‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 315 sur 324 · Instructions, chap. lvii, lviii · texte numérisé non relu

Instructions, chap. lvii, lviii

l'église primitive 499 docteurs les plus éminents de la Réforme. Aussi lui valut-il les persécutions de TÉglise orthodoxe, Épiphane, par exemple, l'attaque avec une extrême violence. Il lui reproche quatre chefs principaux d'hérésie. Le premier, d'avoir dit que l'Écriture sainte n'établit aucune différence entre les évêques et les prêtres. Le second, que les prières et les offrandes pour les morts sont non seulement inutiles, mais pernicieuses; car, si elles leur étaient utiles, il ne serait plus nécessaire de vivre saintement, et il suffirait d'amener, par des présents ou autrement, une foule de gens à faire de telles prières ou de telles offrandes, pour que le salut du défunt fût assuré. Le troisième chef d'hérésie porte sur la question des jeûnes. Bien que moine, Aërius condamnait tous les jeûnes fixes. Un chrétien, pensait-il, devrait jeûner toutes les fois qu'il en sentirait le besoin pour le bien de son âme, mais établir des jours de jeûne obligatoire était un retour à l'esclavage de la Loi. Enfin Aërius considère l'observation de la Pâque comme un reste de superstition judaïque, et dit que les chrétiens ne devraient point célébrer cette fête, puisque Tapôtre Paul a déclaré que Christ, qui a été immolé pour nous, est notre Pàque.

« Aërius, dit son biographe * , se servit des armes de l'Écriture pour combattre l'accroissement rapide du sacerdotalisme à son époque. Il osa mettre en question les prérogatives de l'épiscopat. Il essaya de délivrer l'Église du joug de cérémonies qui menaçaient de l'étouffer et de peser plus lourdement sur elle que les

1. Dict. Christ. Biog., art. Aérius. — Cf. Mosheim, H. E., I, 393 et S77, n. 145. (Trad. de Félice.)

rites abolis du judaïsme. » Hélas ! ce fut en vain, et sa voix resta sans écho. « La protestation d'Aërius, continue le même auteur, était prématurée, et des siècles devaient s'écouler avant qu'elle pût être renouvelée avec fruit. » Malheureusement, si les chefs de l'Eglise ne tinrent pas compte de l'avertissement, ils n'épargnèrent pas les persécutions à celui qui l'avait donné. On refusa à Aërius et à ses amis l'entrée des églises, et même celle des villes et des villages. Ils furent obligés de vivre dans les champs , dans les carrières et dans les cavernes, et de tenir, malgré les rigueurs de l'hiver arménien , leurs assemblées en plein air.

A mesure que l'Église grandissait, les accusations odieuses lancées contre son culte ou contre les fidèles diminuaient graduellement. Sans doute, jusqu'au temps de Constantin, les écrivains païens ne ménagent pas les attaques contre l'Évangile; mais la tactique n'est plus la même. Ce n'est plus la guerre ouverte d'un Gelse ou d'un Lucien; ce sont les insinuations et les sourdes menées de l'école néo-platonicienne, dont Porphyre est le plus illustre champion K On affirme, maintenant,

1. Porphyre avait environ vingt ans lorsqu'Origène mourut. Voici ee qu'il dit en parlant de lui : « Cet homme, que j'ai eu l'occasion de rencontrer quand j'étais fort jeune, jouit d'une grande célébrité à cause des ouvrages qu'il a laissés. Il était un des auditeurs d'Ammonius [Saccas], le plus grand maître de philosophie de notre temps. Mais la direction qu'il prit était bien difTérente de celle de ce philosophe. Ammonius, en effet, après avoir reçu une éducation chrétienne, changea de voie et revint à l'ancienne manière de vivre, dès qu'il se fut appliqué quelque temps à l'étude de la philosophie; et Origène, au contraire, bien qu'instruit dans les lettres grecques, abandonna cette voie pour adopter ces témérités des barbares. » Eusèbe, liv. VI, chap. xix. — L'ouvrage composé par Porphyre contre le christianisme n'est pas arrivé jusqu'à nous; mais nous possédons, par contre, quelques-unes des nombreuses répliques qu'y opposèrent les pères du in« et du iv^ siècle.

l'église primitive soi

qu'il n'y a pas, entre l'ancienne religion et la nouvelle, tout l'antagonisme qu'on pense, et qu'il est possible de les réconcilier en les combinant. On fait des comparaisons entre Christ et les anciens philosophes, et l'on cherche à prouver qu'ils ne lui ont pas été inférieurs K Il est probable, toutefois, que les arguments de ce genre n'entravèrent pas d'une manière sérieuse les progrès de l'Évangile. Tout au plus empêchèrent-ils quelques païens sans énergie de quitter l'ancienne idolâtrie, pour embrasser la foi nouvelle, ou encore séduisirent-ils quelques chrétiens imprudents, qui s'y laissèrent prendre et renoncèrent à la foi plus pure dans laquelle ils avaient été élevés ^.

Les magistrats. — Dès que l'Église eut acquis une certaine importance, et déjà avant son union avec l'État, les chrétiens d'un certain rang se trouvèrent dans une situation difficile, relativement à l'exercice des fonctions civiles. Beaucoup trouvaient l'acceptation d'une charge quelconque incompatible avec la profession de la foi chrétienne, tant que le chef de l'État appartenait au paganisme. Tel était, par exemple, l'avis de Tertullien. « Nous ne nous mêlons jamais, dit-il, des affaires publiques ^ »

D'autres pensaient différemment, et nous avons vu ^ que, sous Dioclétien, quelques-unes des plus hautes charges de l'État étaient exercées par des chrétiens. Certains membres de l'Église allaient même jusqu^à accepter des emplois qui devaient les obliger à sacrifier aux dieux

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