‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 45 sur 324 · Hist. of Christianity, II · texte numérisé non relu

Hist. of Christianity, II

6. Néander, Hist. de l'Eglise, II, 199; Antig)iostikus, II, 200 (trad, angl.).

et réunirent de nombreux adeptes, parmi lesquels l'un des plus éminents docteurs de FÉglise chrétienne,. Tertullien, de Carthage. On attribue à cette secte" des opinions extravagantes et antiscripturaires; on accuse quelques-uns de ses partisans de fanatisme. Il peut y avoir une part de vérité dans ces reproches; mais il ne faut pas oublier que ces accusations nous ont été transmises par des ennemis du Montanisme, et qu'elles proviennent en grande partie, très probablement, de ce qu'ils avaient, sur la constitution de TÉglise et sur l'opération du Saint-Esprit, des idées plus saines et plus simples que la majorité des chrétiens d'alors. Ainsi, ils affirmaient le sacerdoce universel des fidèles et ne limitaient par conséquent les dons de l'esprit ni à une caste ni à un sexe; ils ne voulaient pas admettre non plus que le don de prophétie eût été rendu inutile par les lumières de la science ou de l'intelligence. Bien plus, en opposition à l'idée que les évêques seuls étaient les successeurs des apôtres, ils affirmaient que celui-là seul est le successeur des apôtres et l'héritier de leur pouvoir spirituel, qui a reçu du Saint-Esprit luimême le don de prophétie \ Ils repoussaient également l'erreur qui consiste à n'attendre des laïques qu'une sainteté de vie inférieure et différente de celle du clergé. Ils résistaient de toutes leurs forces à l'esprit d'accommodement avec le monde, qui envahissait l'Église, et malgré les lois prohibitives des assemblées^

1. Voici ce que dit Terlullien : « L'Église, il est vrai, pourra pardonner les péchés. Mais c'est l'Église spirituelle; ce sera par le moyen d'un homme spirituel. Il ne s'agit donc pas de l'Église en tant que consistant en un certain nombre d'évêques. En effet, ce droit appartient au maître, non au serviteur; à Dieu, non à un prêtre. Seul, après Christ, le Paracletpeut être appelé maître et être révéré comme tel. Delà Modestie, ch. XXI ; du Voile des Vierges, ch. i.

ils s'interdisaient toute mesure de prudence, tout effort pour détourner, de leurs propres réunions de prières et de jeûnes, l'attention malveillante des autorités. Ils allaient même jusqu'à condamner toute participation aux usages de la vie civile ou politique d'origine tant soit peu païenne.

Tout en voyant clairement où la mondanité croissante de l'Église devait l'entraîner, les Montanistes ne se séparèrent pourtant pas d'elle. A vrai dire, ils ne quittèrent l'Église que lorsqu'ils en furent chassés par l'évêque de Rome (c. 192) K

1. Neander, II, 200-214 : Gisseler, K. G., 231-235. Burton émet une opinion différente, Hist. of the Christian Church, 5^ éd., p. 308. — On ne sait s'il s'agit de l'évêque Victor. — Hatch, Early Christian Churches,. lect. V, p. 120-121, s'exprime comme suit au sujet de la place occupée dans l'Église par les Montanistes. a Contre la tendance grandissante dans l'Église et plus tard si fermement établie, cju'elle est devenue comme l'état normal de presque toutes les Églises chrétiennes, les Montanistes élevèrent une énergique et pour quelque temps heureuse protestation. En face des règles ofhcielles, ils mirent en relief la place que devaient conserver les dons spirituels. Ils maintinrent que la révélation de Christ par le Saint-Esprit n'était pas un phénomène temporaire particulier à l'époque apostolique, mais un fait constant dans la vie chrétienne. A ces affirmations, ils joignirent la prédication d'une pureté morale bien supérieure à celle qui tendait à devenir courante de leur temps. Le plus grand théologien contemporain leur prêta l'appui de sa plume et, si l'on veut avoir une idée exacte de leurs vues,, c'est dans ses écrits, et non dans les renseignements hostiles d'écrivains postérieurs, qu'il faut aller la chercher. »

Dans une recension de la première édition de notre histoire, un critique du Friend's Review (Philadelphie, juillet 1884) fait ressortir les côtés faibles du Montanisme dans les termes suivants : « Le Montanisme portait en lui les germes de sa propre destruction. Il demandait que le Christianisme fût soutenu par les dons miraculeux de l'Esprit, et oubliait que l'œuvre de l'Esprit se combine avec l'activité régulière et fidèle du croyant. Il oubliait que ces dons ne doivent pas remplacer cette activité, mais au contraire lui donner une acuité et une harmonie supérieures. Le Montanisme ne savait pas apprécier assez les avantages d'une organisation ferme, d'un travail patient, d'un emploi continu et sage des moyens que Dieu a mis à notre disposition. Il laissait trop de place aux songes, aux visions, demandait trop d'ascétisme, impesait trop de jeûnes, et croyait au retour immédiat de Christ. Certains Montanistes d'Asie Mineure désignaient même le lieu oûil devait descendre. Enfin, il dépréciait le mariage et dédaignait toute espèce de précaution

"QO l'église PRIMITIVE

L'attitude de l'Église, vis-à-vis des hérétiques, ne fut pas toujours, reconnaissons-le, aussi sage ni aussi charitable qu'il laurait fallu. Sans doute le zèle qu'elle montrait à maintenir la pure doctrine était digne de louange; mais souvent les procédés mis en œuvre contre telle individualité ou communauté se trouvèrent encore plus préjudiciables à la vérité elle-même. Ce qui nous est raconté au sujet de Marcion, Tun des derniers •et des plus évangéliques Gnostiques, peut en servir d'exemple. Dans sa jeunesse, il avait très probablement été l'ami de Polycarpe. Lorsque ce dernier vint, longtemps après, faire une visite à Anicet, évêque de Rome, Marcion, qui séjournait dans cette ville, le rencontre et lui dit : Te souviens-tu de moi, Polycarpe? Et le vieil évêque répond : Oui, certes! tu es le premier-né de Satan ^ ! Que Marcion eût obscurci la doctrine évangélique par d'abstraites spéculations, c'est possible. Mais il n'en prêchait et n'en vivait pas moins comme un chrétien fidèle. Son enseignement profondément sérieux et pratique avait attiré autour de lui une grande quantité de disciples, et les Marcionites devaient durer dans l'histoire plus longtemps qu'aucune autre secte gnostique ^

Quoi qu'il en soit, la conduite attribuée à Polycarpe

pour se dérober au martyre. 11 serait injuste, cependant, de ne pas reconnaître ici qu'il a donné à la cause de Christ quelques-uns de ses plus illustres témoins. »

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