‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 31 sur 324 · JUSTIN MARTYR · texte numérisé non relu

JUSTIN MARTYR

Un des hommes les plus illustres de la « nuée de témoins » qui, sous le règne de Marc-Aurèle, scellèrent leur foi de leur sang, fut Justin, surnommé Martyr K Son père et son grand-père paraissent avoir été romains. Il était né lui-même à Néapolis (aujourd'hui Naplouse), l'ancienne Sichem. De bonne heure il s'adonna à l'étude de la philosophie. En comparant les différentes écoles fréquentées par les jeunes gens de son temps % il s'attacha de préférence à celle des Stoïciens. On se souvient que l'apôtre Paul en avait rencontré à Athènes quatrevingts ans auparavant. En conséquence, il fit choix d'un maître de cette école. Au bout de quelque temps il s'aperçut qu'il n'avait pas fait de progrès dans la connaissance qu'il désirait le plus acquérir, c'est-àdire dans la connaissance de la divinité. Gomme il s'en

1. Avant ce temps-là, on appelait martyrs tous ceux qui souffraient pour le nom de Christ. Dorénavant on appellera martyrs ceux qui mourront pour Christ; les autres seront nommés confesseurs.

2. La scène racontée ici et tirée du dialogue de Justin avec le juif Tryphon est placée par Eusèbe à Ephèse. Eusèhe, H. E,, liv. IV, .ch. xvni.

plaignait à son précepteur, celui-ci lui déclara que cette connaissance n'était pas nécessaire. Aussitôt Justin le laissa, pour s'attacher aux Péripatéticiens, disciples d'Aristote. Son nouveau maître ne le satisfit pas davantage. Il était si préoccupé de ses honoraires, que Justin ne put se persuader que la vérité fût avec lui.

« Le désir où j'étais d'être instruit de ce qui fait l'objet essentiel de la philosophie ne laissant aucun repos à mon esprit, continue Justin % je m'adressai à un pythagoricien, jouissant d une grande considération, qui n'était pas moins que l'autre plein de son mérite, et lui demandai de m'admettre au nombre de ses disciples. Sa première question fut celle-ci : Savez-vous la musique, l'astronomie, la géométrie? car, à moins de posséder ces connaissances préliminaires, vous ne croyez pas sans doute pouvoir arriver à rien de ce qui mène à la béatitude, c'est-à-dire à la contemplation de l'Être, bonté et beauté essentielles et souveraines. — Sur ma réponse que je n'en savais pas un mot, il me renvoya. J'espérais être plus heureux auprès des platoniciens. C'étaient alors les plus accrédités. J'allai trouver l'un d'entre eux qui passait pour le plus habile de cette école. Je le fréquentai assidûment, et fis d'assez rapides progrès dans la connaissance de sa doctrine. J'en étais enchanté; la contemplation des idées intellectuelles semblait me donner des ailes pour m'élever bientôt jusqu'à la plus haute sagesse; je le croyais du moins; hélas! c'était une erreur. Un jour, m'abandonnant à cette espérance, je marchais pour gagner le bord de la mer, comptant y être seul et pouvoir m'y livrer mieux à la méditation.

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