Jean, VI
qu'alors, comme aujourd'hui, un nombre considérable de fidèles ignoraient ce que signifiaient les mots : nouvelle naissance; probable aussi que parmi les adhésions si abondantes, qui se manifestaient dans les périodes de calme, bien des conversions naissaient de motifs d'ordre inférieur, comme l'exemple, les liens de famille, le désir de profiter de la libéralité bien connue des chrétiens, et autres du même genre. De tels convertis apportaient avec eux leurs idées et leurs habitudes païennes et, surtout, un goût prononcé pour les cérémonies et le faste.
Malheureusement si le besoin d'un enseignement vraiment spirituel allait en augmentant, la source en était à peu près tarie, et l'on voit des hommes de l'intelligence la plus puissante, de l'expérience chrétienne la plus profonde, obligés de céder au courant et se perdant dans des puérilités. Écoutons, par exemple, Origène : « Quand vous assistez aux saints mystères et recevez le corps de Christ, dit-il, vous ne sauriez être trop attentif et trop respectueux. Il ne faut pas que la moindre parcelle des espèces consacrées tombe à terre et soit perdue. Si pareille chose arrivait par suite de votre inattention, à bon droit vous estimeriez- vous coupables K » Dans les canons de l'Église égyptienne ou copte (qui, d'après Bunsen, seraient de la même époque), il est dit que le fidèle doit être à jeun pour pouvoir participer à l'eucharistie, et que des précautions doivent être prises « pour qu'aucun incrédule, aucune souris ou aucun autre animal n'en mange; car c'est le corps de Christ et il ne doit point être méprisé. » Quant à la coupe, « ne la renversez pas, est-il dit, de peur qu'un
1. Homélies sur l'Exode; 13« hom., citée dans Coleman, Christian Antiq., chap. xvi, § 4.
esprit étranger n'en lèche le contenu, et qu'ainsi la colère de Dieu ne s'enflamme contre celui qui se rendrait de cette manière coupable du sang de Christ K »
La notion anti-scripturaire de sacrifice dans la communion du pain et du vin avait déjà fait son apparition dans Justin-Martyr et dans Irénée ^ Les écrits de Gyprien nous la montrent arrivée à maturité. « Le prêtre, dit-il, imite l'acte que Christ a accompli et il offre à Dieu le Père, dans l'Église, un vrai et complet sacrifice ^ » Sa crédulité relativement aux effets miraculeux, dans certains cas donnés, des espèces consacrées, n'est pas moins étonnante que sa prétention d'anathématiser ceux qui ne sont pas aussi crédules que lui \
Getle idée de sacrifice se répand rapidement et inspire le langage de presque tous les écrivains ecclésiastiques à partir de la fin du iiP siècle. Autant en fait son corollaire naturel, c'est-à-dire, l'idée que l'absence de communion équivaut à la perte du salut. « De même qu'il est manifeste que ceux qui reçoivent l'eucharistie jouissent de la vraie vie, dit Cyprien, de même avonsnous tout lieu de craindre que ceux qui se tiennent loin de la communion et se séparent ainsi du corps de Christ, ne restent éloignés du salut. » Et pour appuyer
1. Liv. II, Canons LVII-LX. D'après Bunsen, lUppolytus and his Age, il, 63.