CHAPITRE XVIII
DIFFUSION CROISSANTE DE l'éVANGILE EN ARMÉNIE, EN
ABYSSINIE, DANS LA GRANDE-BRETAGNE l'éGLISE
DEVIENT DE PLUS EN PLUS MONDAINE LES MAGIS- TRATS LA GUERRE CONCLUSION.
Pendant toute cette période, les progrès de TÉvangile sont incessants. Il est prêché dans les contrées où on ne l'avait pas encore entendu. Dans sa réponse à Gelse, écrite vers le milieu du iii° siècle, Origène parle de nombreux évangélistes itinérants, qui traversent les villes et les villages des différentes provinces de l'empire, en répandant la semence de l'Évangile \
Deux pays méritent une mention particulière, pour avoir adopté à cette époque le christianisme comme religion nationale. Ce sont l'Arménie et l'Éthiopie (Abyssinie).
La bonne nouvelle avait été prêchée de bonne heure en Arménie. Jusqu'au règne de Dioctétien, les résultats
1. Liv. III, chap. ix. Sur ua point, toutefois, les progrès de l'Evangile furent subitement arrêtes. En 226, Arlaxerxès, fondateur de la dynastie des Sassanides, en Perse, rétablit l'ancienne religion de Zoroastre, pour en faire l'appui de sa domination usurpée. Milman fait remarquer que c'est peut-être le seul cas d'un réveil vraiment puissant d'une religion païenne. Hist. of Christiaiiity, II, 247.
furent fragmentaires et presque nuls. A ce moment-là, Grégoire Fllluminateur consacra sa vie à la conversion de ce peuple. Peu après l'an 300, il réussit à persuader au roi d'Arménie et à sa cour d'accepter le baptême, et ce pays devint ainsi le premier à adopter le christianisme comme religion d'État. Grégoire fonda un grand nombre d'églises et d'écoles. Telle est l'origine de l'Église arménienne. Bien que plus ou moins viciée dès le début, aussi bien dans son esprit que dans son culte, elle a conservé jusqu'à nos jours une grande prospérité extérieure, et Etchmiadzine, au nord du mont Ararat, dont Grégoire avait fait le centre ecclésiastique de l'Arménie, est encore le siège du patriarche arménien \
L'Église d'Abyssinie doit son origine à un accident providentiel. Durant le règne de Constantin, un savant grec de Tyr, nommé Mérope, entreprit un voyage scientifique. A son retour, il aborda en Éthiopie pour se procurer de l'eau fraîche. Attaqué par les belliqueux habitants du pays, il fut pillé et mis à mort en même temps que la plus grande partie de l'équipage. Seuls, deux jeunes gens, Frumentius et ^Edesius, furent épargnés. Mis en service chez le prince de la tribu, ils gagnèrent peu à peu sa confiance et son affection, ^desius devint son échanson, et Frumentius, dont l'intelligence et la sagacité frappèrent le prince, son secrétaire. Après la mort du prince, on leur confia l'éducation de son jeune successeur, et Frumentius acquit une grande influence comme ministre d'État. Cette influence, il l'exerça en faveur du christianisme. Il noua des relations