‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 115 sur 558 · PIERRE DU MOULIN · texte numérisé non relu

PIERRE DU MOULIN

ment que nous reproduisons plus loin 1. Il demandait, s'il mourait à Bàle, à être « mis dans le cimetière auquel on a accoutumé d'enterrer les François 2. »

Bientôt en effet, le 18 janvier 1608, mourut à Bàle ce « Parisien vaillant dans l'exil, » comme le dit son épitaphe '■>. Cinquante et un ans après, son arrière petit-fils, venant à son tour édifier les protestants parisiens, en trouve quelques-uns qui se souviennent encore du grand-père : « Sa mémoire sera à jamais en bénédiction à nos Eglises 4. » C'était seulement l'année précédente qu'était mort, à quatre-vingt dix ans, l'ancien collègue de J. Couët à Paris, P. du Moulin.

§ 4. Pierre du Moulin

De tous les récits contemporains que je connaisse, la « Vie de M. Pierre du Moulin escrite par luy même 5 » est celui qui fait le mieux comprendre l'existence mouvementée d'une famille protestante française depuis le règne de Charles IX jusqu'à celui de Louis XIV. L'auteur a vécu près d'un siècle et son activité s'est pleinement épanouie pendant le premier tiers du xvn8 siècle.

Comme le père de Lobéran, celui de P. du Moulin était déjà pasteur. Joachim du Moulin, sieur de l'Orme-Grenier (i, était originaire d'Orléans. II venait de se réfugier depuis quelques semaines à Buhy en Vexin chez le frère de du Plessis-Mornay, lorsque naquit Pierre (1568) ; pasteur du duc d'Estrées — grand-père de Gabrielle - - jusqu'à la Saint-Barthélémy, il se remaria avec

1. Voir aux Pièces justificatives XXIV et XXV la lettre du 13 octobre 1607 et le projet de testament.

2. Cependant, d'après l'Histoire de Bàle de P. Roques (B. h. p., 1863, p. 272), il fut enterré dans l'ancienne chapelle des Dominicains attribuée en 1614 seulement à l'Eglise française.

3< " Facobus Couetus, Parisiens., theolog. sincer., fidus Christi minis-

ter, et exul gêner., et ingenio nobiliss., a multis principib. vocatus, summi tandem [mperatoris xXvjçe! respondit » (B. h. p., 1863, p. 272).

4. Lettre du pasteur A. de Combles à I'. Ferry, 22 juillet 1659 (Bibl. hist. pr., collection Lutteroth).

.">. Manuscrit déposé à la Bibl. h. pr., publié H. h. p., 1858, p. 170 et suiv.. et plus correctement, en partie, 1906, p. 362 et suiv., avec une étude de M. X. Wkiss.

6. Min. François, 1605, n" 225. Cf. /•';•. prot., 2e éd., t. V, col. 707.

la veuve d'un pasteur de Montataire 1. Il était alors dans un nouveau lieu de refuge : Sedan, où son fils Pierre devait revenir passer la dernière partie de son existence.

Ainsi c'est à une dure école que fut élevé le jeune homme, dans cette famille « avec fort peu de moyens, » en ce temps des guerres civiles et étrangères, « où les loups couraient et faisaient beaucoup de mal. » A vingt ans son père l'emmène à Paris pour gagner sa vie. Il fait le chemin « à pied, avec de mauvais souliers, durs, et faisoit grand dégel. » A peine est-il entré en pension « chez M. Goger, rue des Amandiers -, » voici que survint la journée des Barricades (12 mai 1588). « Je sortis par la porte Saint-Honoré » (alors vers la place du Théâtre français) ; « mon père vint après et m'atteignit à une demi-lieue de Paris, où je lui rendis ses papiers et son argent. Là il me dit un dernier adieu. 11 me donna douze escus. S'estant séparé d'avec moy je le suivois de l'œil tant que je pus, et me mis à genous sur

le grand chemin, priant Dieu » Si nous avons cité ces lignes

de l'autobiographie dont la suite seule intéresse directement notre sujet, c'est parce que ce rude apprentissage de la vie a pour toujours mis sur le caractère de P. du Moulin une empreinte très forte : bien des pages trop amères de ses innombrables écrits ; bien des actes trop violents de ses incessantes luttes, trouvent dans ces vicissitudes de son enfance et de sa jeunesse des circonstances très atténuantes.

Jamais P. du Moulin ne devint, comme ses collègues Lobéran et la Faye, possesseur de châteaux et de rentes solidement garanties. Pendant de longues années son existence fut, au point de vue matériel, très précaire, dans les divers pays où, travailleur acharné, il poursuivit ses études. Il lui arriva, en Angleterre, d'être « tellement pressé de pauvreté » qu'il dépensait seulement un sol par jour au temps où il fut invité à « proposer » (c'est-à-dire prêcher un sermon d'épreuve) devant le consistoire de l'Eglise des réfugiés français à Londres. Ensuite, devenu précepteur d'un jeune Anglais, il suivit avec lui des cours à l'Université de Cambridge.

« Alors M. de la Faye, ministre de l'Eglise de Paris, estoit à Londres, lequel m' ayant ouy en proposition m'appela et me demanda si je voulois servir l'Eglise de Paris. Je luy respondis

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