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ENFANCE DE P. DU MOULIN

qu'il n'y avoit nulle apparence de servir une Eglise qui n'estoit point, [voilà une expression qui en dit long sur les ruines faites par la Ligue !] et qui n'avoit le moyen de m'entretenir. Il me respondit qu'il avoit le moyen, parce qu'il estoit dispensateur de certains deniers que le général Portail luy avoit laissés en mourant pour les dispenser pour le bien et soustien de l'Eglise do Paris, de laquelle il esperoit en bref le restablissement. »

Qui était ce donateur témoignant une si ferme confiance dans la vitalité de son Eglise et une si généreuse prévoyance pour lui assurer les moyens de revivre ? On ne le sait pas exactement 1.

« J'acceptay cette condition, poursuit P. du Moulin, et M. de la Paye me promit par an cinquante escus, qui estoit une somme suffisante pour vivre honnestement. » Ceci se passait en 1590 (année où La Paye revint probablement en Prance) ou 1591 (d'après la phrase qui suit dans l'autobiographie). Continuant son tour d'Europe académique, le jeune boursier part pour l'université de Leyde ; après de pénibles débuts il est nommé, à vingt-quatre ans, professeur de philosophie, et prend pension chez Joseph Scaliger. Aussitôt il se fait scrupule de continuer à toucher l'allocation qui ne lui était plus absolument indispensable : « J'escrivis alors à M. de La Faye, qui m'avoit obligé à l'Eglise de Paris, qu'il ne se mît plus en peine à m'envoyer de l'argent parce que Dieu avoit par d'autres voyes pourveu à ma nécessité. »

L'Eglise de Paris n'oublia pas cependant, qu'elle avait des droits sur un boursier doué de tant d'intelligence et d'énergie. Dès l'automne 1596, comme il traverse Paris pendant un congé, Lobéran et quelques anciens essaient de le retenir. Mais il ne se sent pas « assez préparé » et retourne en Hollande. Là, l'ambassadeur de France M. de Buzenval veut le détourner du pastorat : c'était cependant un « homme très zélé pour la pure religion -', » et un membre de l'Eglise de la capitale : peut-être est-ce parce qu'il y connaissait trop bien les difficultés du minis-

1. Voir ci-après page 407 : les ressources de l'Eglise. Les testaments.

2. Casaubon, Ephéméridés, 13 kal. oct. 1607. Paul Choarl étaii seigneur de Buzenval près Paris : il est qualifié « gentilhomme servant du roy de Navarre, Parisien » dans VAlbum de J. Durant où il signe en 1584 </<. h. p., 1863, p. 228).

1ère, qu'il souhaitait les épargner à son jeune compatriote : « 11 me représentoit la pauvreté annexée à cette condition, le travail continuel, les dangers, l'inimitié du clergé romain surtout a Paris, qui est un haut théâtre où j'avois beaucoup de besogne taillée. »

Un instant Du Moulin est sur le point d'entrer dans la carrière diplomatique, comme interprète à Constantinople..., « mais le roy ayant choisi un autre ambassadeur je reconnus que Dieu ne vouloit pas que je m'employasse à une autre vocation. » Il quitte donc la Hollande après dix ans de voyages et d'études, ayant beaucoup vu, beaucoup appris, et déjà écrit en latin quelques ouvrages de philosophie 1. C'est un élément intellectuel tout nouveau qui va être adjoint au pastorat parisien...

Après avoir failli tomber entre les mains des Espagnols P. du Moulin arrive chez son père, depuis peu pasteur d'Orléans sa ville natale, mais en résidence à Jargeau. Consacré en décembre 1598, il retarde encore sa venue dans la capitale : « Je priay mon père de trouver moyen que je fisse ailleurs mon apprentissage. » Il va donc d'abord à Blois comme suffragant. Mais l'Eglise de Paris le « pressait. » Il se décide enfin et débarque à Paris juste à temps pour débuter comme aumônier de Madame, et l'accompagner en Lorraine 2.

Au retour il se maria, dans l'été 1599, avec la veuve d'un pasteur lorrain chez laquelle il avait été « logé par fourrier » durant ce premier voyage officiel. S'il a prêché à Grigny, ce n'a pu être que pendant quelques semaines, avant le transfert du culte à Ablon.

1. Publiés à Leyde en 1596 (Elemenia louices, in-8°, 13 fois réédités depuis) et 1597 (De relatis, in-4" ; De îndole et virtute, in-4°>.

2. Voir ci-dessus, p. 74. Une lettre de l'Eglise de Paris au synode de Castres (1626) porterait à croire que du Moulin a été d'abord aumônier de la duchesse, puis pasteur de l'Eglise de Paris. Peut-être, après un quart de siècle ne se rappelait-on plus exactement les circonstances de sa nomination : les autres textes font plutôt croire que, dès l'origine, P. du Moulin était simultanément au service de l'Eglise de Paris et de l'Eglise de Madame, devant réserver à cette dernière un ■• quartier » par an. « Notre discipline, dit la lettre en question, permet à une Eglise de se choisir un

pasteur dans une autre province et de l'appeler à son service C'est ainsi

(pie nous avons obtenu M. du Moulin, qui servoit S. A. H. Madame la duchesse de Bar » (Aymon, 11, 443). D'après les principes alors reçus, l'Eglise de Paris avait tous les droits possibles sur son ancien boursier.

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