Histoire unir., édition de Ruble, t. IX, p
Celui-ci, après le voyage du roi en Lorraine, s'était insinué dans ses bonnes grâces. Il avait prêché à Fontainebleau d'abord, et bientôt à Paris. Suivant une tactique ordinaire, l'ordre le fit nommer confesseur du roi l. 11 resta en charge jusqu'en 1617. Un des plus prompts à l'entourer de leurs louanges, en voyant sa faveur croissante, fut naturellement P. Cayer : « il n'y eut à Paris, dit-il dès 1604, bonne parroisse qui ne l'ait désiré ouyr ; il a une grâce attrayante, qu'on ne peut (sic) se lasser de l'écouter -. »
Son influence directe ou occulte détermine la plupart des mesures prises contre les protestants parisiens. Certains trouvent moyen de prendre leur parti de leurs malheurs en riant, et disent que le roi « a du coton dans les oreilles. » Henri IV dut insister auprès de Sully pour que celui-ci consentit à recevoir une première visite du père à l'Arsenal.
Un document typique des préoccupations intimes du P. Coton, et des procédés étranges qu'il employait, est un grimoire dont l'authenticité ne paraît pas douteuse, bien qu'elle soit niée par quelques membres de l'ordre ;{.
L'affaire rappelle d'abord les manifestations morbides de Marthe Brossier contre l'Edit de Nantes en 1598. En 1603-1604 une autre fille soi-disant possédée du démon, Picarde cette fois, vient à Paris, « rendez-vous général des curiosités et phénomènes en tout genre ; » on l'établit rue des Bernardins, chez un avocat à la cour. Elle est « mise en montre » là, puis à l'abbaye de Saint-Victor. « Toutes sortes de gens, raconte de Thou 4, venaient la visiter. De ce nombre fut Pierre Coton. Il prétendit s'éclaircir par Adrienne, ou par le démon, de bien des articles
1. Jusqu'alors c'était le doyen de la Faculté de théologie, R. Benoit (v. cidessus p. 78), qui avait rempli ces fonctions ; un bénédictin, le P. Garnier, éiait aussi chapelain et prédicateur ordinaire, et « le roi en avait contentement » {Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 569, mars 1602).
2. Chronologie septénaire, dédiée au roi en 1605, livre V (1604), édition de 1611, p. 437. Parmi les autres jésuites qui prêchèrent à Paris le carême de 1604, Cayer nomme le P. Gontier à Saint-Jean-en-Grève, les PP. Alexandre, Largebaston et Machault.
3. Bibliothèque des écrivains de la de de Jésus, t. II, Liège, 1854, in-8° ; Recherches historiques et critiques sur la Cie de Jésus du temps du P. Coton, par le P. Prat, Lyon, 1876, II, 414.