‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 284 sur 324 · Dict. Christ. Antiq., I · texte numérisé non relu

Dict. Christ. Antiq., I

2. Parker, Archaeology of Rome, Catacombs, préface, p. xi, xii. Telle

Parmi les sujets bibliques, aucun n'a obtenu plus de faveur que celui de personnes groupées autour d'une table. On y a vu tantôt une agape, tantôt la Gène, tantôt un repas funèbre, tantôt, entîn, les sept disciples réunis au bord du lac de Tibériade (Jean, xxi, 2). Cette dernière hypothèse peut s'appuyer sur ce fait, que les personnes réunies sont souvent au nombre de sept. Mais elle se justifie difficilement si l'on songe, d'un côté à l'absence du Christ, de l'autre au peu de ressemblance entre le repas des disciples au bord du lac, et celui que représentent les peintures. Une autre opinion, encore, veut que ce soient les sept diacres. Nous pencherions plutôt pour le repas funèbre. Il était d'usage, chez les anciens Romains, de célébrer une fête le jour de l'enterrement et le jour de son anniversaire \ La foi nouvelle ne supprima pas, dans bien des cas, les usages sociaux en vigueur; elle se borna à leur donner un sens nouveau et une vie nouvelle. Nous avons vu, par exemple, combien la célébration des anniversaires d'amis défunts ou de martyrs occupaient de place dans les pensées des premiers chrétiens.

Quoi qu'il en soit, du reste, du sens de cette peinture, un fait est positif : c'est qu'elle rappelle d'une manière frappante certaines scènes de la vie sociale retrouvées depuis sur les murs de Pompéi. Le lecteur

n'est pas l'opinion de de Rossi et de Northcote et Brownlow, ses. éditeurs anglais. Ils assignent à plusieurs des fresques une date bien plus ancienne. On peut rappeler ici qu'à côté de l'une des inscriptions dont la photographie se trouve au chapitre xv, ci-dessus (Planche C, fi g. 7, iii« ou iv* siècle), se trouvent les têtes de Pierre et de Paul.

1. Il est encore d'usage à Rome de s'assembler près de la tombe des membres décédés de la famille, à l'anniversaire de leur mort, et d'avoir une fête de famille à cette occasion. Parker, Catacomhs^ 195.

pourra en juger par les spécimens que nous en donnons; mais, en même temps, il verra qu'à côté de grandes et frappantes conformités, il y a d'évidentes et tangibles différences : ainsi les ornements qui encadrent la table; ainsi encore les vêtements et l'apparence des convives K

La gravure ci-dessous représente une scène quelque

peu différente. Trois hommes sont couchés autour d'une table; devant eux est un trépied sur lequel on voit un grand poisson entouré d'autres aliments. A chaque extrémité du triclinium est une femme; entre l'une d'elles et le trépied, un vase; entre le trépied et l'autre, un garçon tenant une coupe. Au-dessus de la tête de Fun des convives on lit : Irène da calda, Irène

1. Cette même scène, sous sa forme chrétienne, est répétée, avec quelques légères différences, dans t)'ois ou quatre chambres successives de la Catacombe de Calixte. Northcote et Brownlow, Roma Sotierranea,. Il» partie, p. 67.

{ou Paix) donne-moi [de l'eau] chaude; au-dessus de •celle d'un second : Agape mises mi, Agape (ou Amour) MÉLANGE [du vin] POUR MOI \ Ges parolcs semblent être adressées aux deux femmes, dont les noms sont probablement symboliques. Sur le bord supérieur du tableau, sont inscrits quatre noms propres; au-dessous, un cinquième. Au bord de gauche, les lettres m, qui forment avec les lettres lete, au bord opposé, le mot valete (Adieu), permettent de supposer que le tableau représente un repas funèbre ^

L'idée d'orner de sculptures les tombeaux des chrétiens riches ne se manifesta qu'au iv^ siècle. A cette époque, leurs sarcophages commencèrent à être ornés de scènes de l'Écriture finement gravées, ou parfois reproduites en un hardi relief. Plus tard, à mesure que s'affirmait plus énergiquement le désir des distinctions personnelles, on grava sur leurs tombes les portraits des défunts. De très bonne heure, un goût spécial et de pure convention se fit jour dans la manière de traiter les sujets bibliques. Souvent l'artiste ne faisait aucun effort pour copier la nature. Il lui suffisait de suggérer au spectateur la forme ou l'idée qu'il vou-

1. La coutume de mêler l'eau et le vin était presque universelle chez les anciens.

2. Parker, Catacomhs, 195-198. Notre gravure sur bois est reproduite d'après une photographie de Parker, prise au magnésium, et une gravure des Sculture et Pitture Sagre de la Roma Sotterranea (II, pl. CXXVII) d'Aringhi, exécutée il y a cent cinquante ans, lorsque la fresque était en meilleur état qu'aujourd'hui. La partie marquée en lignes pointillées a entièrement disparu. Nos lettres sont bien plus marquées qu'elles ne le sont en réalité sur la photographie ou la gravure. Parmi les photographies de Parker, s'en trouve une autre d'une fresque très semblable à celle-ci, sauf qu'il y a en plus deux enfants parmi les convives. Les mots écrits au-dessus des figures sont : Agape misce nobis, Agape [ou Amouk] imélainge [du vin] pour nous; et Irène porge calda, Irène [ou Paix] passe-nous [l'eau] chaude.

lait exprimer. Les proportions et même les possibilités étaient parfois si entièrement méconnues, qu'il faut toute la gravité du sujet et toute la vénération que l'antiquité inspire, pour ne pas trouver ces productions parfaitement grotesques K

Nous donnons dans les planches suivantes quelques spécimens de la manière de penser et de travailler des chrétiens au iv*' et au siècle.

Planche I. Ce célèbre sarcophage de marbre blanc se trouve clans ia crypte de Saint-Pierre, au Vatican. L'obscurité y étant complète, la photographie a été prise au magnésium. Le défunt était certainement dans une position élevée, et il paraît avoir joui d'une grande fortune. Voici l'inscription : Ivn Bassvs vc qvi vixit annU xlii men ii in ipsa praefectvra urhi neofitvs lit ad Devm viii kal sept Evsebioet Ypatiocoss. Junius Bassus, qui a vécu quarante-deux ans eï

DEUX MOIS, EST ALLÉ A DlEU l'aNNÉE MÊME OU IL ÉTAIT PREFET DE LA VILLE, NÉOPHYTE, LE 25 AOUT, SOUS LE CONSULAT d'EuSÈBE ET d'HyPA-

Tius. 11 avait été cinq fois consul et mourut en 359.

Les sujets représentés dans la partie supérieure sont : le sacrifice d'Isaac, l'arrestation de Pierre, Christ donnant un rouleau à Pierre et à Paul après son ascension. Christ dans le jardin, et enfin Christ devant Pilate, qui va se laver les mains; au-dessous, Job sur son fumier avec un de ses amis et sa femme qui tient un mouchoir à son nez (Job, xix, 1 7) ; la tentation d'Adam et d'Ève, l'entrée de Christ à Jérusalem, Daniel dans la fosse aux lions, l'arrestation de Paul. Entre les arches de la partie inférieure et au-dessus des chapiteaux, on voit l'agneau emblématique, occupé à divers actes mystiques

Planche IL Au-dessus, sur le couvercle du sarcophage, les mages apportent des présents. Au-dessous, Elle va être enlevé au ciel sur le chariot et laisse son manteau à Elisée. On voit encore deux des enfants qui se moquaient et un des ours ^.

1. Maitland pense que les images de l'Arche de Noé sont reproduites d'après une médaille de Deucalion et Pyrrha, frappée à Apamée, sous le règne de Septime Sévère. C'est ainsi que la famille du patriarche fut réduite à une seule personne et l'arche à une simple boîte. Ce type une fois consacré par l'usage fut toujours servilement reproduit depuis, Church in the Catacomhs^ 251, 252.

2. Northcote et Brownlow, Roma Sotter., 312, 313; Parker, Sculpture among the Greeks and Romans, 47, 48.

3. Ce sarcophage et les autres sont dans le Musée chrétien de Saint- Jean de Latran.

Planche IIF. Les figures, parfaitement gravées en relief, sont placées sous une colonnade dont les colonnes sont enrichies de branches feuillues tournant en spirale et de chapiteaux très finement sculptés. Au milieu, Christ ressuscité ^ donne un rouleau à Pierre et aux disciples qui l'entourent. A gauche, la main étendue de Dieu arrêtant le sacrifice d'isaac. Entre les trois dernières colonnettes de droite, Christ devant Pilate, celui-ci se lavant les mains. Un serviteur verse l'eau 2.

Planche IV. Sur le petit sarcophage, on voit le manuscrit des deux Testaments et une Cène. Les principaux sujets sculptés représentent Christ portant sa croix, couronné d'épines par un soldat, et amené devant Pilate, qui va se laver les mains. Le compartiment central représente le Labarum de Constantin, entouré par la couronne de l'immortalité et soutenu par une croix. Sur les bras de cette croix deux colombes; au-dessous deux soldats, l'un éveillé, l'autre endormi. Ce sont les deux gardes chargés chaque jour de veiller sur l'étendard ^.

Planche V. Ce vase se trouve dans le musée Kircher.

Planche YL En haut, à gauche, la Création, par le Père, le Fils et le Saint-Esprit unis; la tentation d'Adam et d'Ève, auxquels le Seigneur donne des peaux de bêtes pour se couvrir. A droite, l'eau changée en vin ; le miracle des pains et des poissons ; la résurrection de Lazare. Au milieu, les bustes des défunts. Au-dessous, fadoration des mages; Christ rendant la vue à un aveugle; Daniel dans la fosse aux lions; Pierre guérissant les malades; le reniement de Pierre (le coq est au-dessous); son arrestation; enfin, Pierre, sous la figure de Moïse, frappant le rocher.

Planche VIL Le sujet principal est l'histoire de Jonas. De plus, ii y a la résurrection de Lazare; Pierre, frappant le rocher comme Moïse; Pierre arrêté; Pierre péchant; Noé près de farche et entre deux animaux '*.

Bien que le genre de ces sculptures soit de pure convention, les figures ne manquent ni de simplicité ni de naturel, et elles n'ont rien de la raideur solennelle des

1. Christ est représenté ici comme dans la planche I, sauf qu'ici la figure placée au-dessous du voile sur lequel notre Seigneur appuie ses pieds n'est plus celle d'un homme âgé et portant une longue barbe, mais celle d'une personne jeune. Dans les deux cas, on pense que les sculpteurs chrétiens ont voulu représenter le classique Uranus (le ciel).

Page 1