LE VOYAGE DE PARIS A ABLON
(8 des ides de janvier 1602) : « C'est une source de grands biens d'avoir été admis à la participation du saint mystère de la sainte Cène... Tu as ajouté, Seigneur, une marque particulière de ta bonté pour moi et les miens. Nous étions dans le carrosse de M. de Thou, moi, ma fdle Philippa et mon dernier-né qui devait être baptisé *, ainsi que le reste de la famille et mon neveu Pierre Chabanes -. Il arriva — je ne sais comment — que Pierre, assis avec Philippa à l'une des portières de la voiture, déplaça la banquette transversale qui sert de siège, sans doute afin de mieux la poser et l'affermir. Comme il était occupé à cela, voilà qu'il perd tout à coup l'équilibre, et lui et Philippa tombent dans une boue profonde, à notre grande frayeur à tous, mais sans qu'ils se soient fait aucun mal, et certes on ne comprend pas comment ils n'ont pas été atteints et écrasés par la roue de derrière... »
Quelques semaines plus tard les choses tournent plus mal. (17 des kalendes de mai) : « Nous avons éprouvé un froid extrême pendant le voyage... Tu as permis, seigneur, que ce fût pour notre neveu P. Chabanes une cause de mort : à peine de retour à la maison, il commença à sentir une vive souffrance, et bientôt se coucha... Toutes les fois qu'on lui lisait la Parole de Dieu, qu'on priait, ou que M. de Monligny 3 pasteur de cette Eglise, lui parlait, il goûtait le calme, il répondait, écoutait, mêlait ses prières à nos vœux... Cette constance d'une âme animée de l'Esprit de Dieu (6eo7n/eu<rrou) ne s'est pas démentie jusqu'au dernier souffle : il l'a rendu (moi priant Dieu, en présence de ma femme) avec tant de calme, de tranquillité, de douceur, que je ne puis douter de son bonheur actuel *. »