‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 320 sur 324 · Aujourd'hui Tébessa, en Algérie · texte numérisé non relu

Aujourd'hui Tébessa, en Algérie

Bion. — Donnez-lui les insignes ^

Le jeune homme résiste et s'écrie : Je ne le souffrirai pas; je ne saurais prendre part à la guerre!

Dion. — Si tu ne veux pas servir, tu mourras.

Maximilien, — Je ne servirai pas. Vous pouvez me couper la tête si vous voulez. Je ne puis combattre de combat terrestre. Je suis le soldat de Dieu.

Dion. — Qui t'a donné de telles idées?

Maximilien. — Mes propres réflexions et Celui qui m'a appelé à son service.

Dion se tournant vers son père : « Donne un sage conseil à ton fils. » Le père : « Il sait ce qu'il doit faire; mon conseil serait inutile. »

Dion (à Maximilien). — Accepte les insignes militaires.

Maximilien. — Je n'en ferai rien. Je porte les insignes du Christ.

Dion. — Je vais t'y envoyer tout droit, auprès de ton Christ.

Maximilien. — Fais; je suis prêt.

Dion. — Allons! marquez-le et mettez-lui le collier.

Maximilien résiste de nouveau. « Je briserai ce collier, dit-il, parce que je le considère comme un objet sans valeur. Je suis chrétien. Il ne m'est donc pas permis de porter au cou un sceau de plomb tel que celui-là, après avoir reçu, par la grâce de mon Seigneur Jésus-Christ, le fils du Dieu vivant, le sceau de la rédemption. »

Dion. — Songe à ta jeunesse... Il est honorable pour un jeune homme d'être soldat.

1 . Les insignes, ou marque distinctive (signaculum) des soldats, consistaient dans l'inscription sur les mains, au moyen de piqûres, du nom de l'empereur, et dans la fixation au cou d'un collier de cuir où la devise (device) de l'empereur était gravée.

l'église primitive S07

Maximilien. — Je ne puis combattre que pour mon Seigneur.

Dion. — Mais il y a des soldats chrétiens dans les armées impériales!

Maximilien. — Ils savent ce qui leur est permis. Pour moi, je suis chrétien et ne puis faire de mal.

Dio7i. — Quel mal font donc ceux qui combattent?

Maximilien. — Tu le sais bien.

Dio7i, — Ne méprise pas le service militaire, sans quoi tu périras misérablement.

Maximilien. — Je ne périrai pas. Tu peux, il est vrai, me faire mettre à mort : mais mon âme vivra avec Christ.

Dion. — Rayez son nom.

Le nom rayé, le proconsul ajoute : « Puisque, dans ton impiété, tu as refusé de servir, écoute ta sentence et qu'elle serve d'avertissement aux autres; » puis il lit sur ses tablettes : « Que Maximilien soit mis à mort par l'épée, à cause de son refus impie de devenir soldat. »

Maximilien répond : « Grâces soient rendues à Dieu! »

Arrivé sur le lieu de l'exécution, il s'écrie : « Frères bien-aimés, efforcez-vous de voir Dieu et de recevoir de lui une telle couronne. » Puis, se tournant vers son père, il lui dit d'un ton joyeux : « Donne â ce soldat le vêtement militaire neuf que tu avais préparé pour moi. Tu viendras me rejoindre un jour, et nous glorifierons ensemble le Seigneur. » A peine avait-il prononcé ces paroles, que sa tête était séparée de son corps. Son père retourna â sa maison plein de joie, remerciant Dieu, qui avait permis qu'il pût lui offrir une aussi précieuse victime. Une dame, nommée Pomponiana, demanda son corps et le plaça dans sa chambre. De lâ il fut porté à Garthage et enseveli sous une colline non loin du palais

et à côté clu tombeau de Gyprien. Treize jours après, la dame elle-même mourut et fut enterrée à la même place \

Ainsi agit, d'après le récit que l'antiquité nous a conservé, ce courageux jeune homme. Il compta sa vie pour rien en comparaison des commandements du Seigneur. Et pourtant il était isolé ; il n'avait pas, comme les martyrs des persécutions générales, de nombreux confesseurs autour de lui pour le réconforter et le soutenir. Il souffrit seul pour son Sauveur, comme son Sauveur avait souffert seul pour lui. Son exemple est donc digne d'un double respect. Ah! si la jeunesse de nos jours, au moins celle pour qui l'obéissance à Christ est ce qu'il y a de plus important, pouvait arriver à se convaincre que toute guerre est de sa nature absolument incompatible avec l'Évangile, et pouvait se laisser guider par cette conviction! on verrait bientôt cesser cette tyrannie du militarisme, qui écrase les peuples^ qui foule aux pieds toute liberté morale et religieuse. Oui, s'ils savaient accepter joyeusement, pour obéir à leur Seigneur, les reproches, la prison, la mort même, quelle force résisterait à un pareil argument? Ne serait-ce pas là le vrai moyen, le moyen divin, de supprimer les armées permanentes, la conscription forcée, les guerres et la préparation aux guerres, qui depuis si longtemps sont une source d'affliction pour le monde?

Nous l'avons constaté, le respect du commandement du Christ sur ce point était moins grand au iif siècle qu'au ii^ ; avec les victoires de Constantin, il

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