Sur soi) abjuration à Ablon, voir p
2. Curie! de deffy, etc., 1602, rééd. de 1625, p. ir>, 12.'), 23, l\.
prêtre clans les circonstances ordinaires de la vie paroissiale, sans être « bon disputeur, » ni « bon théologien » ; et l'on pouvait aussi Ainsi le brave Lôbéran de Montigny avait intrépidement prêché l'Evangile sur les champs de bataille et dans les chambres des persécutés, mais il avait moins d'aptitude la plume à la main. Il savait feuilleter sa Bible et sa confession de foi, les manier avec une entière confiance dans leur bonne trempe, comme jadis, au besoin, il tirait son épée, mais pour les discussions d'école, dans le silence du cabinet, ce vieillard n'était qu'un apprenti ; M. Bouju lui-même se plaint que « M. de Montigny ne venoit pas tout droict aux preuves par syllogismes en formes, comme il est requis ; » Cayer raille sa dogmatique rudimentaire et ses expressions abruptes. Il semble bien que son jeune collègue Du Moulin le salue par pure déférence comme un « rude jouteur » lorsqu'on le somme de venir lutter à ses côtés 1.
Et certes, celui-ci est bien au contraire l'homme qui incarne parfaitement le type du controversiste protestant français pendant plus d'un demi-siècle : à lui seul il a presque toutes les qualités et aussi presque tous les défauts qui se retrouveront chez beaucoup d'autres à un degré moins éminent et en quantité moins surabondante. Quelle riche et puissante nature, synthétisant les vertus nourricières de la terre de France dans les diverses provinces où cette vie toute pleine de sève plonge ses racines pro fondes ! Il est essentiellement Français (né en Ile de France), avec une pointe de malice picarde (il fut élevé en Picardie) et même d'esprit gaulois ; sa famille paternelle sort de l'Orléanais, on y trouve des Du Moulin juristes et d'autres laboureurs ; sa famille maternelle est du Dauphiné, ce sont des magistrats dont la cause s'unit souvent à celle de la petite noblesse. Les eaux de notre Moulin — pour employer une image chère à ses adversaires - - les eaux de notre Moulin font penser quelquefois au cours paisible et majestueux de la Loire, mais plus souvent aux torrents qui des Alpes coulent vers le Rhône leurs flots tumul-
1. ci I] est aussi fort seul qu'accompagné... ; ce serait à moi une extrême indiscrétion de venir donner secours à un homme victorieux » (Cartel de deffy, p. 12).
2. Allusion au moulin de la Chaussée, proche du temple de Charenton. P. ex. : « Pauvre Molin, tes chaussées sont rompues, tes eaux non de Silvé, niais de Mara converties en bourbier ». (Torrent de feu, etc., par le F. Suarez, 1603, p. 111).