ANTOINE LES MOINES ET LES NONNES
Pendant la période où nous sommes, l'état de célibat et l'ascétisme sont de plas en plus en honneur. Il semble, et nous ne le disons pas sans tristesse, que lorsque les martyres cessèrent, le désir de se distinguer et de gagner le ciel par les œuvres et non par la foi, leur ait substitué le vœu de célibat. Presque tous les docteurs de l'Église s'accordent pour l'exalter K Tandis que la persécution sévissait encore, Origène prédisait une
i. Les Homélies Clémentines font exception. « Que les prêtres, y est-il dit, prêchent le mariage, non-seulement aux jeunes gens, mais à ceux aussi qui sont plus avancés en âge... Que tous, pour sauvegarder la chasteté, se hâtent de se marier. » Hom., III, chap. lxvhi. Mais cet ouvrage, si l'opinion généralement admise sur sa date est correcte, appartient à peine à notre période. C'est une série d'ouvrages, comprenant les Récognitions de Clément, et qu'on prétend avoir été écrits par Clément de Rome. Ils contiennent des discours de l'apôtre Pierre, et le détail des circonstances qui amenèrent l'auteur à devenir le compagnon de voyage de cet apôtre. On y trouve, en outre, d'autres détails sur sa vie. En somme, c'est une espèce de roman, moitié religieux, moitié philosophique, dessiné d'après iavie réelle. Son auteur et les doctrines qu'il contient ont donné lieu à de nombreuses et vives discussions, et l'opinion générale est que ce recueil a été composé vers la fin du 11^ siècle, ou vers le commencement du m". Dict. Christ. Biog., art. Clémentine Littérature, I, 567. Introduction aux Récognitions dans l'A.-N. C. L. — Néander, I, p. 44, 488, 489.
gloire exceptionnelle, dans le monde à venir, à ceux qui auraient choisi la vie de célibat K Gyprien, de son côté, élève jusqu'aux nues le mérite de la virginité, tout en se voyant forcé de déplorer certaines des conséquences désastreuses qu'il lui voyait produire ^ Voici, par exemple, comment il pervertit le sens de la parabole du semeur dans son traité de la Conduite des Vierges. « Le grain, qui en rapporte cent, désigne les martyrs; celui qui en rapporte soixante, c'est vous ^ » Et dans le cas où une vierge serait martyre, il pense qu'il faut ajouter les cent aux soixante, car la couronne céleste en est rendue doublement glorieuse \ Jérôme, qui écrit lorsque les martyres ont cessé, conserve cette même interprétation. « Le grain qui en rapporte trente, dit-il, désigne l'état de mariage; celui qui en rapporte soixante, le veuvage sérieux; celui qui en rapporte cent, est la couronne de la virginité ^ »
Méthodius, évêque et martyr du commencement du iv^ siècle, a laissé un long traité ou dialogue, composé à l'imitation du Banquet de Platon et intitulé : Le Banquet des dix vierges. Les interlocuteurs y rivalisent à qui fera le plus pompeux éloge de l'état de virginité.
Mais si ce genre de vie paraissait si désirable aux chrétiens en général, à plus forte raison le trouvait-on tel, sinon absolument nécessaire, pour le clergé. Sans doute, jusqu'alors, on n'avait pas considéré le mariage comme un empêchement dirimant à l'accomplissement des fonctions ecclésiastiques ; mais, dès longtemps déjà,