‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 203 sur 558 · SCIENCES AUXILIAIRES · texte numérisé non relu

SCIENCES AUXILIAIRES

Tandis que trop souvent ses adversaires citent un texte en latin avec une indication vague de la provenance, Du Moulin donne généralement le texte, la traduction, un commentaire, et l'indication exacte de l'édition, en comparant quand cela est utile, plusieurs éditions, car il se méfie beaucoup des « expurgateurs ». Si tel autre controversiste protestant suit une méthode un peu différente, c'est de propos libéré, et en avertissant, dès la première page, les lecteurs l. Protestants et catholiques se piquent également, d'ailleurs, de ne le céder à personne en fait de connaissance du grec et du latin -. Quant à l'hébreu, les protestants ont une supériorité marquée, et sauf l'apostat Cayer, les catholiques ne s'aventurent guère sur ce terrain 3. Les langues modernes sont peu connues 4 ; si l'on a quelque pratique de l'une

leurs païens » ; Du Moulin s'excuse, mais dit « qu'on ne pouvait monstrer le sens d'un mot latin que par le témoignage des anciens auteurs latins » {Narré, p. 104).

1. Rotan, Response, etc. à Cayer : « En la traduction des passages des anciens docteurs nous ne nous sommes point assujettis à les rendre tousjours mot à mot, ains avons tasché seulement d'en représenter le vray sens, examinans les choses précédentes et subséquentes, et ayans mesmes usé parfois d'une manière de paraphrase. Mais afin qu'on ne nous peust reprocher de les avoir altérés, nous les avons bien voulu transcrire de leurs originaux, en leur propre langue pour le regard des Latins, et en la version la plus reçue pour le regard des Grecs. »

2. Cayer raille « la folie » des pasteurs « de dire que parmy nous le latin n'est pas entendu... Il y en a entre nous qui savent autant de langues une tous tant qu'ils sont » (Remonstrance, p. 34).

3. Si l'on recherche l'étymologie du mot messe et que Cayer cite l'hébreu missath, d'après le passage du Deutéronome, ch. XVI, v. 10, Du Moulin objecte avec raison que ce passage n'a rien de commun avec la messe et, mettant Cayer en contradiction avec S. Augustin, Innocent III, Bellarmin, etc., il établit que missa signifiait jadis « le congé que l'on donnoit aux catéchumènes avant la célébration de la Cène » (Narré, p. 114).

Une autre fois, Du Moulin montre dans la Bible hébraïque de R. Estienne une lettre qui change le sens d'un verset de la Genèse tel que l'explique l'Eglise romaine. Cayer prétend que « ceste Bible avoit esté imprimée à la sollicitation des huguenots, mais qu'en la Bible de Venise il y avoit » une autre lettre. Trois jours après Du Moulin apporte cette édition et montre que cela est faux (Narré, p. 71).

4. A propos de Cayer, voir p. 61. C'est dans la péninsule ibérique surtout que les catholiques ont étudié de plus près, sur le vif, les Juifs. Le cordelier portugais Suarez cite la prière pour les morts « de laquelle se .servent les Mcbricux en leur bréviaire appelé Mahazor : le Hazan qui est le ministre de leurs actions publiques fait un Lhascaha, prière pour les trespassés, dans laquelle il se sert des paroles d'Isaïe, etc. ». Cependant Suarez

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ou l'autre pour l'usage ordinaire — anglais, allemand, espagnol, italien, — on ignore leurs littératures nationales et en fait d'ou- \ rages d'auteurs étrangers, on ne connaît que les commentaires en latin.

Les récits des philosophes et des voyageurs anciens et modernes sont parmi les documents consultés et cités le plus volontiers lorsqu'on aborde — au point de vue apologétique et nullement pour faire de la science pure — l'histoire des religions : parlet-on de la liturgie « elle a, affirme Cayer, été si saintement réformée par le saint concile de Trente que ny les Musarabes, ni les Grecs, ni les Latins n'ont aucune occasion de se plaindre 1 ; » Du Moulin, de son côté, invoque « les Eglises des Abyssins qui sont sous l'empire du Prestre Jan, la liturgie que les Arméniens pratiquent à Lempurck ou Léopolis, ville de Russie, et la coutume des Eglises de Moscovie 2 ; « le Coran et Cicéron sont côte à côte appelés en témoignage par Cayer, pour arriver à cette conclusion : « Les ministres n'ont point de religion, ny selon les chrestiens, ny selon les juifs, ny selon les Turcs, non pas mesme

selon les anciens Payais Le Turc honore à sa mode son

illaha (sic), mais il recognoit aussi certains prophètes... 3 ». Dans une autre rencontre « le Turc » fournit au contraire un argument à Du Moulin, qui fait entre l'islamisme et le papisme un parallèle un peu forcé 4. Tout, d'ailleurs, se passe encore autour

cite aussi « Mercetus, compagnon des ministres » (le père de Josias Mercier, voir notre chapitre sur Grigny) : « au livre des Abréviations » il dit que « parmy les livres des rabbins anciens se trouve souvent cette prière : Requiescat in pace » etc. (Torrent de feu, p. 19).

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