‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 122 sur 558 · SERMONS DE P. DU MOI' LIN · texte numérisé non relu

SERMONS DE P. DU MOI' LIN

hommes du xvip siècle bien plus que ceux du XVIIe ; il se plaît à peindre les détails de la vie quotidienne, à faire des tableaux d'intérieur, de petits portraits ; s'ils sont parfois visiblement contemporains des estampes de M. Lasne et d'A. Bosse il se trouve aussi dans cette galerie des peintures de caractères ou de mœurs qui n'ont rien perdu de leur vérité ni de leur fraîcheur 1.

Du Moulin devait être et était en effet un prédicateur fort intéressant, fort utile à écouter, s'adressant très clairement à l'intelligence et très énergiquement à la volonté. On peut regretter qu'il n'ait pas fait davantage (comme, avec abus, tant d'autres l'ont fait) appel à la sensibilité. On peut regretter aussi qu'il ait trop souvent mêlé la controverse à l'édification et employé çà et là des expressions un peu trop violentes. Mais dans tous ses sermons on sent cette ardente conviction personnelle et ce profond désir de convaincre, cette chaleur d'âme qui fait la puissance d'un véritable orateur de la chaire chrétienne, surtout lorsqu'il la joint comme Du Moulin à une parfaite clarté d'exposition.

En effet ses plans sont des plus simples dans leurs lignes générales, qu'il a soin de marquer dès le début. Ils ne sont pas variés, les deux ou trois points à traiter sont rarement très originaux, mais ils sont faciles à retenir. Les subdivisions sont plus nombreuses, aussi nettes d'ailleurs, souvent indiquées dans les sermons imprimés par les chiffres. Les digressions sont rares, l'introduction et la conclusion généralement brèves.

Pour en donner des exemples concrets, voici l'analyse de deux sermons traitant, l'un, des questions de morale, l'autre, un sujet dogmatique. Dans le premier, il s'agit des paroles et des pensées

1. Voici par exemple la triste description d'un ménage d'ouvrier parisien : « Combien se trouveront, en cette ville, de familles où les maris sont oisifs, débauchés et ivrognes, dont les femmes travaillent incessamment pour nourrir des ventres et des hommes inutiles, lesquelles ne reçoivent autre salaire de leur travail que des battures et des outrages ? Ce mal esi si commun parmi le menu peuple de ce lieu, qu'il semble que le terroir le porte et que, par une constellation sinistre, ce pays soit le pays des mauvais maris, tellement, que si quelqu'un hors d'ici a esté bon mari, il est à craindre qu'estant arrivé en ce lieu il ne change d'humeur, étant

atteint de celle contagion. •< Le mari, irrité des crieries, charge sa

femme de coups ou d'injures ; en ce seul point il fait du courageux, estant au reste lâche à toutes bonnes actions » (l1" décade de Sermons, sermon V).

agr&ables à Dieu 1. Dans la première partie il s'agit des paroles. La connaissance de la vérité aurait été inutile à l'homme si par la parole il n'avait pu, « par manière de dire, verser sa pensée dans l'esprit d'autrui ; » le prédicateur ne s'attarde pas à des considérations philosophiques, il cite un certain nombre de passages bibliques où il est question de la langue ; il montre ce qu'elle doit être « en ce temple de Dieu qui est notre corps : ce que les harpes estoient au temple de Salomon ; » mais l'homme en fait souvent un mauvais usage : le plus ordinaire et (cette classification est bien protestante) le plus blâmable est le mensonge ; l'homme « ressemble aux boistes de drogues qui ont des inscriptions trompeuses, qui ont « rhubarbe » écrit dessus, et dedans c'est de l'arsenic. » Ce vice sert de couverture à tous les autres ; « mesmes sans parler nous mentons, en gestes et en desguisemens. Celle qui est laide et se contrefait par artifice, ment sans mot dire et fait une espèce d'imposture aux yeux d'autrui. » Si la tendance au mensonge est innée, elle est développée par certaines prétendues obligations de la vie sociale : « la vie de l'homme est devenue une espèce de comédie en laquelle un mesme homme en une heure joue divers personnages. Mesmes il y a plusieurs mestiers et vocations esquelles qui ne voudroit jamais mentir seroit taillé de mourir de faim. »

L'Ecriture sainte conseille plusieurs remèdes, que cite Du Moulin, notamment d'éviter 1° la colère, 2° le vain babil, 3° l'oisiveté, 4° l'ivrognerie (Du Moulin n'est pas « abstinent » comme on dit aujourd'hui, mais « tempérant ») : « peu de verres de vin par dessus l'ordinaire peuvent bouleverser dans le cerveau d'un homme toute la Philosophie ; » il faut aussi penser 5° au compte à rendre au jour du jugement ; 6° à « la fin pour laquelle nos langues sont créées, à savoir pour annoncer les louanges de Dieu ; » 7° enfin le souverain remède contre les mauvaises paroles (c'est de 1' « homéopathie ») consiste à parler à Dieu, c'est-à-dire prier : « pendant que vous parlerez à Dieu et le prierez souvent et soigneusement, il ne faut pas craindre que vous parliez mal de vos prochains, ou que vous disiez choses vaines. En parlant souvent au Dieu de vérité, vous apprendrez insensiblement à

1. Sermons sur quelques iextes de VEeriture Sainte, Sermon I, sur le psaume 19, v. 15 : « Que les propos de ma bouche et les méditations de mon cœur te soient agréables, ô Eternel mon rocher et mon rédempteur. .-. C'est une méditation d'une trentaine de pages (Genève, 1625, in-8").

Page 1