‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 119 sur 558 · Dictionn. de Moréri (1673), édition de · texte numérisé non relu

Dictionn. de Moréri (1673), édition de

4. Mémoires de Mme de MORNAY, édités par Mme Witt, t. II, p. 39. Le rapprochement des dates laisse à penser que la tenue de ce synode ne fut pas sans rapport avec la translation à Vendôme des restes de Madame : cette mort libérait Du Moulin d'une des parties de son ministère (voir cidessus).

5. Ainsi la qualifie Isaac d'Huisseau, né à Paris précisément au commencement du XVIIe siècle et qui fut l'éditeur et le commentateur le plus autorisé de la Discipline (1" édition, sans lieu d'impression, 1650, in-4°) ; nous citerons l'édition de La Haye (1710, in-4°, avec la Conformité de la discipline avec celle des anciens chrétiens, par Mat. Lahhoque).

PRESCRIPTIONS RELATIVES A LA PRÉDICATION 1 l(.»

l'origine : « La charge des Ministres est principalement d'évangéliser et annoncera parole de Dieu à leurs peuples. » Et cet article XII a été développé par plusieurs synodes nationaux au commencement du xvn" siècle ; ils insistent sur la « simplicité » qui doit être observée avant tout, quant à la forme et au fond du sermon. C'était une réaction naturelle contre les sujets singuliers et le langage non moins regrettable - trop grossier, trop scolastique ou trop prétentieux qu'affectionnaient les prédicateurs catholiques.

Les pasteurs sont donc « exhortés de s'abstenir de toute façon d'enseigner étrange et non convenable à édification, et se conformer à la simplicité et stile ordinaire de l'Esprit de Dieu. »

Le synode de Jargeau (1601) défend de traiter la doctrine « en forme de disputes scolastiques, » et de « mélanger les langues » (c'est-à-dire de parler latin ou grec en chaire). Il recommande de « prendre un texte de l'Ecriture que l'on suivra ordinairement. » C'est-à-dire que le pasteur devait expliquer plusieurs dimanches et même plusieurs mois de suite les textes pris dans un même livre de la Bible, par sections aussi longues que possible. Il n'était pourtant pas interdit de choisir de temps à autre un texte spécial, notamment les jours de Cène et deux dimanches auparavant ; certains prédicateurs, Du Moulin notamment, ont publié de préférence les sermons pour lesquels ils avaient plus librement choisi leur texte. Une surveillance très rigoureuse était exercée par les conseils ecclésiastiques, où les laïques sont toujours en majorité. Les synodes, colloques, et consistoires doivent « avoir l'œil sur les pasteurs » et « s'enquérir diligemment de la traditive et façon de prêcher de chacun l. »

La préoccupation principale était de veiller à ce que les prédicateurs s'en tinssent à la saine et simple explication de la Parole de Dieu, en fondant surtout cette explication sur d'autres passages de l'Ecriture ; ainsi chaque auditeur pouvait au temple comprendre, et chez lui contrôler la doctrine qui lui avait été enseignée.

1. Synodes de Gap (1603) et de la Rochelle (1607) ; le premier ajoute que les pasteurs ne doivent pas « se laisser emporter aux explications des Pères <>u Scolastiques, s'étendans en allégories et eiitremeslant des discours philosophiques, OU même, au teins de Caresme, OU semblables saisons, prendre les mesmes textes que les prédicateurs de L'Eglise romaine. »

Tout concourait à inviter les prédicateurs à se faire une très haute idée de leur mission : voici ce que Du Moulin écrivait à ses deux fils, pasteurs comme lui, en leur dédiant un recueil de sermons 1 : « Nous sommes en un temps auquel un grand savoir est requis, et auquel les adversaires ne nous laissent point sans exercice. Dieu ne se sert, plus d'une mâchoire d'âne pour vaincre les adversaires -. Je ne fais pas consister le vrai savoir à élaborer et embellir son langage de beaucoup d'ornements. La simplicité est plus persuasive et a plus d'efficace. Les paroles qui ont plus de lustre et d'éclat ont ordinairement moins de solidité. La vraie éloquence en paroles s'apprend de celui qui est la Parole même, a savoir du Fils de Dieu, qui a parlé en toute simplicité. In père aurait mauvaise grâce qui exhorterait et tancerait ses enfants en termes figurés et avec fleurs de rhétorique. Or nous devons parler au peuple que nous instruisons comme un père parle à ses enfants : non pas chatouiller les oreilles mais poindre les consciences. Celui qui enseigne sans exhorter et tancer les vicieux rend ses auditeurs plus savants mais ne les rend pas meilleurs. Il ressemble à un qui verse de l'huile en une lampe, mais ne l'allume pas, et à la lune qui éclaire sans échauffer. »

En dépit de ces préceptes, la prédication réformée, celle de Du Moulin même, visait souvent à l'instruction, autant qu'à l'édification. Mais il ne s'agissait jamais d'une instruction théorique ; c'était un enseignement pratique visant à faire prendre au sérieux les commandements, les exemples, et aussi les menaces de la Parole de Dieu. A Ablon déjà sans doute, comme plus tard à Charenton, le culte du matin était réservé au sermon proprement dit, mais l'après-midi le « catéchisme, » appris et récité par les enfants, comportait aussi une explication à laquelle assistaient les parents, et chaque point de doctrine était établi par de nombreuses citations bibliques.

Bien que plusieurs sermons imprimés semblent très longs, on peut conclure de la dimension moyenne que la durée de la prédication ne devait guère dépasser une heure en général. Le sablier placé près de la chaire prévenait l'orateur qu'il devait se contenir dans de justes limites.

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