CONTROVEBSISTES CATHOLIQUES ET RÉFORMÉS
et le plus savant est difficile à reconnaître, mais quant à l'exposition des idées le plus clair et le plus vif, celui qui juge le plus les choses au point de vue des idées générales, et aussi celui qui trouve le plus naturellement un mot spirituel pour égayer les dissertations les plus graves, c'est le protestant ».
Ces grands lutteurs paraissent sur le terrain parfois tout seuls, mais souvent aussi accompagnés de « seconds. » Et dans certains cas où au début ils étaient chargés de ce dernier rôle seulement, ils sont amenés par la force des choses à prendre la place du combattant principal, qui ne les vaut pas : ainsi Du Moulin sommé de suppléer Montigny qui répondait peu ou point, fait des façons par bienséance, mais finit par se substituer bel et bien à lui ; d'autre part le P. Gontier s'étant montré insuffisant, Coëffeteau et Bérulle - viennent à la rescousse, et Gontier est
éclipsé.
Remarquons en passant que jamais deux pasteurs ne participaient ensemble à une même conférence verbale soit qu'ils fussent trop occupés, soit que ce fût contraire à quelque usage réformé 3. Par contre il y a souvent un ou plusieurs membres
1. Ainsi à propos d'une argumentation saugrenue qu'on lui oppose au sujet de ce que devient l'hostie, une fois entrée dans la bouche du prêtre, Du Moulin dit ironiquement : -< Tout homme qui a fait ses pasques sent bien s'il avalle l'oublie ou si elle lui monte au cerneau » {Narré de la conférence... avec Cai/cr, éd. de 1625, p. 113). A un adversaire qui s'est hâté de lui répondre sur un ton peu aimable, il écrit : « Vous n'avez pu attendre longtemps pour vomir ce fiel ; espérons que vous nous porterez mieux après nous être ainsi déchargé ». Cayer affirmant que les Saints sacrifient Jésus- Christ dans le Paradis, Du Moulin ironiquement tire la conclusion : « à ce compte la messe s'y dit en latin >» (Narré, p. 7).
2. A la daine pour la conversion de laquelle il rentre dans la lice, il écrit : Je sors •• de la paix et douceur de vie, et tranquillité de ma retraite » {Discours, etc. à Mme de Mazencourt, 1609, p. 4). C'est le même désir de se reposer et le même devoir de combattre que chez Du Moulin.
3. Ainsi, dans les temples, il n'y avait généralement qu'une seule robe (De FÉLICE, les Protestants d'autrefois). Cayer, lorsque la conférence est déjà commencée depuis quelques jours, demande à Du Moulin d'amener " les sieurs de la Faye, de Montigni et Coiiet », mais il n'est pas donné suite à cette demande. Du Moulin dit que « les sieurs de la Faye et de Montigni estoyent réservez à choses plus grandes et l'avoyent laissé entrer en cestc lice pour monstrer que le plus jeune et le plus insuffisant est assez fort pour résister » (Narré, p. 84),
laïques du Consistoire, venus là soit officieusement, soit, plus probablement, à titre purement personnel K
Le champion catholique lui aussi est parfois, mais rarement, accompagné d'un laïque -'. C'est plus généralement un ou plusieurs religieux qui l'assistent : tels les deux carmes à la mine triste qui encadrent le souriant Cayer, l'aident, le reprennent, et finalement l'abandonnent - trouvant compromettante sa « boutique » ou son « arrière-boutique » 3.
Ces « seconds » interviennent ex ofjicio pour présenter à l'adversaire des objections ou des réclamations qui laissent au champion principal le temps de reprendre haleine : parfois l'interruption vise une simple expression ; ainsi Du Moulin ayant prononcé le mot moine, les deux carmes se formalisent, et Du Moulin doit expliquer la grande différence qu'il fait entre les anciens moines et les nouveaux religieux 4.
§ 3. Autour des controverses
L'auditoire est parfois peu considérable, parfois très nombreux, suivant les dimensions du local, qui est toujours dans une maison privée 5. Par conséquent, n'entre pas qui veut. Il y
1. En 1602 P. du Moulin amène, comme « scribe, » M. de la Gourmandière, que remplace ensuite un autre ancien M. Poupart ; un troisième, avocat au Parlement comme le premier, M. de Ruquidort, est aussi présent (Xarré de la conférence, etc., réédition de 1625, p. 2, 15, 19).
2. Ainsi pour Cayer, dans cette même occasion, « le sieur Choart » peutêtre parent de Choart de Buzenval qui était huguenot.
3. Xarré, p. 140 : « Les religieux prenoient la parole quand il étoit question de philosophie. Pour Cayer, ces matières estoyent lettres closes ; pour décliner la pointe de telles disputes, il se mettoit du costé de Du Moulin, et prioit lesdits religieux de se taire : le plus habile desquels se choléra contre Cayer, et y eut quelques paroles d'aigreur entre lui et Caj'er, dont aussi il protesta de ne se trouver plus à la conférence, comme aussi il fit. Les religieux n'osèrent maintenir avec Cayer que Jesus-Christ en la Messe ait eu une dévotion de s'offrir plus grande intensive, c'est-à-dire, en plus grand degré de perfection qu'il ne l'a eu en la croix, car je croi que cela est de la boutique de Cayer... Il avoit encore une arrière boutique de blasphèmes ».
4. Le Narré, p. 74 rapporte non seulement le peu qu'il dit, mais « ce qu'il eusl volontiers adjousté ; il s'en abstint de peur de les irriter. »
5. Du 28 mai à la mi-juin 1602, Du Moulin et Cayer parlent dans « une chambre proche de l'hostel de Madame » (Xarré, p. 7), chez M. Quetault, valet de chambre de Catherine de Médicis et membre du Consistoire ; le der-