RÉSULTATS PRATIQUES DE LA CONTROVERSE
chez les prêtres soit chez les pasteurs, le sentiment de leur vocation aux fonctions ecclésiastiques : Cayer eut à peine le temps d'exercer son ministère pastoral à Paris et encore était-il seulement aumônier de Madame : on peut donc dire qu'aucun des pasteurs de Paris n'a succombé à ces attaques ni aux autres sollicitations dont ils furent l'objet t ; dans toute la France le nombre des pasteurs apostats sous le règne d'Henri IV est extrêmement réduit, les doigts d'une seule main suffisent presque pour les compter -. Ce fait est attesté par les adversaires mêmes qui vont avec beaucoup de peine chercher au fond des provinces quelques noms à citer, car ils attribueraient un grand prix à cet argument '■'- : mais de ces quelques apostats aucun, sauf Cayer, n'est venu faire à Paris son abjuration publique. Au contraire si aucun membre du clergé séculier parisien n'a quitté sa paroisse, plus d'un religieux a quitté son couvent parisien, et quelques-uns ont fait profession publique de leur nouvelle foi dans les temples d'Ablon et de Charenton. Nous l'avons rappelé en temps et lieu. Parmi les laïques les controversistes catholiques visent surtout ceux qui occupent une haute situation sociale, et à défaut des hommes, commencent souvent par les femmes la dislocation de
1. Du Moulin, Cartel, p. 117 : « Qui est le fidèle ministre à qui on n'ait offert des bénéfices ou de l'argent pour le corrompre ? » Voir sur la caisse des pensions ci-dessus, p. 112.
2. En 1596, Kotan, pasteur à la Rochelle (Response à Cayer, etc., p. 209) pense qu'on ne peut citer que quatre apostats parmi ses anciens collègues : Sponde et Morlas » se sont detracqués aussi tost qu'ils ont humé un peu du vent de la Court » ; Launoy et Pannetier étaient infidèles dans leur doctrine Ci dans leur vie ; quant aux deux que nomme Cayer « feu M. Payan est décédé avec une ferme assurance de son salut » (p. 211) ; « pour le regard du sieur du Plan nous n'en pouvons parler qu'avec commisération..., son esprit ayant esté troublé par la rigueur des lourmeus qu'il a enduré, il a esté bien aysé de le séduire ».
'.i. En 1600, tandis qu'un pasteur apostat, « don » Gaspar Olaxa, se mesure à la Mothe en Albigeois avec les pasteurs de Revel et de Puylaurens La Curne et l'Espinace, l'ancien jésuite Edmond de Beauval abjure à Saint-Amand. On imprime leurs déclarations respectives en province, l'une à Bordeaux, l'autre à Pontorson, mais le tout sert de prétexte à Cayer pour une publication qui paraît à Paris (Response à la déclaration... de Beauval, etc). Dans une autre, il cite » M. du Plant <> (Copie d'une lettre, etc., 1596, p. 23) et du Moulin conteste la valeur de cet exemple ; Cayer prête aussi à d'autres pasteurs qui ne se sont nullement convertis des intentions que Du Moulin nie catégoriquement {Copie, etc., toc. cit., à propos de l'aven ; Remonstranee à Madame, 1601, p. 45 : à propos de Losse».
la famille protestante ; nous avons raconté tous les efforts, vains d'ailleurs, pour obtenir l'abjuration de Madame, sœur du roi ] ; après une mêlée à laquelle prennent part Gontier, Coëffeteau, Bérulle, Du Moulin, etc., nous avons vu Madame de Mazencourt aller à la messe treize ans après le jour où certains prétendaient
qu'elle était déjà devenue catholique Si ardent est en effet
l'amour des âmes, et le désir de les amener à la vérité, si ardent peut être aussi l'amour de la gloire, ou de la gloriole, que les chasseurs d'abjurations s'attribuaient parfois des succès immérités, comme font ceux qui, pour ne pas revenir « bredouille, » « achètent un lièvre et le rapportent pendu à l'arçon de la selle, afin que le peuple die : C'est un lièvre qu'il a pris 2. »
§ 2. Les controversistes
Quels hommes prennent part à ces controverses ? Si la comparaison ne risquait — bien contrairement à nos intentions — de paraître irrespectueuse, ou trop moderne, nous distinguerions, comme dans les concours « sportifs » du xx° siècle, les « amateurs » et les « professionnels » ; et les premiers (des laïques en général) sont parfois aussi forts, aussi passionnés, aussi sérieusement « entraînés » que les seconds.
Du côté protestant je citerai seulement les deux plus éminents hommes d'Etat auxquels la politique, la diplomatie, la guerre ont laissé assez de liberté d'esprit pour conserver aux préoccupations religieuses la première place, et — phénomène plus merveilleux encore — assez de temps pour mettre l'érudition la plus minutieuse au service de leurs démonstrations historiques, philosophiques, théologiques : un seigneur français, Du Plessis-Mornay, et un roi d'Angleterre à demi-français par sa mère : Jacques I".
Du côté catholique je ne vois guère de controversiste laïque à citer, à cette époque, et sans doute cela tient à des raisons de principe : les laïques, dans l'Eglise romaine, restent toujours, plus ou moins, des mineurs, auxquels on ne saurait confier le soin de défendre la cause commune, sur des terrains glissants