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LA VRAIE RELIGION

Marque typographique protestante du xvir siècle

§ 1. L'objet de la controverse

Le but commun à toutes les disputes et à tous les disputeurs est théoriquement le plus élevé qui se propose et qui s'impose à l'âme humaine : c'est la recherche de la vérité. Chacun des deux partis, avec une égale sincérité et une égale ardeur, prétend lutter pour la vérité et contre l'erreur ; chaque concurrent se pose non seulement en champion de son Eglise, mais en porte-parole ou plus humblement encore en instrument de la vérité * ; chacun de ceux qui viennent à la rescousse, individuellement ou en corps, sur la scène ou dans la coulisse, Sorbonne ou Consistoire, prétend prendre des décisions au nom de la vérité ; donner des approbations « pour réduire (reducere, ramener) les desvoyés - » ; sur les comptes rendus et commentaires imprimés, à la première page, les libraires catholiques et protestants font mettre des mar-

conditions ordinaires, cette conférence ne rentre pas dans le cadre de notre étude. Enfin, elle a fait l'objet d'études très détaillées, p. ex. la thèse de doctorat es lettres de M. Lalot.

1. « Les conférences et disputes ont la vérité pour but », dit le sieur de Bouju, catholique (Cartel de deffy, envoyé au sieur du Moulin, 1602, première lettre*. « Ne différez plus à vous déclarer du costé de la vérité de Dieu, » écrit Cayer (Copie d'une lettre, etc., 1596, p. 23). Et Du Moulin, de son côté : » Nous coupons avec le glaive de l'Evangile ces nœuds de questions entortillées tissues exprès pour envelopper les esprits. A les voir de loing ce sonl nœuds gordiens, à les regarder de près ce sonl toiles d'araignes qui ne supportent pas seulement le vent de la vérité. Rien ne s'y prend que les mouches, etc. » Et il écrit au roi Jacques Ie* (Trente-deux demandes, etc., 1608, avertissement) : « Nous avons estimé nécessaire de résister à ceux qui en voslre personne assaillent la vérité » (Défense de la foi/, etc., 1610, dédieaeei.

2. Formule fréquente sur les permis d'imprimer accordés à des ouvrages de controverse par les docteurs de la Sorbonne.

ques telles que « la vraie religion 1, » d'une part, 1' « enseigne de la vérité - » d'autre part.

Et la lutte pour la vérité a ceci de dramatique que, dans la pensée des lutteurs, il ne s'agit pas de vérité abstraite — la vérité pour la vérité, comme on dit aujourd'hui l'art pour l'art — mais de vérité vivante, vécue et à vivre ; connaître et pratiquer la vérité c'est, pour une âme religieuse, la seule voie du salut, pour elle-même et pour les autres. C'est ce qui fait l'intérêt passionné avec lequel les concurrents participent et les spectateurs assistent au combat, intérêt collectif autant qu'individuel.

Chacun a besoin de légitimer devant sa propre conscience et devant celle des autres l'existence de la société religieuse à laquelle il appartient, la raison d'être de son Eglise, son droit de posséder et son devoir de répandre la vérité salutaire.

Mais à côté de l'ambition commune aux deux Eglises se manifeste ici déjà une différence de prétention sur laquelle nous reviendrons plus amplement à propos des matières controversées : tandis que le système catholique prétend être un but en soi, et se dit seul détenteur des moyens de salut, le système protestant n'aspire qu'à être un moyen pour amener au salut, et reconnaît qu'il peut y avoir d'autres moyens. L'un et l'autre dit : « hors de l'Eglise point de salut, » mais tous deux n'entendent pas sous ce mot Eglise la même chose, et le protestant finit même par avouer que, très exceptionnellement il est vrai, la formule peut n'être pas applicable.

L'Eglise d'ailleurs n'est pas seule à se préoccuper de la vérité religieuse et du salut des âmes. L'Etat croit avoir non seulement le droit, mais le devoir d'intervenir. Car l'idée d'un Etat « laïque » est absolument étrangère aux hommes de ce temps, protestants aussi bien que catholiques ; les gouvernants se sentent responsables devant Dieu de l'âme des gouvernés, un souverain protestant, comme le roi d'Angleterre, aussi bien qu'une Majesté « très catholique » comme le roi d'Espagne, le conseil d'une république protestante comme les Deux-Cents de Genève, aussi bien que le conseil d'une république catholique comme le Sénat de Venise.

Mais au milieu de tous ces rois et magistrats détenteurs du

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