Maitland, Church in the Catacombs
carême K La fête de Pentecôte avait été instituée en commémoration de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. Gomme elle avait lieu cinquante jours après celui de la résurrection, ces cinquante jours devinrent des jours de fête, durant lesquels on priait debout. Les baptêmes se célébraient à la Pentecôte, à Pâques et le jour de TÉpiphanie, La fête de l'Épiphanie (manifestation) semble avoir été instituée par des judéo-chrétiens en l'honneur du baptême du Seigneur et avoir passé, au iv'' siècle, d'Orient en Occident. C'est aussi vers le milieu du iv^ siècle qu'on rencontre la première mention d'une fête de l'Ascension. Enfin, vers cette même époque, la fête de Noël commence à être célébrée à Rome, d'où elle passe en Orient. En 386 ou environ, Chrysostome, évêque de Gonstantinople, écrit : « Il y a dix ans à peine que nous avons entendu parler pour la première fois de ce jour [de fête]; il nous vient d'Occident, où on l'observait déjà \ »
On a beaucoup écrit sur les raisons qui amenèrent l'Église de Rome à célébrer pour la première fois la fête de Noël, comme aussi sur les motifs de sa fixation ultérieure et définitive au 25 décembre. Si Ton ne sait, en effet, rien de certain relativement à la date de la naissance du Christ, on peut cependant affirmer avec confiance qu'elle n'eut pas lieu aux environs immédiats du solstice d'hiver. Nous don-
1. Ou encore parce qu'on supposait que Notre Seigneur avait passé quarante heures dans son tombeau.
2. Chrysostome, Hotnélie sur la Nativité. — Clément d'Alexandrie parle de fidèles de son temps qui avaient « calculé non-seulement l'année, mais même le jour de la naissance de notre Sauveur, » et « des sectateurs de Basilides [docteur gnostiqne contemporain d'Adrien] qui observaient et fêtaient le jour de son baptême. » Clém. d'Alex., Stromates, I, chap. xxi; Néander, I, 413-418.
nerons sur ces questions l'opinion exprimée, non sans réserves, par Néander. « Précisément à cette époque de l'année (solstice d'hiver), les païens célébraient de nombreuses fêtes, et leur célébration était intimement liée à toute leur vie civile et sociale. Les chrétiens se trouvaient donc obligés de renoncer de ce chef à beau- ,coup d'habitudes communes et de rester en dehors de beaucoup de solennités. D'un autre côté, il était fort aisé de donner, grâce à quelques légers changements^ un sens spirituel et chrétien à ces fêtes. Tout d'abord, par exemple, on célébrait les Saturnales, qui rappelaient les temps heureux de l'âge d'or et effaçaient pour un temps les distinctions entre l'homme libre et l'esclave. Quoi de plus simple, que de leur donner une portée chrétienne? Le rétablissement de la communion de l'homme avec Dieu n'avait-il pas ramené le vrai âge d'or, n'avait-il pas restauré la vraie égalité et la vraie liberté? Les païens avaient encore l'habitude d'offrir des présents {strenae, étrennes) à cette époque de l'année; les chrétiens en firent autant à l'occasion des fêtes de Noël. Les Saturnales se terminaient par la fête des enfants. Noël n'était-il pas la vraie fête des enfants chrétiens? Enfin venait, au jour le plus court de l'année, la fête de la naissance nouvelle du soleil, se rapprochant une fois de plus de la terre. La comparaison entre le soleil du monde matériel et Christ, soleil du monde spirituel, ne fournissait-elle pas une inévitable transition du point de vue païen au point de vue chrétien? Ainsi, à toutes ces fêtes païennes, on pouvait substituer une grande fête chrétienne, s'adaptant merveilleusement bien aux circonstances et aux sentiments de tous. On transporta, dès lors, au 25 décembre, la célébration de Noël, afin
d'empêcher toute participation des chrétiens aux fêtes païennes, et de détacher graduellement les païens euxmêmes de leurs pratiques idolâtres ^ »
Rien ne montre mieux combien les esprits des hommes les plus sages étaient alors partagés entre les influences contradictoires des habitudes acquises et de la vérité, que la réponse d'Origène au reproche que Celse adresse aux chrétiens, de ne pas prendre part aux fêtes païennes. Il cite d'abord cette parole de Thucydide : « Observer une fête, c est accomplir un devoir, » et il ajoute : « Il célèbre vraiment une fête, celui qui remplit ses devoirs, prie sans cesse et offre sans cesse à Dieu, dans sa prière, des sacrifices non sanglants. C'est une belle parole que celle de Paul : Vous observez les jours, les mois, les temps et les années ! Je crains d'avoir inutilement travaillé pour vous.... Si l'on objecte, continue-t-il, que nous, chrétiens, observons certains jours, comme le jour du Seigneur, celui de la Préparation, de la Pàque, de la Pentecôte, je réponds que le vrai chrétien, qui sert vraiment Dieu le Verbe en pensée, en parole et en acte, observe un perpétuel jour du Seigneur; je réponds que celui qui se prépare sans cesse pour la vraie vie, et s'abstient de tous les plaisirs qui en détournent tant de gens, observe constamment le jour de la Préparation ; que celui qui se rend compte que Christ, notre Pâque, a été immolé pour nous €t qu'il a pour devoir de participer à la chair du Verbe, ne cesse pas de célébrer la Pâque; que celui, enfin, qui peut dire en toute sincérité : nous sommes ressuscitês avec Christ, pour être avec lui dans les de-
i. Eist. EccL, m, 440-443.
l'église primitive 4G1
meures éternelles, vit dans une constante Pentecôte. »
Mais à peine Origène a-t-il donné ce commentaire de la « belle » parole de Paul, qu'il change de style et met en avant une maxime si étrangère au Nouveau Testament, qu'il cherche à, l'appuyer sur l'Ancien. « Néanmoins, dit-il, la grande majorité des fidèles n'appartient pas à cette catégorie élevée. Au contraire, soit qu'ils ne puissent ou ne veuillent pas observer les jours de cette manière, ils ont besoin de moyens plus matériels d'em pêcher les choses spirituelles de sortir complètement de leurs esprits. Il serait trop long de montrer pourquoi la loi de Dieu exige que nous observions ces jours de féte en mangeant le pain de Taffliction ou le levain d'herbes amères ; ou encore pourquoi la loi dit que nous devons humilier nos âmes, et autres expressions analogues... » C'est ainsi qu'Origène et les docteurs de son temps mêlaient les préceptes de la Loi à ceux de l'Évangile \
. L'historien de l'Église^ Socrate le Scholastique avait plus de lumières. Bien qu'écrivant au v'' siècle, il montre sur ce point une rare liberté de pensée. Voici ce qu'il dit, par exemple, au sujet de la controverse pascale : On a complètement perdu de vue ce fait que lorsque la religion chrétienne remplaça l'économie judaïque, l'obligation d'observer la loi de Moïse et ses cérémonies typiques disparut. Dans son épître aux Galates, l'apôtre
1. Contre Celse, liv. VUI, chap, xxi-xxiii. Il est à peine nécessaire de dire que l'observance du premier jour de la semaine provient de causes entièrement différentes. Le jour hebdomadaire de repos est d'institution divine, datant de la création. Dieu bénit et sanctifia le septième jour parce que dans ce jour il se reposa de toute l'œuvre qu'il avait faite. L'Église primitive resta fidèle à l'institution; seulement, à cause et en souvenir de la résurrection, le premier jour de la semaine fut substitué au septième.
montre que les Juifs étaient esclaves, mais que les chrétiens sont appelés à la liberté des enfants de Dieu; il les exhorte, en conséquence, à ne pas s'occuper des jours, des mois et des années \ Dans son épître aux Golossiens, il dit positivement que ces observances n'étaient que l'ombre des choses à venir. « Que personne donc, dit-il, ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune ou des sabbats : c'était l'ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ » Les hommes aiment les jours de fête parce qu'ils amènent une cessation de travail. C'est à cause de cela que chacun, à l'endroit où il se trouvait, et suivant la coutume dominante, a célébré la mémoire de la Passion salutaire. Mais le Seigneur et les apôtres ne nous ont point ordonné d'observer cette fête ^ Les apôtres ne s'occupaient pas d'instituer des fêtes; ils s'occupaient de provoquer chez les chrétiens une vie pieuse et à l'abri du blâme. Il en a été de la fête de Pâques comme de tant d'autres choses qui sont devenues usuelles en divers lieux : telle coutume particulière en a amené l'observation. En tous cas, comme je l'ai dit, aucun des apôtres n'a prescrit quoi que ce soit à cet égard ^. »
Éducation. — On ne trouve pas grand'chose sur ce point dans la littérature antérieure au concile de Nicée. Les Constitutions Aposto tiques contiennent un intéressant résumé de l'enseignement religieux donné aux candidats au baptême. « Que le catéchumène soit ins-