De la cowonne, III
tume pour garant, les croyants pour observateurs. Que cette tradition, cette coutume, cette croyance se justifient en raison , vous vous en apercevrez vous-même , ou l'apprendrez d'un autre, qui s'en sera rendu compte. En attendant, vous ne devez pas douter qu'une bonne raison n'existe et que votre obéissance ne soit de rigueur K » Ces remarquables paroles de Tertullien nous indiquent la manière dont, peu à peu, ont été posées et cimentées les pierres fondamentales du monstrueux édifice romain, qui devait supplanter la vraie église et obscurcir le monde. Au reste Tertullien n'a pas toujours écrit dans ce sens. C'est lui qui a dit cette belle parole : « Christ s'est nommé la Vérité, non la Coutume ^ » A ce mot de Tertullien, nous ajouterons le témoignage involontaire suivant des Homélies Clémentines, dirigé, il est vrai, contre les Grecs, mais parfaitement applicable à l'Église. « Il y a une grande différence, y est-il dit, entre la vérité et la coutume. On trouve la vérité lorsqu'on la cherche honnêtement. La coutume, au contraire, qu'elle soit basée sur la vérité ou sur l'erreur, est adoptée non pour des raisons, mais par préjugé, au hasard et sur la simple opinion de ceux qui vivaient autrefois ; et il est toujours difficile de répudier une forme ancienne, si absurde, d'ailleurs, qu'on la trouve ^ »
1. Harum et aliarum ejusmodi disciplinarum si legem expostules scripturarum, nuUam invenies; traditio tibi prœtendetur auctrix, consuetudo confirmatrix, et fides observatrix. Rationem traditioni et consuetudini et fidei patrocinaturam aut ipse perspicies, aut ab aliqiio qui perspexerit disces; intérim nonnullam esse credes, cui debeatur obsequium. Ibid., IV, ed. Lipsiae, 1839.
2. Christus Veritatem se non Gonsuetudinem nominavit. Que les •vierges doivent être voilées, ch. i, 6f. Jean, XIV, 6.
3. Hom. IV, ch. xi; Clément d'Alex., Exhort. aux Gentils, ch. xii.
d30 l'église primitive
§ VIL Le culte des images. — Sur ce point, d'importance capitale, l'Église était encore dans sa pureté première. Nous avons vu que les païens reprochaient légitimement aux chrétiens leur culte sans images \ et rien n'aurait été plus antipathique aux disciples des premiers jours que le culte des images ellesmêmes. Il n'est pas jusqu'aux païens éclairés qui ne le rejetassent. Zénon interdisait à la fois les temples et les images, et on assure que, pendant cent soixante-dix ans, les anciens Romains n'admirent aucune image dans leurs temples. Ils trouvaient impie de représenter les choses divines par les choses périssables, et impossible d'atteindre la divinité autrement que par l'esprit ^
Une raison particulière devait encore affermir les premiers chrétiens dans cette proscription des images. Par suite d'une interprétation judaïque du deuxième commandement, un certain nombre de leurs docteurs condamnaient toute espèce de peinture. Tertullien condamnait les masques portés par les acteurs, par la raison que si Dieu défend de faire aucune image quelconque, à plus forte raison ne doit-on pas faire celle de l'homme, créé lui-même à l'image de Dieu ^ Clément n'est pas moins rigide. « Il nous est expressément défendu, dit-il, d'exercer un art trompeur; tu ne feras aucune image des choses qui sont là-haut
au ciel, ni ici-bas en la terre » Origène, enfin,
loue les Juifs d'interdire la peinture et la sculpture, d'enlever toute possibilité de fabriquer des images,.