‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 164 sur 558 · LE PRÉSIDENT CANAYE · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT CANAYE

lièrement ardente ; nous l'avons constaté déjà à propos de « Madame » ; l'inquisition ayant été suspendue en cette occasion, les hérétiques pouvaient se rendre à Rome en « touristes » comme nous dirions aujourd'hui ; et « plusieurs seigneurs de qualité estans allez là pour voir les cérémonies, s'y sont catholiquisez '. »

A Paris même, on vit abjurer, pour parvenir à de plus grands honneurs, le président de la Chambre de l'Edit de Castres, Philippe Canaye, sieur de Fresnes. Il était d'une vieille famille parisienne alliée aux Gobelins et établie au faubourg Saint-Marcel dès le commencement du XVIe siècle 2. L'esprit français ne perd jamais ses droits : quand survint la conversion de ce Canaye, parent des grands industriels des bords de la Bièvre, un avocat protestant, sollicité d'imiter cet exemple, répliqua que cela était bon pour « un descendant des teinturiers, qui prenoit toutes couleurs. » Le président de Fresnes avait eu jusqu'alors « grande créance parmi ceux de son parti, desquels il tiroit bons appointements et pensions. Dont (ainsi qu'on disoit) il avoit bon affaire, estant plus ambitieux que riche : ce qui le faisoit tourner du eosté où il voyoit que le vent donnoit plus à propos pour la commodité de ses affaires^3. »

Les capucins s'attribuèrent aussi le mérite de son abjuration ; elle eut lieu dans leur église4 en avril 1001, au grand désespoir de Casaubon qui, l'année précédente, s'était réjoui, maint dimanche, d'aller à Ablon avec son ami. Mais, après la conférence de Fontainebleau, Casaubon avait reçu de Canaye plusieurs invitations à dîner où « le repas n'était qu'un prétexte. Il s'agissait surtout de discussions religieuses, car, devant bientôt changer de religion, cet excellent homme veut paraître y avoir été contraint ''. « L'acte, une fois accompli, arrache à l'ami déçu et au chrétien affligé cette véhémente protestation : « Ad vomitum b x^uuov reversus ! Tu sais, ù Dieu, toi qui sondes les cœurs, combien cet événement m'a attristé, parce qu'à mes yeux cet homme a outragé ta Majesté, et parce que notre amitié bien connue a fait

1. I'. Cayet, Chronologie septénaire (1605), I. III, p. 193 de l'édition de

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