un être non engendré, ni de quoi que ce soit d'existant, mais que, par sa propre volonté et son propre conseil, il a subsisté avant les temps et les âges, [en qualité de] Dieu parfait, Fils unique, immuable, et qu'avant d'être engendré, ou créé, ou constitué, il n'existait point, car il n'était point non engendré. Nous sommes persécutés parce que nous disons que le Fils a eu un commencement, alors que Dieu n'en a pas eu ^ »