Dict. Christ. Biog., art. Albanus
Alban répond avec calme qu'il ne peut se soumettre à un tel ordre. « A quelle famille appartiens-tu? demande le juge. — Pour quelle raison t'enquiers-tu de ma famille? réplique Alban; je suis chrétien.
Le Juge. — Je te demande ton nom. Dis-le de suite.
Alban, — De mes parents je tiens le nom d'Alban. J'adore le Dieu vivant, créateur de toutes choses.
Le Juge. — Si tu veux jouir d'une longue vie, il faut que, sans tarder, tu sacrifies à nos grands dieux.
Alban. — Les dieux que vous adorez sont des démons. Ils ne peuvent rien faire en faveur de leurs adorateurs. »
A l'ouïe de ces paroles, le juge ordonne d'infliger à Alban la peine du fouet. Celui-ci la subit avec patience et même avec joie, et le juge, voyant son inébranlable résolution, le condamne à être décapité. Pour arriver au lieu du supplice, il fallait traverser un pont. Il était si encombré de monde au moment où Alban devait passer, que les gardes eurent toutes les peines du monde à s'ouvrir un passage. Le lieu même du supplice était une colline peu élevée, surmontée d'un petit plateau et couverte de Heurs. Le soldat qui devait servir de bourreau fut si ému de la fermeté et de la joie d'Alban, que, jetant son glaive, il tomba aux pieds du mart3T, le priant de lui permettre de souffrir avec lui. On les décapita tous deux; plus tard la ville deVérulam reçut, en souvenir de ces événements, le nom de Saint-Alban K
Il n'est pas possible d'indiquer avec certitude la proportion entre les chrétiens et les païens à cette époque.
1. Bède, H. E., liv. I, chap. vu. Il cite, au sujet de cet événement, Fortunatus, évêque de Poitiers, « le dernier représentant de la poésie latine en Gaule « :
Albanum egregiiim fœcunda Britania profert .
Ils étaient plus nombreux en Orient qu'en Occident, si Ton en excepte l'Afrique. Corneille, évêque de Rome, écrivant à l'époque de la persécution de Décius, en 250, nous informe qu'il y avait alors à Rome quarante-six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres et quarante-deux clercs; il y avait, en outre, cinquante-deux exorcistes, lecteurs ou portiers; enfin, plus de quinze cents veuves ou pauvres, soutenus par l'Église. De ces chiffres, on a conclu que la population chrétienne de Rome devait s'élever à cinquante mille personnes environ. Les lieux de culte étaient au nombre de quarante; mais, à l'époque de la mort de Constantin, il devait être devenu probablement bien plus considérable. Manso évalue à sept mille le nombre des congrégations répandues dans tout l'empire. A leur tête, on comptait environ dix-huit cents évêques ^ .
Les divergences entre l'Église et le monde païen s'effacent de plus en plus. — L'accroissement du nombre et de la richesse des fidèles, le baptême des enfants et le développement du sacerdotalisme ne tardèrent pas à atténuer de plus en plus les divergences entre l'Église et le monde. La ligne de démarcation entre chrétiens et païens perdit de son acuité ou, tout au moins, se maintint pour des raisons nouvelles et toutes différentes.
Les chrétiens des premiers âges se distinguaient des païens par leur genre de vie et la pureté de leur conduite. « Étant dans la chair, ils ne vivaient pas selon la chair; habitant sur la terre, ils étaient citoyens des cieux ^ » Maintenant, la différence porte sur des céré-
1. Eusèbe, //. E., liv. VI, cliap. xliii; Optât, liv. II, chap. xxxiv. Burton, p. 32S. Manso, Vie de Constantin, cité dans Cooper, Free Church, p. 356.