FAMILLE ET CARACTÈRE DE DU MOULIN
dont plusieurs naquirent rue des Marais, on trouve logés là, pendant plus ou moins longtemps, et sans doute assez à l'étroit, divers membres de fa famille : d'abord une sœur de Du Moulin, Suzanne, veuve de Germain Le Hériot, sieur du Gast « ; plus tard un jeune frère, Jean, qui retournera au travail de la terre, étant attaché au labourage -, » et un neveu, petit garçon appelé à devenir un grand savant, Samuel Bochart, fils d'un autre aumônier de Madame ■">.
Pendant ces premières années, s'il est déjà fréquemment en controverse publique avec les prêtres et surtout les jésuites, Du Moulin entretient de bons rapports particuliers avec certains ecclésiastiques. Ainsi en 1005 le contrat de mariage du protestant Charles Chappuzeau 4, avocat en la cour de Parlement, enregistre côte à côte comme témoins son cousin « maistre Julles Cezar Bullanger, docteur régent de la faculté de théologie en l'université de Paris, principal du collège des Grassins » (ou d'Ablon), et son ami « noble homme M. Pierre du Moulin, ministre de la parolle de Dieu. »
Si l'activité de La Paye et même celle de Lobéran s'étend peu au-delà des années d'exercice du culte à Ablon, le ministère de Du Moulin, au contraire, commence alors. Nous le verrons donc à l'œuvre et chercherons à le caractériser à propos de la contro- \erse où il est passé maître : ses paroles et ses actions, souvent hardies les unes et les autres, ont été, durant le cours de sa longue vie, sévèrement jugées par ses adversaires (et il en compte beaucoup, même parmi les protestants). Quant au fonds, en théologie c'était, au dire de Bossuet, « le plus rigoureux calviniste qui fût alors 5. » Quant à la forme on concède à Paris dès les premières années qu' « il escrit d'un beau stile et d'un beau
1. Appelée à tort Anne de Hériot par la France protestante, (2° éd., t. V, cul. 824). Elle verse en juin 1605 75 livres à un procureur de la part de son père (Min. François, 1605, n" 225).
2. Il semble bien en effet que Jean ment ionné dans L'autobiographie [H. Ii. p., 1(S58 p,. :i4.'l) et dont la Fr. prof, ne fait que citer le nom, soit la même qu'un pauvre diable dont parle assez souvent Drelincourt dans sa correspondance : l'expression citée plus haut est tirée d'une lettre de 1633 (Rivetiana de la bibliothèque universitaire de Leyde). 11 vivait alors à Châtillon-sur-Loing.
3. Fr. prot., 2e éd., t. II, col. 650. ■I. /'Y. prot., '!■ éd.. t. IV, col. 8.
5. Ilisl. des Variations, I, XIV, à propos i\u synode île Dordrechi (1619).
françois ; » il avait à cet égard « une bonne presse, » c'est le cas de le dire, car cette citation est tirée du Mercure qui centralisait alors à peu près tout en fait de reportage 1. Ses œuvres imprimées sont très abondantes ; il en est beaucoup dont le succès nous paraît aujourd'hui vraiment singulier -. A la fin du grand siècle on se rappelait encore qu'il avait « l'esprit délicat et brillant, mais quelquefois un peu malin :!. »
A peine était-il pasteur depuis cinq ans qu'il avait déjà une très grande réputation comme orateur et comme théologien — acutissimus et eruditissimus theologus, dit Spanheim ; — et il faillit être enlevé à l'Eglise de Paris pour être nommé professeur de théologie dès ce moment, comme il le fut en réalité beaucoup plus tard : le synode de Vendôme (avril 1604) lui offrit une chaire à l'académie de Saumur, et pria l'Eglise de Paris d'autoriser Du Moulin à accepter. Du Plessis-Mornay appuyait cette demande en faisant valoir qu'on espérait alors voir M. Couët venir définitivement exercer son ministère à Paris ; celui-ci restant à Bàle, l'affaire n'eut pas de suite pour Du Moulin 4.
§ 5. La prédication
Du Moulin ayant été le plus célèbre prédicateur de ce temps non seulement à Paris mais dans toute la France, on peut grouper autour de sa personne quelques renseignements généraux sur la prédication contemporaine.
Si la cure d'àmes et la participation aux assemblées de l'Eglise étaient des parties importantes du ministère pastoral, la « principale fonction » était la prédication 5. La Discipline disait dès