‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 321 sur 324 · Ruinart, Acta Sincera · texte numérisé non relu

Ruinart, Acta Sincera

l'église primitive 5.09 disparaît entièrement. Alors s'établit cette union impie entre le culte de Mars et celui du Dieu de paix ; alors on entoure la croix de laurier, et jusqu'à nos jours l'Église en sera à la fois éblouie et avilie. Depuis Constantin, la conscience chrétienne garde, sur cette question si grave, un complet silence, à moins pourtant qu'elle ne parle pour approuver. Augustin donne quelque part * l'opinion générale de l'Église en disant : (( Parfois les puissances de ce monde craignent Dieu; d'autres fois elles ne le craignent pas. L'empereur Julien était un incrédule, un apostat, un idolâtre; pourtant les soldats chrétiens servaient sous ses ordres. Sans doute, si leur obéissance à Christ était en jeu, ils ne reconnaissaient plus que leur Maître céleste. L'empereur leur ordonnait-il d'adorer les idoles ou d'offrir de l'encens, ils préféraient obéir à Dieu qu'à lui. Mais s'il leur disait : mettez-vous en ligne de bataille; marchez contre telle ou telle nation, ils obéissaient sans hésitation aucune à leur roi. »

Il faut arriver au xvii^ siècle pour que ce silence profond cesse et pour que des protestations s'élèvent. Chaque jour en voit augmenter le nombre, et chaque jour elles commandent davantage l'attention. Il faudra bien que les nations et ceux qui les gouvernent finissent par entendre, et qu'ils adoptent, en ces matières, une nouvelle et plus sainte ligne de conduite.

Conclusion. — Nous avons suivi bien imparfaitement, sans doute, mais pas à pas, l'Église chrétienne depuis

\ . Exposition du Psaume CXXIV.

son origine jusqu'à l'époque de son union avec l'Etat sous l'empereur Constantin. Ses luttes des premiers jours sont maintenant finies. Elle commence à jouir d'une grande prospérité extérieure et entre désormais dans une phase nouvelle. Rien de plus naturel, dès lors, que de nous arrêter ici.

Si notre but a été de montrer l'Église primitive dans sa simplicité apostolique, et de signaler l'addition graduelle de rites et d'observances étrangers à l'esprit du christianisme (bien que la vérité évangélique ne soit jamais restée sans témoins fidèles), nous nous sommes efforcés de conserver toujours une probité parfaite, de ne cacher, sciemment du moins, aucune vérité, de n'admettre aucun mensonge, et de donner en même temps, autant qu'il nous a été possible, une vue générale de l'ensemble.

Un fait ressort clairement de notre étude : c'est que, de très bonne heure, l'Église a commencé à être envahie par les éléments misérables et inférieurs de ce monde. Nous avons vu le témoignage unanime des pères de l'Église primitive condamner nettement des formes et des superstitions, qu'aujourd'hui encore un grand nombre de chrétiens de profession considèrent, malgré leur origine tardive, comme une partie essentielle de la religion.

Nous ne voudrions pas, pourtant, que cette dégénérescence précoce de l'Église visible amenât à en désespérer. Bien comprise, l'histoire ecclésiastique ne saurait produire un tel résultat. « L'Église militante, a écrit Trench S compte à chaque époque des triomphes et

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