‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 120 sur 558 · CARACTÈRES DE LA PRÉDICATION RÉFORMÉE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE LA PRÉDICATION RÉFORMÉE

Les pasteurs de Paris contemporains d'Henri IV n'ont guère publié leurs sermons, sauf Du Moulin, et encore ne fit-il cette publication que longtemps après avoir quitté sa chaire parisienne, et sans indiquer la date où pour la première fois, il a prêché chaque sermon. Mais du commencement à la fin de sa vie, il est resté très semblable à lui-même, jusqu'à quatre-vingt-dix ans il a conservé dans son écriture comme dans sa pensée la même fermeté ; on peut donc, malgré la date très postérieure de ses « décades, » se rendre compte de ce qu'entendaient à Ablon les protestants parisiens.

Si, par la majeure partie de leur vie et de leur ministère, Lobéran, La Faye et Couët appartiennent décidément au xvie siècle, Du Moulin quoique plus jeune se rattache cependant encore aux mêmes traditions théologiques et littéraires. Il occupe ainsi, au xvne siècle, une place tout à fait à part.

Outre ce fait général qu'on est resté si longtemps ignorant de ce qui était protestant dans l'histoire de notre pays, l'éclat tout particulier de la chaire catholique à Paris dans la seconde moitié du xvn' siècle a plongé les orateurs de la chaire réformée dans un oubli immérité. Les Daillé, les Claude, n'ont pas encore obtenu droit de cité, comme ils en seraient dignes, dans les recueils de morceaux choisis, à côté des Bourdaloue et des Fléchier, pour ne pas dire des Bossuet et des Fénelon. Louis XIV, après avoir reçu Du Bosc n'a-t-il pas exprimé sa surprise et son admiration : « Je viens d'entendre l'homme de mon royaume qui parle le mieux * ! »

Parmi les historiens de la littérature française, seul, Vinet il y a trois quarts de siècle, a consacré une étude approfondie à la prédication réformée. « Aucune époque peut-être, dit-il, n'a produit à la fois en ce genre tant d'hommes dignes d'être étudiés, > et « le plus ancien » qu'il rencontre, Du Moulin, « est celui qui nous paraît le plus jeune... : il ne prêche pas, il parle... ; » et il a « la parole franche, incisive ; nul ne tombe moins dans l'exagération. Sa rondeur, son àpreté se contiennent toujours dans le vrai, et il est remarquable par un bon sens souvent spirituel. Sa phrase, généralement assez brève, vive, pressée, a une forme de saillie et une honnête brusquerie, sans

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