Matth., XXVI, 26-28; Luc, XXII
4. I, Cor., XI, 23-25. « Car j'ai appris du Seigneur ce que je vous ai
Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. Notre Seigneur et ses disciples célébraient à ce moment-là le repas solennel institué en souvenir de la délivrance des Israélites, lorsque Dieu frappa les premiers-nés des Égyptiens. Ce qu'ils faisaient, on le faisait au même moment dans chaque maison juive de Jérusalem. Il y avait cependant cette différence que, dans la Chambre-Haute, le Seigneur expliquait aux siens le sens typique de cette fête si longtemps célébrée. Il leur disait que cette observance, comme toutes celles que Moïse avait prescrites, allait être accomplie en lui; que le temps de l'ombre devait faire place à celui de la réalité; qu'au lieu de l'agneau pascal égorgé et mangé et de l'aspersion du sang, Christ, l'Agneau de Dieu, le véritable Agneau pascal, allait être immolé, pour que, par l'aspersion de son sang et la participation spirituelle à son corps, l'humanité pût être délivrée du péché et de la mort.
Rien ne prouve que le Seigneur ait voulu instituer par là une nouvelle observance cérémonielle à laquelle l'Église serait tenue de se conformer dès lors et à toujours. L'esprit de l'Évangile est contraire à une telle conclusion. Christ établissait la nouvelle alliance, dont avait parlé le prophète Jérémie * ; non pas une alliance
enseigné; c'est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, le rompit et dit : Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous; faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mçmoire de moi, toutes les fois que vous en boirez. » Matthieu et Marc ne disent rien de la célébration ultérieure et perpétuelle de ce repas, et dans l'Évangile de Jean, il n'est pas question du repas.
1. Jérémie, XXXI, 31-34; Hébr., VIll, 6-13. Le passage de Jérémie est le seul de l'Ancien Testament où on trouve l'expression : une nouvelle alliance.
pareille à celle qui avait été établie avec Israël, lors de la sortie d'Égypte, mais une alliance spirituelle, scellée avec le sang du véritable Agneau pascal. Sous cette nouvelle alliance, le peuple de Dieu aurait sa loi écrite dans le cœur, et les péchés du peuple seraient oubliés.
Il faut ajouter à cela que les expressions du Sauveur ne dénotent pas de sa part l'intention d'instituer un rite nouveau. Point de directions, en effet, sur la manière dont ce rite doit être accompli; rien qui indique qu'il faille le célébrer plus fréquemment que la Pâque des Juifs. Bien plus, les mots : aussi souvent que vous en boirez, suggèrent la pensée que Jésus- Christ avait en vue la ruine de Jérusalem comme le temps où la fête cesserait d'être célébrée. Or, nous savons que l'Église Judéo-chrétienne continua à célébrer la Pâque jusqu'à l'époque de la destruction de cette ville, et toujours en lui donnant son vrai sens évangélique \
En tous cas, comme nous l'avons dit, la Pàque n'était célébrée qu'une fois par an. Il faut donc chercher une autre explication de l'usage fréquent de la fraction du pain dans la primitive Église. Or, nous trouvons que c'était l'habitude des Juifs de rendre grâces, au commencement de chacun de leurs repas. C'était, c'est encore le devoir de chaque chef de famille de prendre le pain et de dire : Béni sois-tu. Seigneur notre Dieu, des fruits de la terre que tu nous donnes! Et quand le pain a été rompu et distribué, de prendre la coupe et de dire : Béni sois-tu, ô Dieu, du fruit de la vigne, que tu nous